II. — Maladies cuhonioues des articulations
Grâce aux recherches chirurgicales de Bonnet (de Lyon), cette partie de la thérapeutique des maladies articulaires a pris, depuis
(1)' Voyez aussi Gaiijot, loc. ci' , t. l, p. 322 et suivantes.
KEPOS DES ARTICULATIONS.
quelques années, une importance que l'on doit bien connaître.
Bonnet a démontré que le traitement des affections chroniques des articulations exige trois indications distinctes : 1 <> le repos de l'articulation ; 2° ['exercice élémentaire des fondions dos jointures,' 3° leur fonctionnement complet.
Loin de nous la pensée d'exposer ici, môme succinctement, le traitement des nombreuses affections articulaires; notre but est de décrire des bandages et des appareils, d'exposer la manière de les appliquer et de faire connaître leur mode d'action. Nous n'avons donc pas, malgré, ou plutôt à cause de l'importance de ce sujet, à examiner quand il convient de réduire les luxations pathologiques, comment il faut procéder à ces réductions, à quelle époque il sera indiqué de substituer à l'immobilité absolue des mouvements destinés à rendre plus ou moins complètement les fondions à l'articulation. Noussupposerons les indications netlemenl posées, et nous étudierons seulement les moyens à l'aide desquels on peut les remplir.
^° Repos des articulations. — Le repos des articulations consiste, dit Bonnet, dans la suppression de toutes les fonctions élémentaires qu'elles peuvent exécuter. Dès lors, pas de mouvements des surfaces articulaires les unes sur les autres, point de pression comme celles qu'entraîne la station verticale, point de contractions volontaires ou instinctives des muscles, point de distension ou de secousses des parties molles qui entourent l'articulation.
Le séjour au lit, la substitution de la position horizontale à la position verticale, réalisent une partie de ces conditions ; mais il faut quelque chose de plus pour immobiliser une articulation, il faut avoir recours à des appareils.
Les appareils inamovibles, surtout ceux de M. Seutin, de M. Biirggraeve, dans lesquels une couche épaisse de coton protège les tissus contre la pression exercée par le bandage, dans lesquels les attelles de carton modelées sur les saillies et les dépressions du membre assurent la solidité de l'appareil, sont certainement ceux (|ui semblent le mieux remplir les indications. Mais ces appareils ne peuvent convenir à tous les cas : par exemple, ils n'ont pas toujours paru suffisants pour immobiliser certaines articulations, et en particulier celle de la hanche ; de plus, l'application de ces appareils est difficile, exige un temps fort long, et, par conséquent, est fatigante pour les malades.
A. Gouttières de Bonnet,^ Ihimetleuv préfère des gouttières
4r)0 Al'I'AUEII.S l'Ol U LKS Ail- KCTIONS AKTlClLAIRtS.
de lil de fer recouvertes d'une épaisse couche de coton. Ces gouttières doivent se mouler assez exactement sur la forme des mem-
Pifi, 205. —
firand nppnrcll do Honnot,
GOUTTIÈRKS DE BONNET,
bres; elles doivent être, s'il est nécessaire, munies de trépieds qui les empêchent de se renverser en dedans ou én dehors. Celles qui sont destinées à l'épaule ou à la hanche doivent immobiliser sur le tronc les articulations scapulo-huraérales et coxo-fémorales. Les figures 263 et 264 représentent lesgoutlièresde la hanche; elles embrassent le bassin et les deux membres inférieurs;
FiG. 266. - Pièces de l'appareil de M. Guersahl.
une échancrure postérieure laisse l'anus et le sacrum compléta ment a découvert, afm que le séjour longtemps prolongé dans 1 appare. n entrame ni écorchure, ni rougeur à h peau en arrière du bassm ; enfin une légère courbure au niveau des genoux el des hanches prévient l'incommodité qui résulterait d'une nosi'- .on absolument horizontale. Un coussin placé sous les reins est ouvent utile pour empêcher la douleur que ressentent quelqt - A ^'f.rl'^'' ^^"^ 1^ Voint où la gouttière se termine A I aide d une gouttière de ce genre, les articulations coxo-
i52 AI'l'AUEILS l'OUH LKS AFl'E'lTIONS ARTICULAMES,
fénjorales sont as^ez bien immobilisées, et, au moyen d'une moufle, le malade peut se soulever et satisfaire à toutes les exigences de la propreté sans qu'aucun mouvement étendu se passe dans l'articulation malade (fig. 265).
M. Guillot a fabriqué des gouttières de Bonnet articulées au niveau de la hanche et du genou, ce qui permet de les employer dans cetains cas où l'on n'a pu obtenir tout de suite l'extension du membre malade.
Un semblable appareil est applicable, non-seulement aux coxalgies, mais encore aux fractures du col du fémur,
B. Appareil de M. Guersant. — M. Guersant (1 )a proposé de remplacer la gouttière de Bonnet employée dans le traitement de la coxalgie par un appareil moins coûteux et assurant parfaitement l'immobilisation de l'arliculalion malade.
Cet appareil se compose : de deux attelles, d'une traverse de bois, de coussins, d'un bandage de corps et de mouchoirs, \
La figure 266 représente une attelle, un coussin, l'^s deux j parties du bandage de corps et la traverse servant à fixer les \ attelles. La figure 268 montre l'appareil appliqué; enfin la figure 267 représente le bas de la jambe du côté malade, l'at- , telle correspondante et la planchette, le tout vu de profil.
V Les deux attelles, un peu plus longues qu'une béquille, montent jusque sous les aisselles et dépassent les pieds de 5 à 6 centimètres. Elles sont symétriques et offrent trois mortaises : la première correspondant au bassin pour fixer le bandage de corps ; les deux autres, au genou et au-dessus des malléoles, pour immobiliser le membre malade à l'aide de cravates. Enfin, au-dessous de la mortaise inférieure, se trouvent deux échancrures pour fixer les liens inférieurs du coussin. En haut, chaque coussin présente un gousset qui vient coiffer l'extrémité supérieure de l'attelle correspondante. L'extrémité inférieure des attelles se termine par un enfourchement se fixant solidement dans la mortaise de la traverse.
2" La traverse est irrégulièrement elliptique : l'arc postérieur yÊ est moins incurvé que l'antérieur. Elle offre six niortiiises rec- 1 tangulaires et dirigées verticalement. Deux grandes sont destinées j à fixer les deux attelles ; quatre autres plus petites, servent à placer SM des liens extenseurs; elles son^ situées en dedans des grandes 1 mortaises. Celte traverse fixe les attelles, protège le pied et facilite
(t) Bull, dethérap., \ m!\, t.XXVIl, p, im.
APPAREIL DE M. GUERSANT.
le déplacement du malade, qu'on peut porter sur le côté lorsqu'il est nécessaire d'examiner le plan postérieur du corps.
3° Les coussins, symétriques et remplis de balle d'avoine, sont un peu moins longs que les attelles. Leur extrémité supérieure est
terminée par un gousset déjà décrit; ils présentent trois paires de lacs pour les fixer à l'attelle correspondante.
4° Le bandage de corps est coupé, c'est-à-dire que la moitié postérieure est indépendante de l'antérieure. 11 est de toile ou mieux de tissu élastique et porte quatre liens sur les petits côtés garnis eux-mêmes de baleine ou d'osier. Les liens se fixent dans Ja mortaise supérieure des attelles. Pour amortir la pression trop
-'15/1 AI>1'ARI£1LS l'ODIl LES ArtECTIONS AHTICILAIKES.
dure du bandage de corps, on place entre ses deux parties et les téguments deux petits matelas ouatés un peu plus larges que les pièces du bandage coupé.
5° Les moucboirs n'oiïrent rien de particulier, ils sont pliés en cravate. Dans quelques circonstances, pour soutenir le pied on fait usage d'une petite bande comme dans les appareils de fracture.
Quand les malades présentent une ensellure três-prjnoncéc, et que le bandage coupé est insuffisant pour redresser le bassin, on ajoute à l'appareil un bandage de corps ordinaire placé sous les fesses. Les chefs du bandage sont ramenés en avant entre les coussins et la hanche, puis renversés en arrière en faisant poulie de renvoi sur les attelles.
Enfin, s'il y a tendance au déplacement des surfaces articulaires, on assujettit deux lacs extenseurs autour de la jambe, à l'aide d'un bandage roulé, et l'on vient les fixer dans les petites mortaises de la traverse. L'appareil préparé, on endort souvent les malades pour l'appliquer.
« Nous sommes alors mieux à notre aise, dit M. Guersant (1), pour donner aux membres et au bassin une position régulière, et nous profitons en même temps du sommeil chloroformique pour bien constater l'état de l'articulation malade.
» Lorsque le malaile est dans l'attitude désirée, nous faisons glisser l'appareil tout monté de bas en haut, puis nous passons sous la région lombaire le petit matelas et le bandage postérieur, et nous avons soin de nouer à deux, afin que les attelles soient également attirées des deux côtés.
» Nous ferons remarquer ici qu'il faut nécessairement serrer d'abord en arrière, car les pièces de l'appareil ont une grande tendance à se déplacer en avant et à laisser le grand trochanter faire saillie en arrière.
« Le demi-bandage antérieur et le petit matelas sont fixés en dernier lieu. Après avoir fixé le tronc, on noue successivement les cravates de bas en haut en ayant soin de ne pas comprimer trop fort pour ne pas gêner la circulation. »
Le temps que doit durer l'immobilisation varie beaucoup ; dans tous les cas, on défait de temps en temps les cravates pour permettre quelques mouvements et prévenir ainsi la roideur des articulations. Enfin M. Guersant a imaginé de couper l'appareil au niveau du jarret et de fixer inférieurement les attelles par vne
(1) Gnsctte dos hôpitaux, n" IS60.
APPAREIL DE x\l. NÉLATON. ^55
traverse postérieure. De celte façon, avec deux béquilles axiilaires, il fait marcher prématurément les malades et évite les inconvénients d'un séjour prolongé au lit.
C.Appareilde M. R. MarjoUn. — Il est encoreplus simple quels précèdent il consiste à appliquer sur lesdeux membres un appareil de t,cul(et, ou une bande roulée, puis des coussins et des attelles; les attelles externes s'élevant jusque sous les aisselles. Un haodage amidonné ou dextriné est, en outre, appliqué du cote malade, il doit envelopper le membre lésé, le bassin et la ûase du thorax en enlouranlles deux attelles externes (1)
Cet appareil est long à confectionner et se dérange assez facilement, se salit très-vile ; de plus, il a l'inconvénient décomprimer la base du thorax et l'abdomen ; fait auquel on remédie tant bien que mal, en mterposant une épaisse couche d'ouate entre l'appareil et les tissus sous-jacenis, ou bien même en pratiquant la section médiane de 1 appareil inamovible, de manière à en former deux valves mobiles.
h-Z if/ir*' (2)- - Indépendamment de l'immo-
m 1 ;.S"'r""'''' appareils ont pour but la compression r i & ' P^.''.'^""^ résolutive. « Parmi ces derniers,
la prif ''ence ':'
^ La cuisse la hanche et l'abdomen étant recouverts d'une
r^ii^^Tl^aid 'd"^' ^r'''''' comp^me^outë:
ces pai lles a l aide d un bandage roulé fortement serré nui au niveau de la hanche malade, revêt la forme d'un sn/ca Or on
^ t^r d b:nf"^-'"'''''°"'f ^'^"^''^ certaia nombre
ans e" a;'/' f « ''^ trop serrés, et se relâchent l'ZVî f ''^ Pour parer à ce double inconvénient i'ai habitude de réunir tous les tours de bande qui recoùvren â aro. antérieure de l'abdomen, à l'aide d'une au re bande po ée
oime:;/: t^^v"
.omme on peut le voir sur la ligure 269 » DapresM.Nélaton, cet appareil, en fait, très-simple, devrait
(1) f n Labbé, thèse d'agrég., I8ti3.
(2) Llem. de pathol. chirurg., t. ||, ,,. 846 et 8/,8, 2= éd., 18G9.
456 AM>ARiilLS l'OUIl LES AFFLCTIONS AUTlCULAiRES.
être préféré à Ja plupart des appareils mécaniques consiruils . dans le nnême but.
FiG. 209. — Appaieil cic M. Nclalon.
En effet, de nombreux appareils niécaniquos ont clé inventés dans ces dernières années, pour immobiliser les articulations, et en parliculier pour le traitement delà coxalgie. Quelques-uns même
APPAREILS D'EXTENSION ET DE FLEXION, hhl
ont élé déjà décrits à propos des fractures, tels sont les appareils de SIM. Ferd. Martin et Hennequin (1). Mais la plupart d'entre eux ont une application tout à fait restreinte, et ne peuvent être décrits ici (2).
2" Exercice èlèmeniaire des fondions des jointures. — Bonnet a démontré que la réduction des luxations pathologiques et leur immobilisation étaient des conditions de guérison très-importantes. Avant lui les surfaces articulaires étaient immobilisées dans la position qui semblait devoir être la plus favorable, à savoir : l'articulation du coude dans la demi-flexion, celle du genou dans l'extension. Mais il a prouvé que l'a'nkylose n'était pas indispensable, et qu'il était possible, même après des désordres assez étendus, de rendre aux articulations leur mobilité. C'est alors que, reconnaissant l'insuffisance du massage et des efforts tentés par les mains du malade, du chirurgien ou de ses aides, il a imaginé une série d'appareils extrêmement ingénieux. Ces appareils, on le conçoit, doivent varier avec l'espèce d'articulation, avec l'étendue et la direction des mouvements normaux : aussi peut-on dire qu'il existe au moî^s autant d'espèces d'appareils qu'il existe d'articulations.
Nous nous contenterons de décrire et de représenter les appareils destinés à rendre leurs mouvements aux articulations du • genou, de l'épaule et du coude.
A. Apimreil d'extension et de flexion de la jambe sur la cuisse (fig. 270). — Cet appareil se compose : r de deux parties articulées entre elles, dont l'une embrasse la cuisse, l'autre la jambe , 2» d'un support destiné à maintenir le mécanisme à une hauteur suffisante, et à porter une poulie ; 3° d'une corde attachée au bas de la partie jambière, et d'un manche fixé en haut de celle-ci. Toute la charpente de l'appareil est d'acier, les surfaces qui doivent être en contact direct avec le membre sont de cuir matelassé.
La figure 270 permet de comprendre qse le malade peut étendre la jambe en tirant la corde réfléchie sur la pouUe. Le manche
(1) Pages 304 et 331.
(2) Nous renvoyons le lecteur aux Traités classiques et aux Traités spectaux sur la coxalgie. — Voyez aussi Gaujot, loc. cit., p. 357-372.
JAMAIN. — Petilp chir., 5<= cdil, 2f!
hhS APPAUEILS l>OilU LKS AFFKCTIONS AlîTICrLAlliES.
lui serl à produire la flexion, et eu passant de l'un des mouvements à l'autre avec plus ou moins de rapidité, il force le tibia à jouer • sur le fémur connme il le fait dans l'étal normal.
FiG. 270. — Appareil de Bonnet pour le genou.
13, Appareils destinés à rétablir la mobililê. de l'cpaule. — II: suffit de jeter un coup d'œil sur les figures ci-contre pour coni-prendre le mode d'action de ces appareils.
L'un((in' 270 est destiné à communiquer des mouvemenis' de rotation à la l'ôte de l'iuunérus; l'autre (fig. 272) a plus spé- • cialement pour but de rétablir les mouvements d olevaiion et i d'abaissement de l'humérus.