CHAPITRE IV
VESICATION.
La vésication est une irritation de la peau assez intense pour fau-e naître, sous l'épiderme, des ampoules remplies de sérosité.
Nous avons vu que les agents qui rubéfiaient la peau pouvaient déterminer la vésication lorsque leur action était prolongée ; mais de môme qu'il est des moyens particuliers pour la rubélaciion, de même il y en a d'autres exclusivement destinés à la vésication.
La plupart des plantes acres sont vésicantes, comme presque toutes les renonculacées : la renoncule acre, la renoncule scélérate, la clématite ; presque toutes les euphorbiacées : les titbymales, 1 epurge, etc.; mais les vésicants dont on fait de nos jours un plus fréquent usage sont l'ammoniaque, l'eau bouillante et la canlliaride.
I 'L'ammoniaque, lorsqu'elle est pure, produit très-rapidement la vesicalion. Pour s'en servir, il suffit d'imbiber de ce liquide concentre une compresse pliée en plusieurs doubles et d'appliquer le linge sur la peau : l'effet est presque instantané. Toutefois ce moyen est fort peu employé, à moins qu'il ne soit trèsurgent d agir rapidement ou qu'on n'en possède pas de meilleur>^
IV . lJarcq(de Stenay) propose, pour obtenir la vésication à 1 aiae de 1 ammoniaque, un procédé fort ingénieux •
Dans un verre de montre plat, il verse huit ou dix gouttes
1 rr'f'-ir ''''■'''''''l''^^^ ^'«couvre le liquide d'une pièce (le linge taillée sur un diam.^lrc un peu moindre que celui du
VÉSICATION.
verre et applique leslemonl ce petit appareil sur la peau préalal)loment rasée.
Aussitôt qu'autour du verre on remarque une zone rosée largo d'environ 2 centimètres, on peut fitre cerlain que la vésicalion est achevée. Dans certaii.es occasions, trente secondes sont à peine nécessaires pour obtenir ce résuliat. Il ne reste plus qu'à ôter l'appareil, laver la place et à arracher avec des pinces à dissection l'épiderme qui vient aisément et d'un seul lambeau (!).
Cependant nous croyons utile d'indiquer un moyen plus simple d'appliquer les vésicatoires à l'ammoniaque. Pour cela, il suffit d'un disque d'amadou de la grandeur du vésicatoire à poser, et d'un morceau de diachylon plus grand que le disque. L'amadou préalablement imbibé d'ammoniaque est placé sur la peau et recouvert aussitôt du morceau de diachylon. L'évaporation du liquide actif est ainsi empêchée, et au bout de quelques minutes l'effet vésicant est produit.
ï^'ammoniaque mélangée avec l'axonge forme la 2Jom?nade de Gondret ; elle est d'un usage assez fréquent. Lorsqu'au moyen de cette pommade on veut produire la vésicaUon, on en éla'esur un linge une couche épaisse de 2 millimètres environ, de la grandeur qu'on veut donner au vésicatoire, et l'on a soin, au moyen d'une bandelette de diachylon, de circonscrire la peau tout autour du lieu d'élection. Sans celte précaution, la pommade pourrait fondre et déterminerait une irritation au delà des limites où l'on veut la circonscrire. Cela fait, on laisse la pommade en contact avec la peau pendant quelques minutes, jusqu'à ce que le malade se plaigne de vives douleurs, puis on l'enlève en retirant le linge. S'il en restait quelque portion, on la laverait avec un peu d'eau tiède. La pommade de Gondret ne détermine pas toujours la vésication, souvent il n'y a qu'une très-forte rougeur avec quelques petites phlyctènes insuffisantes pour établir un vésicatoire permanent ; cela tient à la volatilité de l'ammoniaque, aussi cette pommade s'altère-t-elle très-vite et ne doit être employée que fraîche.
Dans ce cas, il ne faut pas la laisser appliquée pendant plus d'un quart d'heure, car elle pourrait déterminer la cautérisation: aussi le chirurgien ne doit-il jamais abandonner un malade auquel il applique un vésicatoire de cette nature, car il peut en résulter des accidents. En soulevant le coin de la compresse, il
(1) Bulklin de Ihôrapeulique, 1843, l. XXV, p. 368.
VÉSICATION.
est facile de s'assurer de reifet qu'a pu produire la pommade ; el lorsque lavésicalion est assez considérable, il faut enlever l'appareil.
Pour éviter l'évaporalion de l'ammoniaque, M. Tonnelé conseille de remplir de pommade ammoniacale une de ces petites cupules de fer-blanc que détachent les ferblantiers quand ils pratiquent des trous dans les plaques de tôle étamée, et de maintenir l'appareil en contact avec la peau pendant dix à douze minutes. Le contour de cette petite cupule sera passé à la lime, alin de la débarrasser des bavures, de détruire les inégalités, de cette manière la pommade liquéfiée ne peut fuser sur la peau.
La pommade deGondretest employée encore pour déterminer de la rougeur sans vésication ; dans ce cas, on en frotte matin et soir avec le doigt la partie que l'on veut irriter, jusqu'à ce » que la peau devienne rouge.
Le mélange d'une partie d'ammoniaque avec deux parties d'huile camphrée, étendu sur un morceau d'ouate et appliqué pendant dix à quinze minutes, est un très-bon vésicant plus facile à préparer et à manier que la pommade de Gondret.
La chahur produit aussi très-rapidement des vésicatoires ; mais il est difficile d'en mesurer les effets. On l'emploie de diverses manières : tantôt on trempe un linge dans l'eau bouillante, et on l'applique sur la peau pendant quelques secondes. Mais si par. ce procédé on peut avoir très-vite un vésicatoire, il peut arriver que l'on produise des eschares. On peut encore appliquer un cautère nummulaire, chauffé au rouge brun, sur un linge mouillé plié en quatre doubles, et placé sur la partie que l'on veut irriter. Ce moyen n'est pas plus sûr que le précédent. La vésication à l'aide d'un marteau trempé dans l'eau bouillante, et placé ensuite sur la peau, est un procédé plus certain; il est plus commode ; il ne faut le laisser appliqué que pendant un temps très-court. Nous y reviendrons, du reste, en décrivant la cautérisation.
Plusieurs insectes de la famille des coléoptères ont la propriété d'être vésicants, ce sont : la cantharide {Meloe vesicaloria), le Mylabris variabilis, la Coccinelh quinquepunclala. Mais la première, la cantharide, est beaucoup plus active que les autres, et aussi bien plus facile à se procurer. La cantharide doit sa propriété à un principe immédiat, la caiilliarkline.
VÉSlCATION.
Diverses [.réparalions ayant pour base Ja canlharido sont employées pour faire les vésicaloires, ce sont :
V> La cantharidine, qui, appliquée sur la peau au moyen d'un papier ou d un linge huilé, produit d'une manière très-rapide et tres-sure la vcsication,
2° Un papier vésicant dont il suffit de tailler un morceau de la grandeur que l'on veut donner au vésicatoire,
3° Mais le moyen le plus sûr et le plus communément emplové est celui-ci : on taille im morceau de peau fine, de diacliylon, ou même de linge un peu plus grand que le vésicatoire que l'on veut établir, et l'on y étale, soit l'emplàlre épispastique, soit du levain, du diachylon gommé, etc., ou tout autre emplâtre qui puisse recevoir les cantharides à sa surface. On a soin de laisser tout autour un espace de 4 à 5 millimètres. On saupoudre cet emplâtre de cantharides finement pulvérisées et l'on exerce une légère pression sur tous les points de la surface, afin que la couche de cantharides fasse corps avec l'emplâtre. On borde remplâtre tout entier avec du diacliylon gommé, afin de le faire adhérer à la peau. Puis, la peau étant convenablement neltoy.-c, rasée, frottée avec du vinaigre si l'on veut obtenir une action plus prompte, on y applique l'emplâtre, que l'on fixe avec une compresse et des bandelettes de diachylon, ou au moyen d'un bandage contentif approprié,
^ L'application d'un papier huilé sur la surface de l'emplâtre vésicant, en attendant son application, le dispose à bien agir et ranime au besoin cette disposition; de telle sorte que, par ce ■moyen, il est possible de faire servir au besoin plusieurs fois le même vésicatoire. M. Lauray, avec le même écusson, a établi successivement trois vésicatoires volants, et en l'appliquant une qualriènie fois il a produit encore de la rubéfaction ; il s'était contenté d'essuyer légèrement avec un linge humide l'emplâtre qui venait de servir et de le conserver en le recouvrant d'un papier huilé.
4° Depuis quelques années on a remplacé les anciens emplâtres à vésicatoires par une toile vésicante plus active que le papier vésicant signalé plus haut. Nous donnons ici la formule de M. Lavie (de Brezolles) :
Poix noire et poix de Bourgogne, de chaque. . 100 grammes.
Axonge et cire jaune, de chaque 50 —
Poudre de cantharides 120 —
On coupe des bandes de toile cirée, larges de lîi ccnliinèlrcs cl longues d'un mètre, on les tend convenablement et on les
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couvre de la maliére emplasliqiie chauffée au baiii-marie. Celle-ci doit être élendue à l'aide d'un pinceau jusqu'à ce que la couche soit d'une épaisseur convenable (1).
Outre son action vésicanle, la canlharide possède la propriété d'agir d'une manière spéciale sur les organes génito-urioaires : aussi faut-il, lorsque l'on fait usage de cet insecte, s'assurer s'il n'existe pas déjà une irritation de la vessie. Il faut aussi remarquer qu'il y a quelques personnes dont l'irritabilité de cet organe est tellement grande, que l'application de la canlharide sur la peau est pour ainsi dire impossible : ainsi Gerdy rapporte qu'une jeune fille de vingt ans rendit avec ses urines des flocons de fausses membranes, dix heures après l'application d'un vésicatoiro. Mérat et Delens (2) disent que les accidents sont d'autant plus fréquents que la poudre employée contient ces insectes plus en nature et plus grossièrement pulvérisés. Ces accidents sont toutefois assez rares ; mais chez les personnes nerveuses prédisposées aux irritations de ia vessie, il faut prendre de grandes précautions. On a proposé de saupoudrer de camphre la surface du vésicatoire qui doit être en contact avec la peau. La propriété sédative du camphre empêche-t-elle l'action des cantharides sur les organes génito-urinaires ? 11 faut avouer cependant que cette précaution est souvent insuffisante.
Quoi qu'il e^oit, il n'y a aucun inconvénient à saupoudrer de camphre la surface d'un emplâtre vésicant.
Il n'est pas toujours facile de couvrir l'emplâtre d'une couche uniforme de camphre, cette substance, quand elle est pulvérisée se prenant en grumeaux. M. Vié a conseillé de dissoudre le camphre dans réther jusqu'à saturation de ce liquide, de répandre une quantité suffisante de cette dissolution sur l'emplâtre et de étendre rapidement avec le doigt. Bientôt l'éllier s'évapore et laisse une couche do camphre très-uniforme. Cadet-Gassicourt propose d humecter la surface des emplâtres avec la teinture ctheree de canlharide saturée de camphre. ^ Les accidents dont nous venons de parler sont beaucoup moins a redouter lorsque la cantharide n'est pas appliquée directement sur la peau : aussi l'emploi des vésicatoires anglais, c'est-à-dire Clans lesquels on aurait incorporé la cantharide avec l'emplâtre pourrait-il quelquefois prévenir l'irritation des voies urinaires' un a aussi proposé de couvrir les cantharides d'une couche de cerat, ou bien d'interposer entre la surface du vésicatoire et la
(1) Répertoire de pharmacie, d852, t. IX, p. 29.
(2) Dictionnaire de thérapeutique, etc., t. II, p. 300.