‹ Manuel de petite chirurgie [electronic resource]Chapitre 191 sur 256 · M ON A · texte numérisé non relu

M ON A

On appelle moxa un petit cylindre de matière combustible que l'on fait brûler lentement sur la peau, de manière à y déterminer une eschare qui intéresse une partie ou la totalité des téguments.

Le moxa peut être établi sur presque tous les points du corps, il faut éviter cependant les régions où la peau est très-fine, où elle est en rapport trop immédiat avec des surfaces osseuses, des cartilages, de gros vaisseaux et de gros troncs nerveux. En effet, appliqué au voisinage de ces organes, le moxa pourrait causer des désordres extrêmement graves; et, de plus, comme les os conduisent très-bien la chaleur, celle-ci serait transmise avec une grande rapidité vers les parties profondes.

On a proposé une foule de moyens pour cautériser lentement la peau à l'aide d'une substance combustible.

En Chine et au Japon, on se sert d'un duvet qu'on retire des feuilles et des sommités desséchées de quelques espèces d'armoises ; on les pétrit entre les doigts de manière à en faire de petits cônes dont on place la base sur la partie que l'on veut cautériser. Sarlandière a voulu en généraliser l'emploi; mais ces espèces de moxas ne produisent qu'une cautérisation superficielle ; il en est de môme des moxas que Percy faisait avec la moelle du grand tournesol {helianlhus cmnuus), trempée dans une solution concentrée de nitrate de potasse. L'agaric de chêne, le papier trempe dans une solution de chlorate de potasse ou d'acélate de plomb, enfin, une multitude d'autres matières combustibles ont Ole employées pour faire les moxas. Mais la substance dont on lait le plus fréquemment usage est le colon cardé que l'on roule en cylindre et que l'on serre fortement dans une compresse que

MOXA

l'on coud sur un des côtés, ou que l'on fixe au moyen d'un fil roulé en spirale. C'est à Pouteau que l'on doit cette espèce de moxa, qui est certainement le plus commode et le plus facile à se procurer. Les Egyptiens, les Arabes ne se servent pas d'autre substance.

Voici comment Pouteau conseille de faire ces moxas (1) : (( Prenez du coton en laine, enveloppez-le avec une bande de » toile large d'un pouce sur trois pouces de largeur. Que le coton » soit aussi serré qu'il sera possible, parce qu'alors le feu sera » plus vif, la bandelette bien arrêtée par quelques points d'ai- » guille, et l'on aura alors un cylindre d'un pouce de diamètre. » On coupera ce cylindre transversalement par la moitié avec un » tranchant bien affilé, ce qui donnera deux cylindres à base trèsn unie, et c'est cette base très-unie qui doit toucher immédiate- »raenlla peau, qu'on humecte auparavant avec un peu de sa- » live, afin que le colon s'y colle en quelque façon. »

Le moxa de coton, fabriqué de cette manière, doit être assez fortement serré ; car", s'il ne l'était pas, le feu s'éteindrait facilement, et, le moxa brûlant moins longtemps, la cautérisation serait plus superficielle ; si, au contraire, le coton était trop serré, on aurait peine à faire arriver la combustion jusqu'à la base du cylindre. Percy employait aussi les moxas de coton, mais les serrait dans une carte comme on le fait pour la poudre dans la fabrication des pièces d'artifice : il enveloppait encore de coton ses cylindres de moelle d'helianllms.

M. Guépratte conseille, pour la fabrication des moxas, le procédé suivant. On prend un morceau de calicot dégommé par le lavage, on le plonge dans une quantité suffisante de sous-acétate de plomb liquide. Lorsque le tissu est bien imprégné, on le relire, on l'étend et on le sèche; puis on le découpe en bandelettes d'une hauteur égale à celle du moxa. On roule ces bandelettes à la manière des bandes, mais un peu mollement. On obtient ainsi un cylindre dont on relient les derniers tours par quatre points séparés. Pour l'application, on recouvre la région d'une dissolution de gomme arabique, et le moxa adhère suffisamment à la peau pour ne plus préoccuper le chirurgien. Le moindre contact d'un corps en ignilion sur le centre de la base supérieure du cylindre l'enllamme, et aussitôt il brûle sans secours étranger, avec la régularité la plus parfaite, parallèlement à sa base, sans fusées, ni flammèches.

Les moxas tempérés de M. Begnault ne sont autre chose que

(1) Pouteau, Œuvres posthumes, t. I, p. 204.

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