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CHAPITRE XXIV

SAIGNÉE LOCALE

On entend par saignée locale toute saignée faite dans le but de dégorger principalement la partie affectée, et qui est pratiquée le plus près possible de l'organe malade. On lui donne aussi le nom de saignée capillaire : il est vrai qu'elle se pratique, non pas exclusivement sur des vaisseaux capillaires, mais aussi sur des vaisseaux d'un trop petit calibre pour qu'une seule ouverture faite par la lancette donne une quantité suffisante de sang.

Cette saignée s'obtient par l'emploi des sangsues et par les scarifications. Mais, je le répète, comme on ne peut agir que sur des vaisseaux de trop petites dimensions, on est obligé de faciliter l'écoulement du sang en appliquant sur les incisions un appareil qui a reçu le nom de ventouse, et dans lequel on raréfie Pair.

Lorsqu'on se sert de sangsues pour faire des saignées capillaires, il est rare que l'on ait besoin d'appliquer des ventouses pour tirer une plus grande quantité de sang; la «angsue fait l'office de ventouse, et par conséquent, à moins d'indications spéciales, on obtient une quantité de sang presque toujours suffisante.

Un médecin anglais, le docteur Sloane, ayant à placer sur luimôme une douzaine de sangsues et remarquant qu'elles étaient faibles et sans activité, s'avisa de les recouvrir d'une ventouse dans laquelle il fil lo vide avec quelques coups de pompe. Aussi-

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tôl ces animaux sortirent de leur léthargie, s'atlachèrenl à la peau et tirèrent autant de sang qu'auraient pu faire les meilleures sangsues. Soit que l'afflux du sang dans la ventouse aCfriande la sangsue, soit que l'on considère la sangsue comme un sac distendu par le vide, ce phénomène n'en est pas moins très-remarquable et peut être facilement mis à profit pour la pratique.

ARTICLE PREMIER

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La sangsue est un animal de la famille des hirudinées ; elle a le corps allongé, mais rétractile, formé d'un très-grand nombre de segments. Chacune de ses extrémités est pourvue d'un disque aplati. L'antérieur, plus étroit, porte la bouche ; celle-ci, placée au centre du disque, offre trois petites mâchoires cartilagineuses, finement découpées sur leurs bords en dents très-aiguës. Le disque postérieur est beaucoup plus large ; il sert à la progression. Les hirudinées pourvues de dents et pouvant entamer la peau des animaux forment le genre Sanguisuga (Savigny). Les espèces qui sont employées de préférence, car on pourrait, à la rigueur, se servir de toutes, sont au nombre de deux.

I ° La sangsue verte, sangsue officinale {Sanguhuga officinalis, Sa\.; Hirudo ofpcinalis, JÀn.). Elle a le corps d'un vert peu foncé, le dos marqué de six bandes longitudinales, de couleur ferrugineuse, et tachetées de points noirs sur les bords et à leur partie moyenne ; le ventre est d'un vert jaunâtre, largement bordé de noir, les segments sont très-lisses. C'est la plus grosse du genre.

2° La sangsue grise, sangsue médicinale {Sanguisuga medicinalis, Sav.; Hirudo medicinalis, Lin.), est d'un vert foncé : son dos est marqué de six bandes longitudinales maculées de taches noires triangulaires; le ventre est verdâtre, maculé et largement bordé de noir ; les segments du corps sont hérissés de mamelons grenus (1).

II ne faut pas confondre ces deux espèces avec la sangsue noire, sangsue de cheval ( Hirudo sanguisuga, Lin. ; Hœmopis vorax, Sav.), si commune dans les marais et les eaux douces de

If] ^.°cJT Bocqnillon, Manuel d'histoire naturelle médicale, t. I,

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France, dont le dos est olivâtre, déprimé, le ventre plus foncé que le dos et immaculé. Cette espèce a été considérée à tort comme causant les accidents qui surviennent à la suite des piqûres de sangsues ; car, à la forme émoussée des dénis qui garnissent ses mâchoires, on a reconnu qu'il était impossible qu'elle pût entamer la peaia de l'homme ou d'aucun vertébré. .

Les sangsues habitent les étangs, les marais ; on en trouve quelquefois dans certains ruisseaux, mais c'est dans les eaux stagnantes qu'on les rencontre le plus souvent. On les pêche à la main ou dans des filets de crin tendus sur des cerceaux. D'autres fois on leur jette des foies d'animaux sur lesquels elles viennent s'attacher ; mais prises de cette manière, elles sont moins bonnes.

Les grosses sangsues coûtent plus cher que les autres, toutefois on doit préférer celles qui sont de moyenne grosseur et trèsagiles,

La question de la conservation des sangsues est très-importante, car il y a déjà quelques années on en a fait une si prodigieuse consommation, que l'on a é(é obligé d'aller les chercher jusqu'en Turquie et en Bohême ; de plus, on en perd, quelquefois une très-grande quantité. On les conserve en grand dans des réservoirs oii leur reproduction peut se faire; les pharmaciens les mettent dans des vases remplis d'eau qui doit être changée assez souvent, et qu'il faut toujours maintenir à l'abri du contact des rayons solaires. M. Piègu les aurait parfaitement bien conservées dans la mousse humide.

' M. Fermond rapporte un très-grand nombre d'expériences qu'il a faites à la Salpêtrière ; nous allons reproduire ici les points de son travail qui nous 'ont paru avoir le plus d'importance pour la pratique (1).

Les bassins dans lesquels les sangsues doivent être conservées seront construits de telle manière que ces annélides ne puissent se perdre, que l'eau puisse facilement s'échauffer sans toutefois s'élever à une trop haute température, et sans qu'on puisse y observer des changements trop brusques de température : le fond du bassin sera couvert d'une couche d'argile de 25 à 30 centimètres d'épaisseur ; dans ce bassin seront plantés quelques végétaux, tels que massetles, iris de marais, diverses espèces de chara. Le Chara hispida, dont la lige est chargée d'aiguillons

(1) Fermond, Monographie des sangsues médicinales, 1856. in-8, 36 fig.

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très-déliés, et très-propre à débarrasser la sangsue de la matière muqueuse qui la recouvre. A l'aide des plantes on assure la nourriture des sangsues, car ces végétaux attirent les insectes dont les larves sont dévorées; d'un autre côté, les végétaux décomposent l'acide carbonique et l'acide sulfhydrique contenus dans l'eau. Il résulte des expériences de M. Fermond que ces plantes sont indispensables à la conservation des sangsues, et que ces animaux vivent beaucoup mieux dans de l'eau qui n'est pas renouvelée: d'un autre côté, en ne renouvelant pas l'eau, on ne court jamais le risque de perdre les jeunes sangsues qui sont, au sortir de l'œuf, tellement déliées, qu'il serait très-difficile de les apercevoir dans le courant d'eau qui les emporterait. L'eau de la Seine est préférable à l'eau du canal et surtout à l'eau de puits. Pendant l'hiver, il faut préserver le bassin, de manière que le froid ne soit jamais assez intense pour congeler toute l'eau, et encore moins celle dontia glaise est imbibée. Le niveau d'eau des bassins doit être constant, afin d'assurer la conservation des œufs jusqu'à leur entière éclosion.

Peut-on faire servir les sangsues plusieurs fois? Cette question a beaucoup préoccupé les médecins elles pharmaciens : Henry s'est prononcé pour la négative ; MM. Pallas et Bouchardat pensent au contraire que les sangsues peuvent servir plusieurs fois. On a proposé de leur faire rendre le sang qu'elles avaient sucé en les pressant entre les doigts, en les déposant sur de la cendre peu chargée d'alcali, ou enfin en les mettant dans de l'eau salée. Mais M. le professeur Bouchardat pense que le meilleur moyen est de les enfermer pendant au moins six mois dans les réservoirs glaisés, de les conserver pendant un autre mois dans I eau; cet mtervalle de temps est suffisant pour que la digestion se soit opérée et qu'elles soient aptes à servir de nouveau. Il est prudent de jet«r celles que l'on aurait mises sur des bubons et en général sur toutes les parties malades, lorsqu'on auraà cràinnre la contagion.

La gastrotomie a été proposée pour vider l'estomac des sangsues. Je ne sais si ces annélides guérissent facilement après qu on leur a pratiqué cette opération ; toujours est-il que M legu est arrivé à ouvrir l'estomac des sangsues appliquées sur la peau, sans leur faire lâcher prise ; que le sang sortant facilement par la plaie et la sangsue suçant toujours, il a pu par ce moyen obtenir un écoulement de sang très-considérable, et en économiser de cette manière une grande quantilé. Toutefois cette opération es fort délicate, car leur sensibilité est très-grande; elles quittent facilement prise ; il faut que leur estomac soit

'saignée locale.

complètement dislendu. Il va sans dire que la section doit se faire sur le dos, car on ne doit pas oublier que chez ces animaux le système nerveux est au -dessous du système digestif.

Moquin-Tandon (1), qui a publié une excellente monographie dessangsues, dit qu'une sangsue de petite taille peut absorber 2 gr. ,70 de sang, c'est-à-dire deux fois et demie son poids, qu'une grosse en absorbe la même quantité ou son poids. Mais il faut en outre tenir compte de la quantité de sang qui s'écoule après qu'elles sont tombées, car elle varie avec les prédispositions individuelles, la nature des vaisseaux blessés, les circonstances dans lesquelles on place le malade après la chute des sangsues. Toutes ces considérations sont d'une très-grande importance, aussi trouvera-t-on plus loin un paragraphe dans lequel on verra comment on doit favoriser l'écoulement du sang et comment il faut l'arrêter.

Les sangsues peuvent être posées sur toutes les parties du corps, excepté sur le trajet des gros vaisseaux et des gros troncs nerveux. On peut encore les appliquer sur quelques membranes muqueuses facilement accessibles, dans les fosses nasales, .sur les amygdales, les gencives, le col de l'utérus, etc.

Nous avons à signaler quelques particularités importantes dans l'application des sangsues sur diverses parties du corps : ainsi, lorsque la peau est fine, doublée d'un tissu cellulaire lâche, susceptible de s'infiltrer facilement de sérosité, leur morsure est le plus souvent suivie d'une infiltration considérable plus effrayante que dangereuse: tels sont les paupières, le scrotum. La piqûre est souvent suivie, dans ces mêmes régions, d'une ecchymose, assez large : aussi quelques praticiens ont-ils conseillé de n'en jamais appliquer sur ces parties, de crainte de gangrène. Je ne sais si celte crainte est fondée sur quelques observations ; toujours est -il que j'ai vu fort souvent Gerdy placer des sangsues sur les paupières, l'infiltration était très-considérable, mais la résolution se faisait rapidement, et jamais il n'a eu d'accidents à déplorer. . . ,

D?it-on appliquer des sangsues sur les parties enflammées / On a craint, et avec plus de raison que dans le cas précédent, la gangrène des téguments: aussi, comme la saignée locale faite autour de la partie malade dégorge aussi bien que si elle était partiquée sur le mal lui-même, il vaut mieux s'abstenir, autant que possible, d'appliquer des sangsues sur un érysipèU- ou sur

{{) Moquin-Tandon, Monographie des hirudinées, 2» éJil., 184G, 4 vol. in-«, v\ atlas in-4 de 1/i pl.

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un phlegmon. D'ailleurs la morsure de ces animaux causerait une douleur qui serait d'autant plus vive que l'inflammation serait plus considérable. 11 va sans dire qu'il n'est ici question que de l'inflammation des téguments; car, lorsque ce sont des organes internes qui sont malades, c'est toujours le plus près possible et, autant qu'on le peut, sur le réseau capillaire des vaisseaux qui vont se rendre à ces organes que les sangsues doivent être placées.

On doit, principalement chez les femmes, éviter d'appliquer des sangsues sur des parties qui restent découvertes, comme le visage, le cou, la partie antérieure et supérieure de la poitrine, l'avant-bras, le dos de la main ; car la morsure de ces animaux laisse des cicatrices d'un blanc mat, ineffaçables, et qui souvent deviennent difl'ormes.

La piqûre de la veine jugulaire externe par une sangsue a été suivie, dans un cas, d'une bémorrhagio que l'on a eu beaucoup de peine à arrêter : aussi ne doit-on jamais les appliquer sur les points où il existe de grosses veines assez superficielles pour que la morsure de ces animaux puisse atteindre les parois du vaisseau.

A moins d'absolue nécessité, il faut éviter d'en faire usage sur les parties où l'on pense qu'une opération pourra êire nécessaire, car le sang épanché autour dos piqûres masquerait les (issus sur lesquels on aurait à porter l'ioslrument tranchant.

La vascularité de la région où l'on veut faire une évacualion sanguine doit toujours déterminer le praticien à prescrire une plus ou moins grande quantité de sangsues. C'est ainsi que, dans les régions vasculaires, il ne faut en mettre qu'un petit nombre ; tandis qu'au contraire, dans celles où il n'existe que peu de vaisseaux, où la peau est doublée d'une très-grande épaisseur de tissu cellulo -graisseux, elles doivent être prescrites en grand nombre. L'âge, la constitution du sujet, la finesse de la peau, doivent également entrer en ligne de compte dans les déterminalions du médecin.

La difficulté de poser des sangsues à la surface des membranes muqueuses, la répugnance qu'éprouvent les malades à se laisser mtroduire ces animaux dans la bouche, font qu'elles ne sont que très-rarement appliquées sur les gencives, sur les amygdales, etc., elles sont plus facilement placées sur le col de I utérus.

Mode çV application. - Pour appliquer les sangsues, il faut laver la région avec un peu d'eau liède ; si U peau est couveplo

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de poils, on les rasera soigneusement, puis on la lavera ; lorsque les sangsues sont vives, bien affamées, elles prennent facilement sans qu'il soit besoin d'aulres précautions; dans le cas contraire, il faudrait frictionner légèrement les téguments avec un peu d'eau tiède, puis les essuyer. On a quelquefois l'haliitude d'étendre sur les téguments un pou de lait ou d'eau sucrée, mais cette précaution est au moins inutile ; si les sangsues ne voulaient pas mordre, il serait préférable de prendre un peu de sang pour en couvrir la peau. Lorsque les sangsues devront être appliquées sur une partie déjà couverte d'un corps gras, il faut laver la région avec un peu d'eau de savon, l'essuyer et la laver une seconde fois avec de l'eau tiède pour dissoudre entièrement l'alcali.

Les sangsues seront placés dans un linge oij elles seront roulées, afin de les essuyer et de les exciter légèrement; il est même bon de les tenir quelque temps hors de l'eau, pour les affamer, puis on les met en contact avec la peau. 11 ne faut pas cependant qu'elles restent à sec plus de trois ou quatre heures.

Les sangsues devront être posées en masse ou une à une. Quand on devra appliquer plusieurs sangsues à la fois, on les mettra dans un verre dont la grandeur sera en raison directe de l'étendue de la partie sur laquelle on voudra les placer. Le vase sera renversé sur les téguments, et bientôt on ne tardera pas à les voir, fixer leur ventouse postérieure au haut du verre et venir mordre la peau par leur ventouse antérieure ; les morsures seront disposées circulairement autour du bord du verre. S'il arrivait que quelques-unes d'entre elles restassent au fond du verre, il serait facile de les faire descendre en refroidissant le sommet du vase à l'aide d'un corps froid.

Le procédé que nous venons de décrire est commode, mais il présente l'inconvénient de réunir des morsures dans un espace souvent trop rétréci, et de les disposer d'une manière qui, dans certaines circonstances, serait trop réguUère ; d'ailleurs il n'est pas applicable à tous les cas. Nous allons examiner un autre procédé non moins commode et qui ne présente pas les inconvénients qui ont été mentionnés plus haut : on place les sangsues dans une compresse dont les dimensions sont un peu plus grandes que celles de la partie dont on veut tirer du sang ; puis on renverse la compresse de manière à mettre ces annelides en conlact avec les téguments. Les sangsues seront mamtenues ixees dans la paume de la main, et les doigts appuyant sur les bords de la compresse les empêcheront de fuir et de se disséminer sur les régions voisines. . ,

11 peut arriver que les sangsues placées aux environs des on-

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fices naturels pénètrent dans leur intérieur; donc lorsqu'on les met dans une région où cet accident est à craindre, il faut les surveiller attentivement. Dans l'application des sangsues à l'anus, et c'est à cette région que l'on doit le plus souvent se mettre en garde contre l'accident signalé plus haut, on a conseillé de fermer l'orifice du rectum avec un petit tampon de charpie renfermé dans un linge huilé. Toutefois, on prend rarement celte précaution, et l'on n'a pas à s'en repentir, car Todeur des ma-, lières fécales éloigne les annélides, et la contraction du sphincter suffit le plus souvent pour les empêcher de pénétrer dans l'intestin.

Les sangsues peuvent être également appliquées une à une. Ce procédé est plus douloureux que le précédent, car dans le premier cas elles mordent presque toutes à la fois, tandis que dans le second cas elles ne mordent que les unes après les autres. On doit néanmoins préférer cette manière de faire lorsque les sangsues sont en petit nombre et qu'elles doivent être appliquées sur un point bien circonscrit, enfin lorsqu'on les pose sur les membranes muqueuses.

On peut appliquer les sangsues en les saisissant par la queue, et en dirigeant leur ventouse inférieure vers les parties qui doivent être mordues; mais, comme leur peau est très-glissante, on a d» la peine à saisir convenablement l'animal, aussi vaut-il mieux l'envelopper d'un hnge.

Un bon procédé consiste à mettre la sangsue dans un tube de verre, la ventouse buccale dirigée vers les téguments, et le tube immédiatement appliqué sur la peau ; par ce moyen, on est toujours sûr, de faire mordre le point d'où l'on veut tirer du sang. Une carie roulée peut remplir tout aussi bien le rôle du tube de verre, et se trouve beaucoup plus facilement. Lorsque la peau est entamée, on enlève le tube ou la carie; cette dernière est encore plus commode, en ce qu'on peut la dérouler, et qu'il n'y a pas la crainte de faire lâcher prise à la sangsue en la tiraillant. Lorsque les sangsues doivent être mises sur des parties profondes, il faut faire attention encore à garantir les parties voisines. Le spéculum, que l'on introduit dans le vagin quand on les applique sur le col utérin, protège les parties environnantes du col, dilate le vagin, et enfin permet une surveillance toujours nécessaire.

Dès que la sangsue est mise sur les téguments, elle s'arrête, fixe sa queue sur l'épiderme; ses lèvres adhèrent à la peau, et ses dents ne tardent pas à l'entamer, et continuent d'agir jusqu'à ce qu'elles aient ouvert un assez grand vaisseau pour que l'a-

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nimal puisse sucer le sang. Cette section de la peau est quelquefois très-douloureuse, alors que la succion est à peine sensible.

Les sangsues ne prennent pas avec une égale facilité chez les différents sujets : chez les enfants elles mordent Irès-vite, sucent beaucoup de sang en peu de temps et les plaies qu'elles laissent après leur chute sont très-profondes; elles mordent plus diflicilement chez les adultes, et encore plus chez les vieillartis. Chez les femmes, elles prennent plus facilement que chez les hommes.

Pendant la succion, il faut avoir soin de ne pas les remuer, on les dérangerait et on leur ferait lâcher prise ; aussi est-ce une mauvaise méthode que de les toucher à plusieurs reprises pour exciter la succion , car il arrive fort souvent qu'on leur fait abandonner la plaie. Il est vrai que quelquefois des sangsues percent la peau en plusieurs endroits, mais presque toujours cellesci tombent sans être gorgées de sang, et les plaies qu'elles font ne sont jamais assez profondes pour permettre à une quantité notable de sang de s'écouler : aussi est-il préférable, quand on veut avoir une émission sanguine abondante, de retirer cette sangsue et de la remplacer par une autre. La succion dure de trois quarts d'heure à deux heures; mais elle n'est pas toujours également active, il existe fort souvent des intervalles de repos après lesquels elle reprend toute son activité première.

Dans le but de procurer l'évacuation d'une grande quantité de sang, quelques chirurgiens ont proposé de couper la queue des sangsues, oubliant que cette opération leur fait lâcher prise. M. Piègu, ainsi que nous l'avons dit, leur ouvre l'estomac, et obtint l'écoulement d'une quantité considérable de sang; mais celte opération délicate est loin de réussir toujours.

Lorsque les sangsues sont gorgées de sang, elles se détachent et tombent d'elles-mêmes ; quelquefois cependant quoique trèsfortement distendues, elles restent fixées à la peau. On pourra leur faire lâcher prise en les saupoudrant avec un peu de tabac à priser ou de sel marin ; il faut bien se garder de les arracher, car on déchirerait leurs mâchoires qui resteraient dans la plaie, et celle ci aurait alors beaucoup de peine à guérir. S'il survenait quelques accidents causés par la sensibilité du malade, ou par sa répugnance pour les sangsues, il faudrait les faire tomber (le la même manière, sauf à pratiquer une saignée locale par uu autre procédé.

La plaie qui sucrèdc à la morsure de ces animaux présente la forme d'un triangle équilatcral de chacun des angles duquel partiraient des lignes qui se réuniraient au centre ; elle donne issnp

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à une quantité de sang variable avec l'âge et la constitution du sujet, la vascularilé de la région, la vigueur de la sangsue. Ce sang coule toujours en nappe, à moins que quelques vaisseaux artériels un peu volumineux n'aient été blessés, ce qui est assez rare.

Lorsqu'on veut arrêter immédiatement l'écoulement du sang, il suffit de laisser les plaies exposées au contact de l'air; si ce moyen est insuffisant, il faut avoir recours à d'autres procédés ; nous les décrirons tout à l'heure avec les accidents qui peuvent survenir après l'application des sangsues.

Il est rare que la perte de sang causée par la succion soit a.ssez considérable : aussi faut-il la plupart du temps favoriser l'écoulement du sang, et quelquefois même appliquer une ou plusieurs ventouses, afin d'en tirer une plus grande quantité. Mais il peut arriver que, malgré les précautions les mieux diri- .gées, on ne puisse faire couler de sang, soit que les morsures n'aient pas été assez profondes, soit que le sang se coagule avec une très-grande rapidité. Il faut alors réappliquer d'autres sangsues, ou déterminer une évacuation sanguine par un autre moyen.

Lorsqu'il est nécessaire de tirer une quantité de sang plus grande que celle qui a été sucée par la sangsue, on favorise l'écoulement de plusieurs manières : on peut faire sur les plaies des lotions continuelles d'eau chaude, exposer cette partie à la vapeur de l'eau presque bonillanle, l'immerger, s'il est possible dans un bain local. Quand la disposition des parties ne permet pas d'employer ces derniers moyens, on se borne à laver sans cesse les piqûres avec de l'eau tiède, et à enlever, en les frottant doucement avec un linge mouillé, les caillots qui empêchent le sang de couler. Comme les malades sont le plus souvent couches, on remplace presque toujours les lotions par l'application de cataplasmes émollients (|ue l'on renouvelle au moins toutes les deux heures ; on évite ainsi de mouiller le lit. Toutefois les cataplasmes n'empêchent pas toujours le sang de se coa-uler avec rapidité. "

Accident.^. — Les accidents qui accompagnent l'application des sangsues, et dont nous parlerons ici, sont Vhcmorriianie et I mjlarnmatwn; car \es symptômes nerveux que présentent les nrhvidus a sensdnhte excessive sont assez rares, et l'on peut les

ZI T'''' ''^l'/"" I^'"^ ''^"t, en faisant lâ-

Plier prise aux annclides.

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1° Hémorrhagie. — Après l'application des sangsues, l'écoulement' sanguin est souvent assez considérable pour qu'il soit nécessaire d'en suspendre le cours. On emploie pour cela différents moyens ; le plus fréquent consiste à appliquer sur les plaies un petit morceau d'agaric, de chiiïon brûlé, ou une toile d'araignée que l'on maintient, quand faire se peut, par de petites compresses graduées, fixées par un bandage contentif. On peut encore toucher la plaie avec du coton imbibé d'une solution de perchlorure de fer, ou saupoudrer sa surface avec une poudre styptique et astringente, telle que l'alun, le sulfate de fer, le carbonate de fer, on peut encore employer une poudre inerte qui fasse magma avec le sang, comme l'amidon, la colophane.

Soit que le sang ait été appauvri et qu'il se coagule difficilement, soit que la sangsue ait ouvert un vaisseau artériel un peu volumineux, ces moyens sont souvent insuffisants; alors on saisit entre les mors d'une petite pince les lèvres de la plaie, et onmaintient la compression pendant quelques minutes, ou bien on fait une ligature qui embrasse toute la partie comprise entre les mors de la pince. D'autres fois il faut cautériser, et si la pierre infernale ne suffit pas, on emploie un stylet rougi au feu. Vidal (de Cassis) conseille un procédé fort simple et qui est ordinairement suivi de succès : il taille de petits cônes d'agaric, les place dans la morsure triangulaire, les recouvre de poudres styptiques, place par-dessus un morceau plus grand d'agaric qu'il maintient serré à l'aide d'un bandage approprié.

C'est surtout chez les enfants qu'il est important de surveiller l'écoulement du sang, car non-seulement les sangsues font chez eux des morsures plus profondes que chez les adultes, mais leur sang a moins de tendance à se coaguler; il faut aussi remarquer qu'ils sont moins propres que les adultes à avertir les personnes qui les entourent, et que chez eux l'hémorrhagie a des suites toujours très-fâcheuses. 11 faut également tenir la même conduite à l'égard des sujets trop afiaiblis, chez lesquels on aurait appliqué des sangsues sur une partie abondamment pourvue vâissGâux.

' Lorsque les pièces d'appareil sont très-épaisses, il arrive aussi que le malade a perdu une énorme quantité de sang sans i\u on ait pu s'en apercevoir : aussi, je le répète, faut-il surveiller avec soin l'écoulement, et c'est pour avoir manqué à ce précepte qu'on a eu quelquefois à déplorer des accidents lorl graves.

Quant à la doulmir qui persisterait après la lésion d un petit filet nerveux, on la ferait bientôt disparaître en achevant la sectioa du nerf (?).

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2° Inflammation. — Aussitôt que les sangsues sont tombées, il survient un léger gonflement des parties lésées ; en général, au bout de quarante-huit heures la douleur et la tuméfaction disparaissent ; on trouve alors autour de la piqûre une ecchymose violette qui ne tarde pas à s'efi'acer, et il reste une petite cicatrice blanchâtre indélébile. Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi; les bords de la morsure peuvent s'enflammer, ils Unissent par suppurer, et la plaie se trouve convertie en petit ulcère quelquefois fort long à se cicatriser. D'autres fois, enfin, l'inflammation s'étend aux environs, et chaque petite plaie devient le point de départ d'un petit phlegmon. Cette inflammation doit être combattue par des cataplasmes émollients, et si le phlegmon était trop considérable, il faudrait diriger contre lui un traitement approprié, et ne plus s'occuper des morsures des sangsues.

Il faut bien le dire, cet accident est rare et n'arrive guère que lorsque l'on a posé un trop grand nombre de sangsues sur un espace peu étendu, ou bien chez des personnes prédisposées aux affections inflammatoires. Dans quelques cas, la simple piqûre d'une sangsue peut donner lieu à un érysipèle traumatique, et ce sont ces érysipéles qui régnent épidémiquementdans les grands hôpitaux, et compromettent si souvent la vie des opérés.

Effets thérapeutiques des sangsues. — Les sangsues sont employées :

y Pour déterminer un dégorgement local; dans ce cas elles doivent être appliquées tout près de la partie malade , et en nombre assez considérable pour obtenir un écoulement de sang suffisant. Sanson obtenait des écoulements de sang permanents en appliquant ainsi un petit nombre de sangsues sur la partie malade : dès qu'une sangsue était tombée, il la remplaçait par une autre, et ainsi de suite, quelquefois pendant vingt-quatre heures. Ce moyen qui, dans une multitude de circonstances, a produit d'excellents résultats, ne pourrait certainement pas être employé chez les sujets trop afl^aiblis, et chez lesquels on craindrait de voir le sang s'arrêter difficilement.

20 Les sangsues sont appliquées comme moyen dérivatif- alors elles doivent être mises à une certaine distance du point maladec est ainsi qu'on les applique à l'anus dans les congestions cérébrales, a la partie mterne des cuisses dans l'aménorrhée, etc

3° Enfin, on conseille les sangsues à titre de saignée générale cnez les sujets pléthoriques et qui redoutent la saignée. Dans ce cas, peu importe le point sur lequel on les applique ; il faut

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seulement faire attention à choisir une partie pourvue d'un grand nombre de vaisseaux : c'est à l'anus qu'elles sont mises de préférence.

Quelques praticiens ont pensé que les sangsues ne pouvaient être remplacées par aucun aulre moyen thérapeutique. En effet, elles produisent une irritation qu'a été regardée comme fort importante; mais les mouchetures et les scarifications sur lesquelles on applique des ventouses irritent aussi la peau et permettent d'extraire une quantité de sang que l'on peut plus facilement évajuer.Si donc les sangsues doivent être préférées aux ventouses, ce n'est que dans le cas où la ventouse ne pourrait être appliquée à cause de la forme des parties.

Il arrive quelquefois que les sangsues s'introduisent dans les ouvertures naturelles : ainsi on en a vu entrer dans le pharynx d'individus qui buvaient dans des ruisseaux, dans l'œsophage et jusque dans l'estomac; on cite même des cas dans lesquels elle s'étaient introduites dans les voies aériennes. Outre l'irritation que l'animal en contact avec les membranes muqueuses est susceptible de produire, il peut survenir des hémorrhagies très-inquiétantes, et la suffocation peut être le résultat de leur introduction dans le larynx. 11 faut donc remédier rapidement à cet accident. Une solution de sel marin suffira lorsque la sangsue aura pénétré dans les voies digestives ; mais si elle se trouvait dans la trachée, il ne faudrait pas hésiter à pratiquer l'opération de la trachéotomie. Nous avons vu plus haut quels étaient les moyens de prévenir l'introduction de sangsues dans le rectum | lorsqu'on en fait une application à la marge de l'anus, et si cet , accident survenait, un lavement d'eau salée suffirait pour détacher la sangsue. Quoi qu'il en soit, quand bien même on pourrait i atteindre l'extrémité de l'animal avec des pinces, il faudrait se garder d'exercer des tractions trop fortes, de crainte de lui déchirer la bouche ; car la présence des mâchoires dans la plaie pourrait causer des accidents inflammatoires qu'il faut avoir soin d'éviter.

ARTICLE II

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