‹ Manuel de petite chirurgie [electronic resource]Chapitre 192 sur 256 · PORTE-MOXA · texte numérisé non relu

PORTE-MOXA

de petits cylindres de coton très-peu serrés, d'un centimètre environ de diamètre, et qu'il maintient séparés de la partie sur laquelle il les applique par un disque de drap épais. Il emploie ces moxas sur la tête dans l'hydrocéphalie; ce moxa n'agit que comme

un fort vésicatoire.

Entin dans le but de rendre la combustion du coton plus active, on a conseillé de l'imbiber d'une solution concentrée de nitrate de potasse; mais, outre que cette solution est complètement inutile, puisque l'on peut faire brûler facilement le moxa sans elle, elle a l'inconvénient de dégager une fumée très-irritante. Le chlorate de potasse serait préférable au nitrate, car il permettrait au moxa de brûler sans qu'il soit besoin d'établir un courant d'air pour faciliter la combustion.

Pour appliquer un moxa, on prend un petit cylindre fait avec la substance que l'on a choisie. On mouille la face la plus lisse, on la met en contact avec les téguments, et on la maintient fixée avec un porte-moxa.

Le porle-moxa de Larrey (fig. 34 4) se compose d'un petit anneau traversé par deux tiges métalliques diagonales, et qui se coupent à angle droit au centre de l'anneau. Ces deux tiges sont mobiles, peuvent être retirées avec la plus grande facilité. Quand on veut appliquer un moxa, on traverse la substance destinée à être brûlée par ces deux tiges qui la maintiennent solidement au centre de l'anneau. Sur la face inférieure de l'anneau se trouvent trois petits pieds arrondis ; ceux-ci sont de bois, car ils doivent être fabriqués avec une substance qui conduise mal la chaleur ; enfin, sur un des bords de l'anneau se trouve un petit manche de métal qui s'ajuste à l'aide d'un pas de vis sur un manche de bois ; on peut de cette manière placer sur un même manche des anneaux de grandeur en rapport avec le volume des moxas.

Le porte-moxa de M. Guérin (fig. 345) ïi'est autre chose qu'une pince à pression continue, présentant à son extrémité deux croissants qui s'embrassent parleur concavité. En pressant sur la partie moyenne de la pince, sur le ressort, on écarte les deux croissants entre lesquels on engage le moxa, puis celui-ci étant abandonné à lui-même, il se trouve convenablement serré et peut être facilement appliqué sur les téguments. Cet instrument, moins compliqué que celui de Larrey, est plus commode.

Toutefois on peut facilement tenir le moxa avec une pince à anneau, et à son défaut avec une tige métallique que l'on appuio sur le sommet du cylindre.

Afin de garantir les parties environnantes des étincelles qui

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pourraient voltiger pendant la combustion du mova on nlace tout autour de lui des compresses mouillées, ou bien êucore un disque de canon percé au cenire d'un trou qui donne passade au moxa. Les Egyptiens se servent, au lieu de carlon d'une plaque de fer; mais cela est tout à fait inutile. Le moia ainsi dispose, on allume son extrémité libre. On fera attention à en-

FiG. 34'^. — Porte-nioxa 1''ig. 345. — Poite-moxa

do Larrey. de M. Giiérin.

flammer toute la surface, car le cylindre brûlerait inégalement, et ne produirait pas tout l'effet désirable. Si le inoxa est fabriqué avec une substance qui ne puisse brûler toute seule, il faut en activer la combustion à l'aide du souffle, M.iis la fumée qui est formée par la combustion du coton, les élincelles qui peuvent venir frapper le chirurgien à la figure, rendent ce moyen très-

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incommode; aussi vaut-il mieux se servir d'un tube à l'aide duquel on dirige l'air sur toute la surface enflammée, et par conséquent on rend la combustion égale ; ce moyen permet à l'opérateur de se tenir assez loin du foyer pour ne pas en être incommodé. On peut également se servir d'un soufllet dont l'opérateur dirige le tube, et qui est mis en mouvement par un aide, ou bien d'un éventail, d'un morceau de carton, au moyen desquels on peut violemment agiter l'air.

La partie supérieure du moxa brûle sans que le malade éprouve aucune sensation; mais bientôt se rapprochant de la peau, le patient ressent une chaleur supportable, mais qui peu à peu augmente et devient une douleur excessivement vive, lorsque la partie du moxa en contact avec la peau est enflammée. Gerdy compare cette douleur à celle que produirait un cachet que l'on enfoncerait dans les os.

Lorsque la combustion du moxa est presque achevée, on entend une crépitation analogue à celle du sel que l'on aurait jeté dans le feu. Celte crépitation est due à la peau, qui se fendille parallèlement à la circonférence de l'eschare. ^ On évitera de faire brûler le moxa trop vite, car on sera plus sûr de produire une irritation vive et une eschare profonde en agissant lentement.

^ L'action du moxa est d'abord de rougir la peau, puis, partout où elle est en contact avec le corps en combustion, elle se converlit en une eschare noirâtre fendillée, d'autant plus épaisse que la combustion a été plus longue, et autour de laquelle la peau brûlée moins profondément est rouge et souvent couverte de petites phlyclènes remplies de sérosité.

La douleur qui suit l'application du moxa disparaît en général Irès-rapidement : aussi est-il tout à fait inutile d'employer ainsi qu'on l'a conseillé, des réfrigérants afm de la diminuer. D'ailleurs, a quoi bon arrêter un effet que l'on a voulu produire ? Il arrive quelquefois cependant, que l'application du moxa a déterminé une douleur assez intense pour causer des accidents généraux ; c'est alors qu'il faut lâcher de calmer l'irritation au moyen des' réfrigérants et des émoliienls. Mais, dans les cas les plus ordinaires, Il suffit, pour le premier pansement, de recouvrir la brûlure d'un morceau de diachylon ou d'un linge cératé, que l'on remplace aussitôt que le pus a commencé à se faire jour sur les parties Jaterales de 1 eschare.

11 ne lardera pas, comme dans toute espèce de cautérisation, fJ^Ufo 1?''^"' uneinflammuliou consécutive. Cette inflammation lait détacher 1 eschare, ainsi que nous l'avons dit, de la ciroonfé-

ACUPIJNCTUKIÎ.

rence au centre ; ce n'est qu'au bout de huit à quinze jours que celle-ci est complètement éliminée. A celle eschare succède une plaie que l'on peut guérir rapidement en la pansant avec ducérat, ou dont on peut entretenir la suppuration au moyen de pansements faits avec la pommade épispastique, enfin que l'on peut convertir en cautère, en introduisant un pois dans le centre. Les pansements consécutifs sont absolument les mêmes que ceux des cautères établis à l'aide des caustiques.

J'ai rangé à dessein dans le chapitre consacré à la cautérisation, la cautérisalion par le phosphore, le camphre, que l'on fait brûler en contact avec les téguments. En effet, au moyen du moxa on a voulu faire une cautérisalion lente, tandis que la cautérisation avec ces substances est très-rapide : aussi ce sont de fort mauvais moyens pour faire des moxas ; car, outre que leur action, ainsi que nous l'avons vu, est infidèle, ils n'atteignent pas le but que l'on se propose.

Le moxa est un des moyens révulsifs les plus énergiques ; il a été employé pour combattre les tumeurs blanches, les caries vertébrales, les affections des viscères ; on cite des cas dans lesquels des pneumonies chroniques, des pleurésies avec épanchement n'ont cédé qu'à des moxas. Ce mode de traitement a encore été utilisé pour combattre des névralgies, la névralgie sciatique par exemple, et pour guérir les paralysies ; enfin M, Regnault aurait obtenu des succès en appliquant ses petits moxas sur la tête d'enfants affectés d'hydrocéphalie?

Lorsqu'on se sert de moxa pour des affections profondes, il faut souvent en placer plusieurs autour du point malade.

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