Le hachisch, 4° Vopiim et les narcoUaue^ H" U c
(1) M. Perrin, lac. cit., p. /i85.
(2) Rouisson, ion. cit., p, .39.
928 AGENTS ANESTHÉSlQUliS.
8° le magnélisniP animal, sur lequel il ne nous est pas possible de nous prononcer, malgré une observation de M. le professeur Cloquet, laquelle a eu un grand retentissement.
Avant de nous occuper de Véllier et du chloroforme, qui sont les seuls agents anesthésiques habituellement employés, nous croyons ilevoir indiquer quelques autres substances qui peuvent être considérées comme des succédanés anesthésiques : tels sont: Vamylène , Vélher chlorhydriquc (chlorure d'élhyle ) , acétique formique, nilreux, nitrique. Valdéhyde (hydrate d'oxyde d acetyle), le chlorure d'hydrogène carboné (liqueur des Hollandais), le formométhylal, la benzine, le bisulfure de carbone, le kerosolène, etc. Toutes ces substances peuvent être employées exactement comme l'éther sulfurique ou le chloroforme ; elles produisent 1 anesthesie plus ou moins rapidement, mais ne paraissent pas devoir prendre la place de ces deux derniers agents.
Nous ne ferons aussi que mentionner l'emploi du protoxyde d'azote, gaz utilisé surtout par les dentistes américains, a titre d'aeent aneslhésique. .
Il est certain que les inhalations de ce gaz b.en pur peuvent êtrft avantageusement employées dans les opérations de courte durée comme l'extraction des dents. Malheureusement son action physiologique est encore peu connue, et il . ""P"^^»^'^ détermine? nettement les dangers de difficulté de sa préparation et de sa conservation a 1 état de pureir son maniement. difficile, le feront difficilement accepter comme agent anesthésique normal ('!.).
11 nous faut encore signaler parmi les anesthésiques généraux le bromure de polassium et le cldoral; ces agents ne sont pa volât Is ■ ils ne sauraient donc être administrés qu en potion. L s cSet du chloral sont tout à fait comparables à ceux des nar oliques, aussi l'étude de ce médicament ne peut-elle être faite ic.
L'éther et le chloroforme sont administrés par les voies respiraloi e leu introduction porte le nom d'inhalation. Ces agents ne uraient être introduits dans l'organisme par If. v^'f^^^ J'f , t ves car ils ac^iraient avec trop de lenteur pour produire 1 anesti ee ton is l'administration de l'éther par le rec um pa î donner de meilleurs résultats que son introduction par la bouche ,
(1) Magitol, Dicl. encyclopédique des sciences médicales, t. VII, p. ()89. 1867.
ANESTHÉSIK GÉNÉRALE.
ce procédé pourrait être utilisé chez les malades dont les voies respiratoires seraient très-douloureuses ou trop altérées pour supporter le contact des agents anesthésiques.
Un très-grand nombre de procédés et d'appareils ont été imaginés pour introduire l'élher et le chloroforme dans les voies respiratoires. Nous allons en examiner quelques-uns (1).
I. De l'éther. — Comme l'éther est très-volatil et d'une odeur pénéirante, désagréable pour beaucoup de personnes, il n'était pas possible de songer à le faire respirer sur un mouchoir, une éponge ou môme en plaçant un flacon sous les narines. Sans doute on arriverait ainsi à obtenir l'aneslhésie, mais une grande quanlité d'éther serait inutilement perdue ; et les aides placés autour du malade pourraient en être incommodés. Pour ces raisons, on a dû songer de bonne heure à l'invention d'appareils spéciaux d'inhalation.
Le premier dont on se soit servi est celui de M. Morton. 11 consiste en un flacon à deux tubulures contenant des éponges : l'une des tubulures permet de verser l'élher dans le flacon et y laisse arriver l'air; l'autre donne passage à un tube de verre que le malade place dans sa bouche ou dans une de ses narines et par lequel il aspire les vapeurs anesthésiques. Cet appareil n'était pas d'une grande commodité, et ne permettait pas, à cause de l'étroitesse du tube, qu'une grande quanlité de vapeur arrivât à la fois dans les voies aériennes. Divers auteurs se sont donc mis à la recherche de nouveaux moyens : les uns, à l'exemple de M. Cloque), de MM. Charrière et Lùer, ont proposé des appareils qui permettaient de respirer l'éther seulement par la bouche ; les autres, tels que MM. Ferrand (de Lyon), J. Roux (de Toulon) et Charrière, en ont imaginé au moyen desquels on respirait de l'éther tout à la fois par la bouche et les fosses nasales; d'autres encore, et en particulier MM. Doyère etMaissiat, s'étaient. proposé surtout de donner à l'instrument des dispositions qui permissent de doser la quanlité du médicament.
^ Parmi toutes ces inventions, deux seulement ont survécu, et d'abord celle (|ui consiste en un récipient de verre duquel part un long et gros tube de caoutchouc, terminé par une cuvette métallique dont la forme est calculée pour s'adapier assez herniéliiiuement à la bouche.
Des soupapes placées dans l'intérieur du tube principal et dans un embranchement spécial sont destinées à laisser entrer l'air
(1) Pour plus de détails, voyez Gaujol, /oc. cit., t. I, p. l, i.sg7.
930 AGENTS ANESTHÉSlQL'l' S.
extérieur dans le fiacoii au moment de l'inspiration, et à empêclier son l'etour dans le vase au moment de l'expiration. En outre, un robinet adapté à l'une des tubulures de ce récipient permet l'entrée de l'air en quantité plus ou moins grande, suivant qu'il est plus ou moins complètement ouvert , en même temps qu'il sert à verser le liquide. Je n'ai pas la prétention de décrire cet appareil dans tous ses. détails, non plus que d'indiquer
FiG. ■i37. — Appareil à élliérisalion de M. Liier.
les différences que présentent ceux des divers fabricants. Pour le faire, je serais obligé d'entrer dans de irès-longs développements qui n'intéresseraient pas le praticien ; il me suffit d'avoir fait connaître les principales indications auxquelles satisfont ces instruments. . .
L'autre invention est celle du sac, tel que l'avait nnaginé d'abord M. Jules Roux, et que l'a modifié plus tard M. Charrière. Ce dernier a fait construire de petits sacs de soie doublée d'une
ANESTHÉSIK GÉNÉRALE.
étoffe imperméalDle, et oui peuvent se replier de manière à occuper une très-pelite place et à êire rendus portatifs. L'une des extrémités aboutit à un récipient; l'autre est terminée par un cercle métallique dont les contours s'adaptent assez exactement au nez et à la bouche.
Blayor, de Lausanne , a proposé un antre mode d'administralion qui dispense de tout appareil spécial, et que l'on connaît sous le nom du procédé du voile. Ce moyen consiste à placer sous le visage du malade un vase quelconque, assiette ou cuvette, qui contienne de l'éther, puis à renverser par-dessus le vasé et la tête dû malade une serviette ou un drap préalablement attaché autour du cou. Ce procédé a bien l'inconvénient de ne pas laisser voir le visage et les troubles généraux qui se traduisent sur lui, mais d'un autre côté il n'empèclie pas le malade de parler, et permet de suivre, par la conversation, tous les changements qui arrivent dans les facultés intellectuelles ; il a surtout l'avantage de n'exiger pour son application que des objets qu'on a partout sous la main.
Lorsque les inhalations d'éther élaientgénéralement employées, on se servait, ou de l'appareil de WM. Charrière et Lùer, ou du dernier procédé, celui du voile; et il est vraisemblable que, si l'on revient un jour à l'éther, les njêmcs moyens seront préférés. Voici du reste comment on les emploie. S'agit-il du récipient, on y verse de l'étlier; puis, le malade étant couché ou assis, suivant les cas, on place sur sa bouche l'entonnoir terminal du tube. Les narines sont en outre maintenues fermées, soit avec une pince spéciale, soit avec les doigts d'un aide. On ouvre le robinet qui sert à faire passer l'air extérieur, afin que les premières inspirations n'attirent pas de vapeurs éthérées trop pures et irritantes, puis on engage le malade à respirer naturellement et sans grands efforts. Après deux ou trois minutes, et dès que les voies aériennes sont habituées au contact de l'éther, on ferme complètement lo robinet, de telle sorte que l'étlier inspiré ne soit plus mélangé avec une aussi grande quantité d'air. A la rigueur, on peut se passer de l'occlusion des narines, dont l'ouverture a môme l'avantage de prévenir plus sûrement l'asphyxie; seulement, en agissant ainsi, l'étliérisation arrive beaucoup plus lentement.
S'agil-il du voile, il n'y a rien de bien particulier [ à indiquer : dans ce procédé comme dans l'autre, il est bon d'explorer le pouls, de pincer de temps en temps la peau, d'adresser quelques questions au malade , afin d'apprécier les progrès de l'éthérisation.
AGENTS ANESTHÉSIQUES
11. Du CHLonoi'ORME. — Oii ■ s'esl servi d'abord d'appareils semblables à ceux que l'on employait pour l'éther ; mais on reconnut bientôt qu'ils étaient beaucoup trop grands : comme la quantité de chloroforme nécessaire pour obtenir l'anesthésie est bien moindre que celle de l'éther, les récipients n'avaient pas besoin d'être aussi volumineux, et pouvaient être rendus portatifs. C'est dans ce sens que MM. Charnière et Liier modifièrent d'abord leurs instruments primitifs, en conservant seulement le lube et l'entonnoir terminal, au moyen desquels l'inhalation devait se faire exclusivement par la bouche, les narines restant
f'iG. 438. — Appareil de M. Cliairière.
ouvertes ou fermées, suivant la volonté du chirurgien. Ensuite M. Charrière a fait construire un sac de soie, à l'aide duquel l'inhalation se faisait tout à la fois par le nez el la bouche; beaucoup de personnes ont préféré se servir du masque, instrument assez commode et qui a, comme le précédent, l'avantage d'être facilement portatif. Le dernier instrument de M. Charrière a été adopté par les praticiens qui se servent d'appareils. « 11 est peu volumineux, peu coûteux el facile à manœuvrer; il remplit, en effet, toutes les conditions qu'exige l'administration du chloroforme; ces conditions sont les suivantes :
« '1" 11 faut que la respiration soit toujoiu's libre el se fusse le plus, largement possible, c'est-à-dire qu'il faut utiliser le nez el la bouche pour le passage de l'air.
» 2" 11 faut que l'on puisse graduer à volonté la concentration des vapeurs anesthésiques.
ï 3° Enfin, il faut renouveler constamment l'an' dans 1 appareil, afm d'éviter autant que possible toutes les chances d'accidents. »
(( Cet appareil se compose d'un récipient d'étain (qui s etencl de A jusqu'en E) dans lequel est placée une spirale métallique recouverte d'un tricot de coton B, qui sert de surface d'évaporation au cWoroforme. A sa partie inférieure E, ce récipient est percé latéralement d'un grand nombre de trous par lesquels l'air s'introduit dans l'appareil ; là il se charge de vapeurs de chloroforme et se rend à une embouchure C qui embrasse le nez et la bouche, et qui est reliée au reste de l'appareil par un tube de caoutchouc dont le diamètre est plus large que celui de la trachée-artère, afin que l'air y puisse circuler librement.
» Sur le trajet que l'air parcourt ainsi, se trouvent deux soupapes formées par des sphères de liège que le moindre effort suffit à élever ou à abaisser ; elles sont placées dans cette espèce de coupole qui surmonte le récipient dans lequel on verse le chloroforme : la soupape inférieure se soulève lorsque le malade fait une inspiration et permet à l'air de monter jusqu'à la bouche après s'être chargé de vapeurs anesthésiques ; ^pendant ce temps de l'inspiration, la soupape supérieure que l'on aperçoit en H, est maintenue par la pression atmosphérique sur l'orifice supérieur de la coupole dont je vous ai parlé, de telle sorte que, pendant l'inspiration, l'air ne peut entrer dans l'appareil que par les trous situés à la partie inférieure du récipient, et n'arrive au malade qu'après s'être imprégné de vapeurs de chloroforme. Dans l'expiration, au contraire, la colonne d'air sortant par la bouche et le nez du malade descend dans l'appareil, c'est-à-dire dans la coupole qui surmonte le récipient : là elle presse de haut en bas sur la soupape inférieure et la ferme hermétiquement, tandis qu'elle soulève la soupape supérieure par où elle s'échappe librement. 11 y a donc, comme vous le voyez, deux soupapes, dont l'une laisse passer l'air venant de l'extérieur, et l'autre celui qui sort des poumons; de telle sorte que l'air expiré ne sert pas une seconde fois; c'est là un appareil très-simple et qui remplit parfaitement la condition du renouvellement constant de l'air.
» Dans le récipient, vous ai-je dit, se trouve un disque spiroïde en métal recouvert d'un tricot de coton B; ce disque s'humecte de la manière suivante : on verse le chloroforme dans la cuvette A, d'où il s'écoule goutte à goutte sur le tricot de coton,
AGENTS ANESTHÉSKilES.
et lorsque celui-ci est suffisamment imbibé, le chloroforme en excès tombe dans le fond du récipient E ; on a donc loujouTs une même quantité de chloroforme sur le disque
» Pour graduer l'administration du chloroforme et pour en concentrer les vapeurs à volonté, M. Charrière a placé à la partie inférieure du tube de caoutchouc une virole d'étain D présentant deux trous qui ont la même dimension que deux orifices placés sur la monture du tube de caoutchouc, de sorte cu'en faisant mouvoir cette virole sur le tube, on peut à volonté ouvrir et boucher plus ou moins complélement les orifices que porte ce tube. lar ce mécanisme Irès-siinple, on peut graduer la concentration des vapeurs de chloroforme; en effet, lorsqu'on ouvre les trous en tournant la virole, l'air mêlé de chloroforme n'arrive au malade que mitigé encore par l'air atmosphérique ; le malade ne respire donc que l'air peu chargé de vapeurs anesthésiques • Si 1 on veut, au contraire, faire marcher l'aneslhésie plus vite on ferme les trous, et le malade respire finalement autant dé vapeurs de chloroforme que l'appareil peut en donner.
» L'embouchure métallique qui embrasse la bouche et le nez du malade est résistante et ne peut se déformer. Lors donc que le malade fait des mouvements, il est très-facile de maintenir 1 embouchure en place : on n'a pour cela qu'à l'anpliquer un peu fortement sur le visage, et l'on a ainsi la certitude de ne jamais suspendre la respiration.
» Mais il y a encore, ajoute M. Robert, dans l'emploi de cet appareil, un autre avantage que j'ai signalé il y a deux ans. L'Académie tout entière était contraire aux appareils, j'étais seid de mon côté ou à peu près pour les défendre; cet avantage le voici : quand on donne le chloroforme sur une éponge ou sur de la charpie, la surface de vaporisation est énorme, incommensurable, et il peut se faire que, dans un moment donné, le malade respire une trop grande quantité de vapeurs anesthésiques et qu'il soit asphyxié. Avec l'appareil, au contraire , la surface de vaporisation est toujours la même, puisqu'elle est formée par le tricot de colon qui recouvre le disque métallique, et lorsque ce tricot est suffisamment imbibe, le chloroforme qu'on ajoute tombe dans le fond de l'appareil ; de plus, si l'on trouve que cette surface d'évaporation est trop grande cl que l'on craigne des accidents, il est très-facile de la diminuer en coupant une portion du disque. Cet appareil permet donc de limiter d'une manière certaine la quantité de vapeurs de chloroforme dans un temps donné.
» Enfin, comme conclusion ou corollaire des règles que je
ANESTUÉSIE GÉNÉR4LE.
viens de vous exposer sur le mode d'administration du chloroforme, j'ajouterai qu'il faut commencer l'éthérisalion par des doses très-faibles, afin de tâter la susceptibilité de chacun, c'est-à-dire qu'il faut ouvrir la virole située à la partie inférieure du tube, de manière à mélanger d'une très-grande quantité d'air les vapeurs de chloroforme qui se dégagent ; puis, au fur et à mesure que l'éthérisation marche, si le malade la supporte bien, on ferme peu à peu la virole; en un mot, vous avez toute facilité, avec l'appareil, de graduer la quantité de chloroforme que- vous voulez donner au malade (l ). »
FlG. 431), — A|i|Miol! Je MAI. r,:ijiiau..l cl Liiirri
Il est certain que comme ])eaucoup d'autres, parmi lesquels on peut signaler coaw de MM. Raynaud et Charrière (fig. 439), cet appareil permet d'obtenir le sommeil aneslhésique, et qu'il n'y a pas de motifs sérieux pour donner la préférence à l'un d'entre eux sur les autres, mais on a proposé des moyens beaucoup simples qui conduisent aussi bien an même résultat Ainsi, M. Simpson s'était servi, dans ses premiers essais d'une éponge qu'il appliquait sur le nez et la bouche , après y avoir versé une certaine quantité de chloroforme; d'autres ont préféré un mouchoir, une compresse pliée en plusieurs doid)les • d'autres une compresse roulée en cornet : ce dernier moyen était o-énéralement adopté par les chirurgiens mililaircs pendant la ^campagne de Crimée.
(1) Robert, loc. cil., p. 30»
AGENTS ANESTHÉSIQUËS.
L'éponge, la compresse et le mouchoir ont sur les autres appareils, outre l'avantage de la simplicité, celui de permettre bien plus facilement le mélange de l'air extérieur avec les vapeurs de chloroforme, et d'éviter ainsi beaucoup mieux l'un des accidents invoqués pour expliquer la mort de certains malades, l'asphyxie.
Je. sais que les appareils dont je parlais tout à l'heure remplissent aussi l'indication de livrer passage à l'air atmosphérique ; mais ils ne la remplissent pas aussi eflicacementque les procédés dont il s'agit maintenant. Il est, en effet, très-facile de tenir à une certaine distance du visage l'éponge ou le mouchoir imprégné de chloroforme, sans trop diminuer pour cela la quantité de vapeurs anestliésiques inspirées.
Pour mettre ce procédé en usage, on verse donc sur la compresse ou sur l'éponge environ 2" à 4 grammes, ou, si l'on aime mieux, la valeur d'une cuillerée à calé de chloroforme; on la maintient ensuite au-.devant du nez et de la bouche, en ayant soin de laisser dans lous les sens un jour par lequel passe l'air. Si le linge est desséché avant que le sommeil soit oblcau, on verse une nouvelle quantité de liquide, et l'on y revient au besoin une troisième et même une quatrième fois. C'est à la lin seulement de l'inhalation, et lorsque ses effets tardent trop à se faire sentir, qu'il est permis d'appliquer plus étroitement, mais toujours pendant un temps fort court, le mouchoir ou l'éponge contre le nez et la bouche.
La quantité de chloroforme nécessaire pour obtenir l'éthérisation varie entre 6 et 15 grammes ; le plus souvent elle ne dépasse pas 1 0 grammes. Ces différences dépendent de l'évaporation qui en entraîne toujours plus ou moins, et des aptitudes individuelles qui sont très variables. En tenant compte de ce qui s'évapore et de ce qui reste dans la compresse ou l'éponge, on peut évaluer à 2 ou 3 grammes la quantité qui entre dans les voies aériennes et de là dans le torrent circulatoire.
M le professeur Sédillot a donné, depuis longtemps déjà, les règles suivantes pour l'administration du chloroforme, règles auxquelles il n'v a véritablement rien à ajouter :
t Le chloroforme est versé sur une compresse roulée de manière à présenter une cavité assez large pour recouvrir facilement le nez etla bouche du malade. L'autre côté de la compresse est froncé et Iké lâchement par une épingle pour ne pas empfirher complètement le passage de l'air. Le malade ne doit pas Aire tenu mais reste couché sur le dos, la tète légèrement souevée par un oreiller. On commence par verser sur la compresse
H ou 2 grammes du liquide, et l'on approche Je linge à quelque distance de la bouche, pour laisser le temps au malade de s'habituer à l'odeur et à l'impression du chloroforme. Le chirurgien s'efforce de tranquilliser ses opérés, leur parle doucement, leur demande quels effets ils éprouvent, leur explique qu'ils doivent respirer naturellement et sans effort, et qu'ils ne s'endormiront pas tout à coup ; qu'il laut pour ce résultat un temps assez lono-. S'il voit les malades faire des inspirations précipitées, il retire entièrement la compresse et attend un peu plus de calme. Bientôt la respiration se régularise et l'on reprend l'usage de l'anesthésique. Lorsqu'on s'aperçoit que les inspirations sont bien supportées et que l'émotion est en partie dissipée, on verse laro-ement le chloroforme sur le linge et l'on cherche à en faire inspirer les plus fortes quantités dans le temps le plus court, ce qui est le meilleur moyen de prévenir la période d'excitation et une anesthésie trop profonde. Le succès nous a paru moins prompt chez les individus vigoureux et habitués aux alcooliques. S'il survient du spasme, de la gêne respiratoire, de la turgescence de la face, on s'arrête, puis on recommence dès que la normalité respiratoire se rétablit. S'il y a un peu d'exaltation, des mouvements bru^ues, les signes d'une ivresse bruyante, sans que la respiration m la circulation soient gênées, on active l'action du chloroforme en imbibant abondamment la compresse. Souvent alors le blessé s'alanguit, ses paroles deviennent plus lentes, sa voix plus faible, sa tête se penche sur sa poitrine, et il se renverse complètement endormi sur son oreiller. Dans d'autres cas assez rares la compresse est repoussée. On attend que l'exaltation diminue' puis on renouvelle les mêmes épreuves. Si l'on ne réussit pas et que le malade continue à se défendre, on essaye seulement alors de le maintenir et de le sidérer par de grandes doses de l'a^^ent anesihésique. On n'en suspend l'usage qu'après l'apparition de a résolution musculaire, lorsque les membres soulevés retombent inertes par leur propre poids. Le chirurgien commence alors 1 opération et fait reprendre du chloroforme à la moindre trace de mouvement sous l'action de ses instruments.
» L'indication consiste à maintei.ir cet état d'insensibilité et dimmobihté sans en exagérer le degré. Avec de l'intelligence et de 1 habitude, l'aide accomplit celte délicate mission d'après des signes qui le trompent rarement, et dans tous les cas son erreur ne doit consister qu'à ne pas chloroformiser assez le malade et jamais à porter trop loin l'aneslliésie. On éloigne la compresse ant que ne. se manifeste aucune contraction musculaire, mais lorsqu un mouvement de la bouche ou des paupières révèle le
JAMAlM. — Petilo cilir., S» édil. 53
938 AGENTS ANEST11ÉS1QUE8
retour de la motilité , on revient à quelques inspirations de chloroforme, puis on les suspend momentanément. On écoute la respiration, on cesse lorsqu'elle faiblit, pour recommencer après (1). »
m. Mode d'action de l'éther et du chloroforme. — Au moment où l'inhalation de l'éther commence, le malade ressent quelques picotements dans la gorge et tousse; les voies aériennes s'accoutument peu à peu au contact des vapeurs irritantes ; ces premiers accidents cessent au bout de trois ou quatre minutes ; le malade commence à ressentir une sorte de bienêtre qu'il exprime par des signes, ou bien la physionomie prend un air d'étonnement ; les yeux s'ouvrent largement, restent fixes, puis arrive souvent une grande excitation. Enfin, le malade ressent de la pesanteur de tête, des étourdissements, des tintements d'oreilles ; la vue s'obscurcit, les idées s'embarrassent, la sensibihté devient de plus en plus obtuse ; la peau est insensible aux pincements et aux tiraillements de tout genre, enfin, le sommeil finit par être profond et accompagné de ronflement. On dit alors que l'anesthésie est complète. Le temps nécessaire pour arriver à ce résultat est extrêmement variole : chez quelques sujets l'anesthésie vient très-rapidement, chez d'autres il faut attendre dix^ douze et quelquefois vingt minutes.
La succession de ces phénomènes permet de les rapporter a deux périodes distinctes : l'une à'excitalion, pendant laquelle on voit surtout l'agitation ; l'autre de sommeil, pendant laquelle les malades sont calmes et insensibles : c'est la période chirurgicale de MM. Maurice Perrin et Ludger Lallemand (2).
Si au moment où la dernière période est obtenue, on continuait à faire respirer l'anesthésique, on arriverait, ainsi que l'ont observé sur les animaux Longet, Flourens, etc. , à suspendre les fonctions les plus importantes, celles de la respiration de la circulation, et à causer la mort; c'est-à-dire que la période de sommeil pourrait être suivie d'une troisième période d anéantissement on de stupeur, comme l'a dit Jobert. Mais cette période serait tellement dangereuse, que, pour la pratique, il est indispensable de s'en tenir à la seconde et de ne pas la dépasser
Pendant les deux périodes d'excitation et de sommeil, il y a suspension des fonctions de la vie animale ; si l'on arrivait, au
(1) Gazette médicale de Strasbourg, 10 septembre 1851.
(2) Loc. cit., p. 171.
ANESl'HÉSIE GÉNÉRALK. 939
contraire, à l'anéantissement, ce serait par une suspension des fonctions organiques.
Les symptômes que provoque l'inhalation du chloroforme ressemblent beaucoup à ceux qui ont été décrits pour l'éther ; leur succession est exactement la môme : période d'excitation, manifestée toutefois par une agitation moins grande ; période d'insensibilité, qui succède beaucoup plus rapidement à la période d'excitation; enfin période de stupeur. Nous ferons remarquer encore que les premières inspirations de chloroforme sont moins désagréables que les inspirations d'éther, et sont supportées avec beaucoup plus de facilité.
Bien que l'éther produise aussi sûrement l'anesthésie, et qu'il ne soit pas plus souvent cause d'accidents que le cliloroforme, il est mamtenant peu employé. Cette préférence pour le chloroforme se trouve justifiée par la plus grande facilité de l'administrer. En effet, il est moins gênant pour l'appareil respiratoire, il ne nécessite pas des appareils aussi compliqués que ceux qu'exige 1 administration de l'éther.
L'éther demande, pour provoquer l'anesthésie, un temps beaucoup plus long que le chloroforme. De plus, il donne lieu à une excitation en général violente, qui oblige à maintenir le malade et nécessite la présence d'aides nombreux. L'excitation préliminaire produite par le chloroforme est beaucoup moindre et manque même quelquefois ; il laisse donc moins à craindre les désordres et les accidents de tout genre qui peuvent résulter des mouvements désordonnés ('!),
IV. Accidents causés par les agents anesthésiques — Un assez grand nombre de faits de mort causés par l'administration des agents anesthésiques ont éveillé l'attention des praticiens sur le danger de ces substances ; aussi ne doivent-ils être emplovés qu'avec une certaine réserve et en usant de grandes précautions M. le professeur Gosselin conseille de n'employer le chloroforme qu'avec les précautions suivantes. On doit :
1" Se servir des moyens qui laissent entrer librement de l'air atmosphérique.
(1) Puur avoir plus de détails sur les phénomènes de l'anesthésie sur sa marche et sur le mode d'action des agents anesthésiques nous renvoyons le lecteur au Traité d'aneslhésie chirurgicale de MM.' Maurice Porrm et Ludger I>alleman(i, ainsi qu'aux articles des nouveaux Diclionnaires.
940 AGENTS AHESTHÉSIQUES.
2° Ne pas tenir trop violemment les malades, pour qu'ils n'aient pas à lutter avec de grands efforts.
3" Explorer attentivement le pouls pendant toute la durée de l'inhalation, et, s'il s'affaiblit notablement, comme cela aurait lieu par suite d'une syncope, suspendre immédiatement l'inhalation.
4° Explorer de même la physionomie, et si la pâleur, la décomposition des traits deviennent frappantes, s'arrêter encore.
5° Fixer son attention sur les mouvements du thorax ; si les inspirations, après s'être succédé régulièrement, s'arrêtent tout à coup, retirer sur-le-champ l'appareil, réveiller le malade, en le Secouant et le questionnant.
6° Ne jamais administrer le chloroforme à la suite d'un repas, car le trouble de la digestion, les vomissements peuvent contribuer encore à la suspension des mouvements du cœur. M. Gosselin rapporte un cas dans lequel il a eu des craintes sérieuses.
7° Ne continuer jamais les inhalations plus de quatre ou cinq minutes, surtout chez les femmes, chez les sujets naturellement faibles, ou prédisposés à la syncope par des souffrances antérieures, par des hémorrhagies répétées, ou par la perte de sang qui doit résulter de l'opération elle-même.
M. Sédillot assure à tort, selon nous, que le chloroforme employé pur ne tue jamais s'il est administré d'une manière convenable. Il doit, dit-il, toujours être mélangé à l'air atmosphérique, quand on le fait respirer ; il ne faut en donner d'abord que très-peu et mêlé avec une très-grande quantité d'air, aûn d'étudier le degré de sensibilité des malades : on évitera ainsi toute surprise et tout accident.
Les précautions que nous indiquons sont celles que conseillent maintenant la plupart des praticiens. Pour mon compte, je suis convaincu que les accidents ont été causés le plus souvent ou par la trop longue durée des inhalations, ou par le défaut d'attention la légèreté même avec laquelle on y a souvent eu recours Cette légèreté était justifiable, sans doute, à l'époque où les agents anesthésiques n'avaient amené aucun résultat funeste, et semblaient ne devoir en amener jamais; aujourd hui il n en est plus de même : le devoir de tous les praticiens est d apporter une i^rande prudence et la plus scrupuleuse attention, d observer eux-mêmes ce qui se passe, et de ne pas s'en rapporter exclusivement au soin des aides, qui redoutent d'autant moins es dangers de l'anesthésie, que la plus grande part de responsabilité ne
pèse pas sur eux.
Maintenant, si les explorations que nous recommandons font
reconnaître que la figure pâlit ou que le pouls a perdu de sa force ; si surtout la suspension des mouvements respiratoires fait présager uu danger imminent ; d'abord, et avant tout, il faut relirer l'appareil et faire cesser l'inhalation ; en outre, on doit se hâter de réveiller la sensibilité et l'action cérébrale par des secousses, des excitations violentes. On a conseillé aussi d'exercer sur le thorax des pressions latérales, de faire respirer l'ammoniaque, de cautériser le pharynx avec celle substance.
M. Ricord a fait connaître {Revue médico-chirurg., décembre 1849) un moyen qui lui a réussi, et qui avait été employé par M. deConfervon : c'est l'insufflation bouche à bouche. Mais l'excitalion ainsi produite ne serait peut-être pas toujours suffisante pour rétablir les mouvements respiratoires et l'hématose suspendue.
Je conseille plus volontiers un autre moyen proposé par M. Escalier, et qui consiste dans l'attouchement de l'ouverture supérieure du larynx avec le doigt indicateur porté profondément dans la gorge. Pour peu qu'il reste de sensibilité sur celte partie si facilement impressionnable dans l'état normal, le toucher réagit sur les centres nerveux, et réveille, par le mécanisme de l'action réflexe, les mouvements respiratoires.
Ce moyen et les pressions exercées sur le thorax, de manière à provoquer la respiration artificielle, sont ceux auxquels il faudrait donner la préférence; on peut même y ajouter la trachéotomie, afin de faciliter l'insufflation pulmonaire faite à l'aide d'une sonde.
Chez les vieillards et même chez les adultes, à qui l'on donne le chloroforme, il se produit parfois un phénomène singulier qui avait été entrevu déjà par les chirurgiens anglais , mais que Després, chirurgien de Bicêtre, a parfaitement étudié e( décrit.
La période d'excitation peut être presque nulle elle collapsus arrive proraptement ; or, quand on donne le chloroforme, le malade est couché horizontalement sur le dos; dans celte position, la base de la langue tend à se porter en arrière sur l'orifice supérieur des voies aériennes. Quand l'anesthésie est obtenue, la myotilité se supprime, et la langue, tombant en arrière par son propre poids, vient boucher l'entrée du larynx. C'est ce que Després a constaté sur uu vieillard soumis à l'action du chloroforme pour subir l'opération de la taille; tout à coup la respiratioQ se suspendit, le malade était près de succomber; aussitôt. Després, ouvrant la bouche de cet homme, vit que la langue était reportée en arrière sur l'épiglotte; il l'attira en avant, et immédiatement la respiration se rétablit.
AGENTS ANESTHÉSIQUES
M. le professeur Rigaud, dans un cas où des accidents se manifestèrent après quelques inspirations de chloroforme, put rappeler sa malade à la vie par le procédé suivant : il introduisit le doigt dans la bouche et le fit glisser le long de la base de la langue ; il accrocha l'épiglotte qu'il releva, puis il tira la langue hors de la bouche. Ce mouvement rapide fut suivi d'une inspiration dont il profita pour faire respirer de l'ammoniaque ; mais aussitôt qu'il eut abandonné la langue, la respiration cessa de nouveau ; cette fois, il maintint la langue hors de la bouche et la respiration continua. Bientôt elle s'établit normalement et toutes les fonctions reprirent leur activité.
M. le professeur Néîaton donne, dans sa thèse sur la 'position dans lel affeclions chirurgicales, un moyen qui lui a parfaitement réussi. 11 a renversé son malade de telle sorte que la tête était en bas et les pieds en haut. Ce procédé, facile et presque toujours applicable, ne devrait jamais être négligé.
D'ailleurs, nous devons ajouter que M. Chassaignac attache une grande importance à la position déclive de la tête pendant et après l'anesthésie. Il empêche ainsi toute tendance à la syncope et prévient un accident qui peut devenir rapidement mortel.
L'oxygène a été aussi conseillé en insufflation comme antidote de l'éther et du chloroforme ; mais sa préparation et surtout sa conservation difficile en rendent l'usage presque impossible.
Dans un cas, M. Friedberga employé la faradisation des nerfs diaphragmatiques, il produisit ainsi des contractions du diaphragme, et à l'aide de mouvements rhythmés du thorax et de l'abdomen, il parvint à rétablir la respiration. M. Giraldès conseille beaucoup d'imiter cette pratique (1 ).
Signalons enfin les recherches intéressantes de MM. Abeille, Legros et Onimus, et Liégeois, qui à la suite d'expériences faites sur les animaux ont conseillé d'une façon peut-être trop exclusive, soit l'emploi des courants continus, soit celui des courants intermittents.
On a pu voir dans les paragraphes précédents que les agents anesthésiques n'étaient pas sans danger. Aussi conseillons-nous de ne pas les employer sans une nécessité absolue ; ils doivent être administrés avec la plus grande réserve quand l'opération doit être extrêmement longue, et quand, pour supprimer la douleur
(1) Nouveau DicUonnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. II, p, 250, 1865.
ANESTHÉSIE GÉNÉRALK.
pendant toute la durée de l'opération, on sera obligé de revenir à plusieurs inhalations successives.
Ainsi l'ouverture des abcès, l'arrachement des dents, n'indiquent pas l'emploi des anesthésiques, car la douleur est de trop courte durée. L'opération de la lithotritie ne cause pas assez de douleur pour qu'il soit nécessaire de faire courir au malade les chances de plusieurs inhalations successives. D'ailleurs, dans cette opération on peut saisir la membrane muqueuse de la ves-. sie, et comment serait-on avei'ti de cet accident si, entre autres moyens, on ne se guidait sur la douleur qu'éprouve le malade (1)?
Les agents anesthésiques ont été employés avec succès dans les cas où l'on se proposait d'obtenir le relâchement des fibres musculaires pour remédier à certains déplacements : c'est ainsi qu'ils ont été utiles dans la réduction des luxations, dans celles des hernies par le taxis ; enfin, on a cité des observations de tétanos guéri par les inhalations de chloroforme. Mais ce sont surtout dans les grandes opérations que les agents anesthésiques rendent les services les plus signalés ; aussi leur emploi est-il aujourd'hui généralisé, et cela malgré les accidents et malgré les efforts de quelques chirurgiens peut-être trop préoccupés de leur réputation.
(1) Il est bon de faire remarquer que beaucoup de chirurgiens emploient l'anesthésie dans cette opération (Giraldès).