‹ Manuel de petite chirurgie [electronic resource]Chapitre 219 sur 256 · ACCIDENTS DE LA SAIGNÉE · texte numérisé non relu

ACCIDENTS DE LA SAIGNÉE

bras et l'avant-bras ; quelquefois on obsrve la tuméfaction des ganglions axillaires.

1 0° Phlébite. — C'est un des accidents les plus redoutables qui puissent suivre la saignée. Confondue avec l'angioleucite, avec l'érysipèle ou avec le phlegmon, on peut facilement la reconnaître aux cordes dures, peu noueuses, qu'on observe sur le trajet des veines, et à un empâtement général du membre. Cette affection présente toujours une gravité excessive, parce que dans quelques cas le pus se trouve porté dans le torrent de la circulation et détermine des accidents d'infection purulente.

Si l'on a pu quelquefois assigner des causes à la phlébite, comme une piqûre faite avec une lancette malpropre ou mal affilée, des mouvements inconsidérés du malade, etc., on a vu souvent les saignées les mieux faites et pratiquées en apparence dans les meilleures conditions possibles être suivies de plébites mortelles. Le traitement à apporter à la phlébite doit être immédiat et trèsénergique, car, dès que l'inflammation est étendue, elle est trop souvent au-dessus des ressources de l'art. On appliquera sur le point malade des cataplasmes émollients, une compression bien faite; on conseillera les frictions d'onguent napolitain, des vésicaloires assez grands pour dépasser les limites du mal. 11 arrive quelquefois qu'il se fait des adhérences enire les parois des veines, phlébites adhésives : cette circonstance est très-favorable; la maladie cesse de faire des progrès et le pus ne peut pénétrer dans le sang. On reconnaît cette terminaison en ce que la maladie cesse de se propager vers le cœur et s'arrête tout à soup.

Dans certaines circonstances, l'inflammation arrive à suppuration et nécessite l'ouverture des parties renfermant le pus.

M° Blessure de l'arlère. — C'est l'accident le plus grave qui puisse arriver au moment de la saignée; et il est d'autant plus fâcheux que jamais un chirurgien prudent n'aura ce danger à redouter s'il ne saigne pas les veines placées au devant des artères. 11 n'aura pointa redouter les anomalies, s'il a soin d'explorer attentivement toute la face antérieure de l'avant-bras pour s'assurer qu'il n'existe pas de division prématurée de l'artère humérale. Aussi, lorsqu'un chirurgien a blessé une artère en pratiquant une saignée du bras, il n'est guère excusable : il vaut mieux craindre un accidem, et passer pdur trop timide, que d'avoir à déplorer une inqjrlidencë.

Aussitôt que l'artère est ouvehe, le sang s'écoule ^j^t- jeté Sào-

SAIGNÉE

cadés, isochrones aux battements du pouls; le sang est rutilant, spumeux ; celui qui vient de la veine est plus brun, coule par jet continu et mousse beaucoup moins que le sang artéiiel; le plus souvent même il ne mousse pas. Il est, en somme, assez facile de distinguer les deux jets de sang. Cependant, comme le jet de sang qui part de la veine peut présenter chez certains malades une coloration vermeille, comme le jet de sang veineux peut paraître saccadé par suite de l'impulsion communiquée parles battements de l'artère huméraie, nous allons donner quelques autres signes pour qu'on puisse s'assurer si une artèr^ a été ouverte.

Lorsqu'on comprime entre la plaie et la main, le sang, si l'artère est blessée, jaillira plus fort; si, au contraire, la veine seule a été ouverte, le sang s'arrête, à moins qu'il n'y ait une large communication entre les veines profondes et les veines superficielles. Si l'on comprime entre la plaie et le cœur, le sang artériel s'arrête ; le sang veineux, au contraire, coule avec force. Cependan; le sang artériel pourrait couler, malgré la compression au-dessus de la plaie, s'il existait une division prématurée de l'artère liuméraJe; alors la compression pratiquée dans le creux axiilaire fait cesser l'écoulement du sang. Il est indispensable de prendre toutes ces précautions, afin d'éviter une méprise. Le sang artériel peut encore couler par le bout inférieur, à cause des anastomoses ; toutefois, la compression exercée dans le creux axiilaire arrêtera le plus souvent tout écoulement sanguin artériel.

Quand cet accident survient ou qu'on le craint, le chirurgien doit conserver assez de sang-froid pour ne pas effrayer le malade, pour s'assurer par les explorations que nous venons d'indiquer si l'artère a été réellement ouverte, et faire ce qu'il convient pour arrêter le sang. 11 faut d'abord exercer sur la plaie une compression circonscrite avec des compresses graduées disposées en pyramide, fixer beaucoup plus solidement la bande que lorsque la saignée n'a pas été suivie d'accidents, tâcher de faire supporter au malade cette compression, qui est très-douloureuse, veiller à ce que le bandage ne se dérange pas et le laisser en place pendant quinze jours. Mais comme la compression énergique que l'on fait au pli du bras pourrait causer un engorgement du membre, il faut appliquer un bandage roulé depuis le poignet jusqu'à l'aisselle. 11 est fort difficile de justifier cet appareil aux yeux des malades; mais enfin on fera son possible pour trouver un prétexte, comme par exemple la crainte de voir la saignée se rouvrir. On peut encore faire la compression en plaçant un corps dur, comme une pièce de monnaie, dans les plis de la compresse. Par ce moyen l'hémorrhagie s'arrête, et il arrive quelquefois, quand la

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