‹ Manuel de petite chirurgie [electronic resource]Chapitre 221 sur 256 · SAIGNÉE DU PIED · texte numérisé non relu

SAIGNÉE DU PIED

est-il rare que l'on puisse la [saigner ; lorsqu'elle est double, la branche antérieure se place sur le côté externe de la malléole.

L'appareil nécessaire pour faire une saignée du pied consiste en un vase rempli d'eau chaude comme pour donner un bain de pieds, une alèze, une serviette, une bande longue de 2 mètres pour faire une ligature destinée à arrêter le cours du sang dans les veines, une autre de 3 à 4 mètres pour le pansement, une petite compresse carrée.

Le malade doit toujours êire assis ou sur une chaise ou sur

le bord de son lit. S'il était trop faible, on le ferait appuyer sur des oreillers ou bien soutenir par une personne placée derrière lui.

On lui fait placer les deux pieds dans l'eau chaude. Il vaut mieux mettre les deux pieds ; en elTet, on détermine une plus grande congestion vers les extrémités, en outre la position est moms gênante pour le malade; enfin, cette précaution permet

SAIGNÉE,

au chirurgien de choisir le pied sur lequel les veines sont le plus apparentes.

Lorsque les veines sont suffisamment gonflées, le chirurgien met sur son genou, préalablement couvert d'une alèze, le pied du malade, explore la région, choisit la veine, et applique la ligature à deux ou trois travers de doigt au-dessus des malléoles. Il fixe la bande par une simple rosette, comme nous l'avons prescrit pour la saignée du bras, et dirige l'anse de la bande, en dehors s'il saigne la saphène interne (fig. 373, A), en dedans s'il a fait choix de la saphène externe. 11 fait plonger le pied une seconde fois dans le bain. Lorsque tout est prêt pour la saignée, il relire le pied du bain, l'essuie, le fixe sur le genou avec la main qui ne doit pas tenir la lancette ; les quatre derniers doigts reposent sur la face dorsale du pied; le pouce est fixé près de la malléole sur la veine qui a été choisie pour l'opération.

La lancette doit être tenue de la main droite, si l'on saigne la saphène interne du côté droit ou la saphène externe du côté gauche; de la main gauche si l'on saigne la saphène externe du pied droit ou la saphène interne du pied gauche. Il ne faut pas non plus oublier que, en raison de leur position, les veines saphènes ne peuvent être piquées perpendiculairement à leur axe dans la crainte de blesser le périoste, ou même de laisser la pointe de sa lancette dans l'une des malléoles ; par conséquent on devra faire l'incision parallèlement à l'os, et la lame formera avec la châsse un angle aigu.

Lorsque le sang coule en jet, on le reçoit dans un vase ou dans une palette; mais lorsqu'il coule en nappe, ce qui arrive le plus souvent, on remet le pied dans l'eau, et le sang se mêle avec elle. Il est alors assez difficile de calculer la quantité de bang sortie, et ce n'est que par la rapidité de l'écoulement, et parla couleur de l'eau, qu'onpeut l'apprécier approximativement.

Plusieurs causes peuvent empêcher l'écoulement du sang: la première est la formation de caillots autour de la piqûre ; la seconde est la pression de l'eau sur la colonne de sang.

Dans le premier cas, on aura soin d'essuyer la plaie de temps en temps, afin d'enlever les caillots; dans le second, il faut soulever le pied du malade, de manière que la piqûre soit à fleur d'eau. Dans tous les cas, on engage le malade à remuer les orteils, ce qui facilite l'écoulement du sang.

Lorsqu'on a tiré une quantité de sang convenable, on détache la ligature sans retirer le pied de l'eau, on l'y laisse quelques instants ; puis on prend le pied, on le place sur le genou comme lorsqu'on a pratiqué la saignée, on l'essuie, on applique sur la

piqûre une petite compresse qui est fixée par un bandage en huit de chiffre, dit bandage de félrier (fig. 96.)

Les accidents de la saignée du pied peuvent être, à l'exception de la blessure de l'artère, les mêmes que ceux de la saignée du bras : aussi n'y reviendrons-nous pas. Mais les accidents qui lui sont propres sont la piqûre du périoste et la brisure de la lancette. Le premier, auquel on attachait jadis beaucoup d'importance, est loin de mériter l'attention qu'on lui a donnée ; quant au second, il est assez rare. Mais s'il arrivait, il faudrait élargir la plaie, aller avec une pince chercher la pointe de l'instrument ; dans le cas contraire, ce petit corps étranger déterminerait un abcès et serait éliminé par la suppuration.

§ 5. — iSnignéc «lu

cou.

La saignée du cou se pratiquait sur la jugulaire externe, quelquefois sur la jugulaire antérieure : aussi appelle-t-on encore cette opération, saignée de la jugulaire.

La veine jugulaire externe descend de la région parotidienne dans le creux sus - claviculaire, croisant très-obliquement le muscle stcrno-cléido-mastoïdien ; située entre le muscle peaucier et l'aponévrose cervicale, elle est entourée à sa partie supérieure et à sa partie inférieure par les filets du plexus cervical superficiel. Ces filets sont moins nombreux à sa partie moyenne, où l'on trouve cependant la branche cervicale superficielle, qu'il faut avoir soin d'éviter. '

La jugulaire antérieure, formée par les veines de la face descend sur la partie antérieure du cou, se porte en dehors à l'centimètre au-dessus de la fourchette sternale, et va s'ouvrir dans la veme sous-clavière, comme la veine jugulaire externe et quelquefois en commun avec elle (Sappey). Cette veine est' en gênerai, peu volummeuse, et donnerait moins de sano- que la jugulau-e externe : aussi n'esl-elle presque jamais saio-né

Il est très-rare que la saignée de la jugulaire ne%uisse se faire a cause de son peu de volume, cependant cela arrive anel quefois. ^

L'appareil nécessaire pour pratiquer cette saignée se compose dune ou deux petites bandes, d'une cravate, d'une compresse carrée, d une compresse graduée, d'une petite gouttière ele mé tal (quelques cartes peuvent la remplacer), et des autres objets nécessaires pour toutes les saignées.

La compression doit se faire au-dessous du point où l'on veut

JAMAiN. — Petite chir., 5e édit

SAIGNÉE

piquer la veine; c'est dans le creux sus-claviculaire qu*il vaut mieux la pratiquer. Elle peut être faite de diflcrentes manières : soit par le doigt d'un aide, mais au bout de quelque temps elle ne serait plus suffisante; soit en employant un cachet garni d'une pelote. Nous croyons qu'il vaut mieux se servir d'un lien, on applique la petite compresse graduée sur la veine que l'on veut saigner, et l'on fait, avec une bande qui est nouée derrière le cou, une compression circulaire. Pour éviter de comprimer les voies aériennes, on a conseillé de placer le plein du bandage derrière le cou, et un aide placé en avant comprime les jugulaires autant qu'il en est besoin en tirant sur les chefs de la bande. Enfin le meilleur mode de compression est de placer la bande sur les compresses, et d'aller nouer les deux chefs sous l'aisselle du côté opposé; de cette manière on ne comprime ni les voies aériennes, ni la jugulaire de l'autre côté, et l'on prévient l'engorgement des veines de la tête, qui a fatalement lieu lorsque l'on agit sur les deux jugulaires (fig. 374).

Le point d'élection pour la saignée de la jugulaire externe est placé un peu au-dessous de la partie moyenne du cou. Là, en effet, la veine est plus volumineuse qu'à la partie supérieure ; elle est moins entourée de filets nerveux, et plus bas on pourrait s'exposer à un accident formidable, l'introduction de l'air dans le système veineux. On peut choisir indistinctement le côté que l'on veut saigner : seulement si le chirurgien se lient en face du malade, il lui faut faire la saignée du côté gauche pour agir delà main droite, et réciproquement. On fait incliner un peu la tête du malade du côté opposé à celui qu'on veut saigner. On tend légèrement la peau et la veine avec la main gauche, si l'on saigne le côté gauche, en plaçant le pouce en bas, le doigt indicateur en haut, de manière à fixer la veine, car c'est entre ces deux doigts qu'on doit faire l'incision; de l'autre main on fait une incision transversale, c'est-à-dire perpendiculairement aux fibres du muscle peaucier. En eflet, la contraction de ce muscle élargit les bords de l'ouverture, tandis que si ces fibres étaient.coupées parallèlement, leur contraclion rétrécirait l'incision.

L'incision doit être plus grande et plus profonde que pour la saignée du bras, car la veine jugulaire est plus volumineuse et plus profonde que les veines de l'avant-bras. Quelques chu'urgiens recommandent de ne pas percer la veine de part en part, afin d'éviter l'cpancliement du sang au-dessous de l'apouuvrose cervicale, ce qui pourrait amener des abcès, des fusées purulentes; mais ces crainles sont exagérées.

Lorsque lu veine est ouverte, si le sang coule par jet, ou le re-

çoit dans un vase; dans le cas contraire, ce qui arrive le plus souvent, il coule en havant : alors on le reçoit sur la petite gout-. tière métallique, ou sur une carte, dont un des bouts est appliqué contre la peau, tandis que l'autre conduit le sang dans le vase. Si le sang avait de la tendance à s'arrêter, il faudrait recommander au malade d'exécuter des mouvements de mastication.

Lorsqu'on veut arrêter la saignée, on applique le doigt sur

FiG. 374. - Band»ge pour la saignée de la jugulaire externe.

l'ouverture, on détruit le parallélisme des lèvres des plaies cutanée et veineuse, puis on cesse la compression. On applique sur la pla.e une petite compresse carrée, et on la fixe au nioyon d un bandage ou d une cravate dont le plein est placé sur le côté sam du cou qn, vient se croiser sur la compresse, et qu'on fixe sous 1 aisselle du côte oppose. IJu sin.ple bandage circulaire pourrait arrêter le cours du sang et engorger les veines de la tète.

SAIGNÉK.

Souvent même oa peut se contenter d'une mouclie de taffetas d'Angleterre; par ce procédé on a l'avantage de ne pas rétrécir le calibre de la veine, et de faciliter le cours du sang, qui tombe par son propre poids au-dessous de la piqûre. Au bout de vingtquatre ou trente-six heures la cicatrisation est faite.

Les mêmes accidents que nous avons signalés pour la saignée du bras peuvent se rencontrer ici : seulement la phlébite, l'érysipèle, le phlegmon seront beaucoup plus graves à cause du voisinage du thorax. Il n'y a pas de lésions d'artère à craindre : mais il faut penser à la possibilité de l'entrée de l'air dans la veine, accident qui peut faire périr immédiatement le malade. Toutefois on préviendra toujours cet accident en saignant la veine jugulaire externe à sa partie moyenne, là oîi elle n'est pas encore très-volumineuse et où elle est assez éloignée du thorax; d'ailleurs, il faut toujours avoir soin de boucher l'orifice du vaisseau avant d'enlever la compresse graduée placée entre la plaie et le cœur.

La saignée de la jugulaire est, avec raison, abandonnée ; en effet, le sang sort difficilement, en petite quantité, quelquefois même ne sort pas du tout; de plus, elle peut exposer les malades aux accidents si graves qui résultent de la pénétration de l'air dans le système circulatoire.

§ O. — Guignée dest veines ranincM.

Quelques praticiens ont tenté de remettre en honneur la saignée des veines ranines ; cette médication a été conseillée surtout dans les angines graves. M. Gonzales Arajo, qui a préconisé cette méthode thérapeutique, procède de la manière suivante : il saisit avec un linge l'extrémité de la langue et élevant un peu cet organe, il ouvre avec la pointe d'une lancette les deux veines ranines. Cette saignée donne en général de 30 à 60 grammes de sang. On peut favoriser l'écoulement à l'aide d'un gargarisme tiède. Lorsqu'on veut faire cesser l'émission sanguine, on fait laver la bouche du malade à l'aide d'une solution astringente au ratanhia et au cachou.

Cette opération est ,tout à fait tombée dans l'oubU aujourd'hui.

DE L'ARTÉRIOTOMIE.

ARTICLE II

DE L'ARTÉRIOTOMIE

J.es anciens pratiquaient assez souvent Vartériotomie ; ils saignaient l'artère mastoïdienne, l'artère radiale. Mais ces opérations sont complètement abandonnées de nos jours; il ne reste plus guère que la saignée de l'artère temporale qui soit conservée, et encore est-elle fort exceptionnellement usitée.

Celte artère est située sous la peau, ce qui permet de l'atteindre facilement; de plus, elle est placée directement sur un corps dur, l'os temporal, où elle peut être facilement comprimée; il n'existe dans son voisinage aucun organe que l'on craigne de blesser; enfin elle est assez volumineuse pour donner une suffisante quantité de sang.

La saignée de la temporale se fait sur une des divisions antérieures du vaisseau. Là, en effet, l'artère est assez volumineuse et elle repose immédiatement sur l'os, tandis que le tronc de cette artère repose, ainsi que la branche postérieure, sur le muscle temporal.

Pour pratiquer cette saignée il faut les mêmes pièces d'appareil que pour la saignée du cou : seulement la compression avant 1 opération est inutile. Il est bien entendu que, si on la faisait entre la plaie et le cœur, on empêcherait le sang de couler On prend, pour maintenir la compresse graduée, une bande longue de 6 a 8 mètres, roulée à deux globey. A la place de la lancette on peut se servir d'un bistouri,

• Quand on a choisi l'artère que l'on veut ouvrir, on la fixe comme la veine jugulaire dans la saignée du cou, et l'on fait une incision transversale, c'est-à-dire perpendiculairement au trajet de I artère. Le sang coule tantôt par jets saccadés, on le reçoit dans un vase, ou bien en nappe, alors on le recueille avec une carte phee on oo„u,ere. Si la saignée ne donne pas assez de sang, d faiit laver la plaie, afin d'enlever les caillots qui oblilèren 1 onlice de l'artère lésée.

U.and la saignée est terminée, si le sang paraît ne pas vouloir s arrêter, on plonge de nouveau le bistouri dans la plaie, et Ton

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une compresse graduée, qu'on maintient fixée au moyen d'un ban-

SAIGNÉE LOCALE

dage dit le nœud (l'emballeur (fig. 98). Comme ce bandage est très-pénible pour le malade, il vaut mieux appliquer un bandage circulaire autour de la tôte : il est en général suffisant. L'oblilération de l'an ère a lieu au bout de huit à dix jours ; le seul accident à craindre est l'anévrysme, mais il est rare; la lésion de quelques filets nerveux peut aussi avoir lieu, mais elle est sans importance.

Cette opération est presque entièrement abandonnée, et avec juste raison, croyons-nous.

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