URTICATION
second offre quelque chose qui leur est propre. EffeclivenienI, les sinapismes se prescrivent surtout dans le cas où les maladies sont mobiles de leur nature, comme le rhumatisme et la goutte ; leur prescription dans les affecfions du poumon, du cœur, de l'estomac, est, pour ainsi dire, populaire et domestique. On emploie aussi les sinapismes dans les affections cérébrales.
C'est, par le fait, un moyen d'essai plus doux que le vésicatoire et qui ne répugne pas aux malades comme celui-ci. On ne se sert même quelquefois que de cataplasmes de graine de farine de lin saupoudrés de farine de moutarde, pour ne produire qu'une légère sinapisalion. On prescrit cette modification du sinapisme pour provoquer la sueur aux extrémités, en les enveloppant chacune d'une sorte de chausson semblable, dans les cas de douleurs vagues, de congestions vers la tète ou la poitrine, etc., pour provoquer les règles, etc. Dans les cas analogues, nous avons prescrit avec avantage des cataplasmes de farine de lin très-chauds et dont le véhicule était l'eau salée ou le vinaigre. Suivant M.Trélat, on peut aussi guérir la colique métallique en appliquant des sinajiismes sur les membres (1).
Les rubéfiants agissent comme révulsifs. Quelque soit l'agent dont on se sert, l'action est toujours la même, ils ont sur les autres dérivatifs un avantage très-grand : d'abord on peut les faire agir sur une très-large surface sans qu'il en résulte d'inconvénients pour le malade, à moins que l'on n'emploie un agent trop énergique qui cause une lrè§-vive douleur à un malade déjà en proie à une fièvre intense; ensuite on peut faire durer leur action aussi longtemps qu'on le désire, en les promenant sur les téguments, ainsi que nous l'avons exposé en décrivant les sinapismes.
§ 3. — l^rtication.
L'urlication a la plus grande analogie avec la rubéfaction. Les frictions légères et pendant une courte durée avec la pommade d'Autenrielh, ou l'huile de croton liglium, déterminent une éruption qui peut être comparée à celle que provoquent les piqûres d'ortie. Mais ce n'est pas encore là l'urtication proprement dite, celle-ci est déterminée en flagellant luie partie du corps avec des orties brûlantes [Urlica iirens). Ce remède est peu commode pour celui qui l'applique, il ne peut pas toujours être mis en usage,
(1) Mérat et l>e\ens, DicUonnaire de Ihérapeulique, t. VI, p. 350.
RUBÉFACTION.
il est excessivement douloureux et les résultais qu'on en obtient sont loin d'en compenser les inconvénienis.
M. Blatin (1) a proposé de produire l'urticalion à l'aide d'une pommade composée d'axonge dans laquelle on incorpore par simple mélange sans trituration les soies épineuses du poil à gratter {Dolichos pruriens, Lin.) à la dose de 50 centigrammes pour 30 grammes de graisse. Son action est immédiate, elle produit une sensation analogue à celle qu'excite le contact des orties. Le malade est obligé de frictionner pendant dix, quinze à vingt minutes la partie que le médicament a touché. Pendant la friction, la chaleur brûlante et le prurit s'apaisent et disparaissent complètement en moins d'une demi- heure. La peau se couvre ordinairement de papules blanches et plates, qui ne taident pas à s'effacer, et elle devient le siège d'une chaleur incommode.
L'urtication produite par les soies épineuses du Dolichos pruriens n'est due qu'à l'introduction de ces soies dans nos tissus ; des essais variés ont démontré qu'elle ne dépendait d'aucune matière soluble dénature irritante. La dose de pommade à employer dans chaque friction est de 50 à 60 centigrammes.
M. Blatin pense qu'en associant à cette pommade diverses substances médicamenteuses et, entre autres, des sels solubles, de l'bydrochlorate de morphine parexemple, on les ferait facilement pénétrer dans le tissu même de la peau, comme s'ils avaient été inoculés avec une aiguille ou avec une lancette.
Dans les essais qu'il a tentés de cette médication aucun malade n'a éprouvé d'inconvénients ; les enfants eux-mêmes la supportent facilement ; la main qui fait la friction n'en ressent pas l'effet. Quant aux indications, ce sont précisément les mêmes qui déterminent le praticien à recourir à la pommade stibiée ou à l'buile de croton.
Certaines chenilles possèdent des propriétés urlicantes : telles sont les chenilles du Bombyx processionnea, de la Phalœna quercus, du Liparis auriflua, etc. Aussi les nids de processionnaires ontils été proposés pour déterminer une rubéfaction cutanée rapide. L'action uriicante de ces nids tient à la pénétration, dans le tiisu de la peau, des poils fins et pointus dont ils sont formés. En outre, M. Ch. Morren admet l'existence d'une manière spéciale, active, dans l'intérieur de ces productions pileuses.
(1) Revue médico-chirurgicale, 1853, t. XIII, p. 150.
INSTRUMENTS RÉVULSEURS.
§ — Insti'Hiiienls l'cviilHCiirg.
On peut rapprocher de l'acliou urticante des poils animaux et surtout végétaux, celle qui est produite par les divers instruments
FïG. 331. — Roue révulsive de M. Mathieu.
facîn'7apitîe''°^^' dernièrement pour donner lieu à une rubc^
r.DliÉFACTlON,
Parmi eux nous citerons : I" Le dermubiolicon, inventé par M. Baunscheidt (dd Bonn). C'est un plateau circulaire, muni de 40 aiguilles et supporte par un manche, ce disque entre et sort à volonté dans une sorte d'étui, selon que l'on veut cesser ou produire la rubéfaction. L'emploi de cet instrument donne naissance à une éruption vésiculeuse assez confluente.
2° La roue révulsive de BI. Mathieu (lig. 331) n'est rien autre qu'un cylindre A, muni d'aiguilles saillantes d'un millimètre et demi. Le cylindre, monté sur une cliape B, avec manche C, peut être promené sur la si rface cutanée; ou peut môme augmenter son action révulsive en agissant avec un courant électrique dont les conducteurs peuvent être introduits dans l'anneau D.
3" Le révulseur Dreyfus, qui se compose d'un tube dans lequel remonte une rondelle munie de fines aiguilles. Un mécanisme analogue à celui des scarificateurs fait sortir brusquement ces aiguilles par un mouvement de détente (fig. 332).
FiG. 332. — Révulseur Dreyfus.
4" L'instrument que nous venons de décrire a été modifié par M. Morpain, de façon à pouvoir graduer la puissance en poids du choc des aiguilles. 11 se compose, dit l'auteur, d'un cylindre en métal, dans lequel se meut, au moyen d'un ressort à boudin, une rondelle garnie de trente-sept aiguilles. Cette rondelle joue librement sur la tige, ce qui lui permet un mouvement de recul, sans lequel les aiguilles pénétreraient trop profondément dan.s les I issus et pourraient se briser.
Pour manœuvrer l'appareil, on lire sur la barrette jusqu'à ce
VÉSIGATION. 631
que la lige \ienne accrocher clans un ressort fixé à l'extrémité supérieure de l'insirumcnl. La lige étant graduée permet de régulariser la force à donner à la projection des aiguilles, force qui peut varier de 2 à 7 kilos. Une simple pression sur un bouton fait aussitôt pnrtir les aiguilles.
M. Galante a construit un petit modèle de ce révulseur, qui peut se mettre dans une trousse ordinaire et ne contient' que dix-sept aiguilles.