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II. — Appareils de M. Merchie

Sous le nom d'appareils modelés, M. Merchie (2) décrit des appareils fort ingénieux, qui peuvent rendre des services incontestables, principalement dans les cas où il est nécessaire de transporter les blessés à une assez grande distance. Ces appareils présentent en effet tous les avantages des appareils inamovibles sans en avoir les inconvénients, qui tiennent à la lenteur de l'application, à celle de la dessiccation, souvent enfin à la difficulté de se procurer les matières premières.

î/appareil modelé de M. Merchie se compose d'un moule ayant à peu près la forme du membre dont il est appelé à maintenir les fragments. Comme ce moule est préparé à l'avance, on ne sa» rait exiger qu'il s'accommodât parfaitement à tous les contours-: »J du membre; aussi doit- il renfermer, au moment de l'applica-- »

(1) In Gaujol, loc. cit., p. 170, et Ann. univ.di medccina, 1855,

(2) Mcrcliie, Appareils modelés, ou nouveau système de deUgatm, n 8, fig. Gand, 1858.

APPAREILS DE M. MERCHIE.

tion, une couche plus ou moins épaisse de coton cardé; de celte manière les vides sont exactement remplis, et la ouate exerce sur les tissus une compression douce et parfaitement égale. Ces moules, avons-nous dit, sont préparés à l'avance; il en résulte que, possédant un certain nombre de ces appareils et les conservant dans les caissons d'ambulance, le chirurgien peut, sur le champ de bataille, appliquer immédiatement un pansement assez solide pour contenir les fragments et permettre le transport facile des soldats dont les membres auraient été fracturés.

L'importance du sujet nous engage à décrire ces appareils avec quelques détails. Nous aurons à étudier deux points principaux : 1 ° le mode de préparation ; 2° l'application.

^ 1° Préparation. — Après de nombreux essais, M. Merchie s'est arrêté au carton : le problème qu'il se propose est de confectionner avec cette substance une coque aussi complète et aussi régulière que celle qu'on obtient parla dessiccation et la section d'un bandage roulé amidonné. Pour arriver à ce résultat, il conseille pour chaque membre un type qui représente, sur une surface plane, la configuration rigoureuse du membre. Une fois, dit-il, cette espèce de pairon trouvé, il deviendra facile de découper en peu de temps un nombre illimité de carions identiques, et par conséquent d'une égale précision.

Pour obtenir ces patrons, M. Merchie développe sur un plan horizontal les surfaces courbes que détermine la figure extérieure des membres. Ainsi Ton applique, sur le membre inférieur d'un homme de moyenne stature et de bonne conformation, un bandage roulé qui s'étend depuis la racine des orteils jusqu'au pli de l'aine, où il forme un spica ; après avoir enduit ce bandage d'une couche d'amidon, on le recouvre d'une seconde bande qu'on amidonne également. Lorsque la dessiccation s'est opérée, on incise le bandage suivant une ligne qui, du milieu du dos du pied, se dirige vers la parlie moyenne du pli inguinal ; cela fait, on écarte les deux valves de cette coque légère et flexible on en dégage le membre. La coque étant ramollie avec une épo'ncre moudiée, on l'ctend sur une large feuille de papier et l'on eu îi-ace tous les contours. On procède de la même manière pour a jambe, le bras, l'avant-bras, etc. Le membre supérieur devant être tenu dans une flexion modérée, l'appareil doit être fait 3n deux portions, dont l'une ombrasse l'épaule et le bras et

autre l'avant-bras. '

Il est à remarquer que des pièces de carton de cette étr-ndue ït quelquefois d'une configuration assez bizarre, se prêteraient

JAMAIN. — Pelile chir., 5'éJil. oo

386 APPAREILS DU FRACTURES

difficilement au modelage : c'est pourquoi ou divise ce premie patron en autant de portions qu'il est nécessaire pour forme des attelles de longueur et de largeur proportionnées à l'usag que l'on veut en faire. Ainsi, sur le modèle décrit plus haut, o

Pio. 227. — Patron des allelles pour la^cuisse.

trace une \igne qui, partant du milieu de l'espace occupé par le talon, vient aboutir à la partie moyenne du contour de la hanche et partage aussi le patron en deux moitiés, l'une interne, l'autre externe, donnant la configuration des carions de la face interne et de la l'ace externe de la jambe et de la cuisse.- Chacune de

APPAREILS DE M. MERCHIE.

ces deux portions doit être elle-même divisée, afin que la lame de carton puisse s'appliquer isolément sur la jambe et sur la cuisse. Pour séparer ces deux attelles, dit M. Merchie, nous tirons une seconde ligne qui vient couper la première à angle droit,

Fio. 228. — Palron des attelles pour la jambe.

mais que nous avons soin de tracer en double, c'est-à-dire que, pour limiter l'attelle de la cuisse, nous marquons la ligne audessous de l'articulation du genou, et que pour l'attelle de la jambe, nous la traçons au-dessus de la même articulation : de cette manière nous obtenons dans l'un et l'autre cas une attelle

APPAREILS DE FRACTURES

qui embrasse les deux jointures voisines de l'os de la cuisse d'une part, et des os de la jambe de l'autre. Enfin, pour achever le patron type de chaque attelle, nous en retranchons un demi-centimètre de largeur, afin de permettre aux attelles, lorsqu'elles seront mises en présence, de pouvoir être rapprochées l'une de l'autre dans de certaines limites, sans s'exposer à les faire chevaucher.

Sur une cuisse de moyenne grandeur l'attelle externe offre une longueur de 64 centimètres, etrallelle interne de 44 centimètres; la figure 227 donne la forme de chacune de ces attelles. Pour la jambe on a deux attelles semblables (fig. 228) et dont la longueur est de 62 centimètres. Pour les tailles inférieures et supérieures, il suffit de diminuer ou d'augmenter la longueur des attelles d'un centimètre environ, en traçant un contour concentrique ou excentrique au premier.

La figure 229 représente le patron de la coque du bras. Ce patron est divisé suivant une ligne qui part du milieu de la face postérieure de l'arliculalion du coude et se termine à l'extrémité postérieure du pli axillaire; la longueur de l'attelle externe est de 36 centimètres, celle de l'attelle interne de 21.

Pour construire le patron de l'avant-bras, on applique un bandage roulé à partir de la deuxième phalange des quatre doigts, le pouce demeurant libre, jusques et y compris l'articulation du coude dans sa moitié postérieure. Ce bandage desséché est incisé le long de son bord radial, et le moule développé donne un patron à figure irrégulière, que l'on divise suivant une ligne qui répond au bord cubital (fig. 230).

Pour confectionner ces coques, M. Merchie conseille de choisir une lame de carton de bonne qualité, ne renfermant que peu de substances étrangères, résistant, dense et bien sec. L'épaisseur du carton doit être plus considérable pour les membres inférieurs que pour les membres supérieurs : pour les premiers on prend du carton n" 7, et pour les seconds du n" 9. Les contours du carton son taillés en biseau à l'aide d'un instrument spécial, assez semblable au tranchet des cordonniers ou même à celui dont se servent les ouvriers cartonniers.

Le modelage est sans contredit une des parties les plus importantes dans la confection de l'appareil. On choisit un sujet bien conformé, d'une stature telle, que les attelles aient la dimension que l'on désire, puis on se munit d'un vase contenant de l'eau tiède, d'une éponge et de quelques bandes roulées

Le sujet étant dans une position convenable, c'est-a-du-e couché pour le membre inférieur, assis pour le membre supérieur,

APPAREILS DE M. MERCllIE.

le chirurgien mouille successivement les deux allelles qu'il veut appliquer, avec une éponge, afin de les rendre souples; puis il les recourbe entre les doigts, de manière à leur donner à peu près

FiG. 229. — Patron des attelles du bras.

la forme du membre qu'elles doivent recouvrir. Cela fait, il les applique toutes deux à nvi sur le membre et cherche à les mettre

Fio. 230. — Patron des attelles d'avant-bras.

en rapport avec la peau par le plus grand nombre de points possible. Les deux attelles étant soutenues par lin aide, le chirurgien les maintient appliquées à l'aide d'une bande roulée, en commençant par la partie moyenne de l'appareil et recouvrant

APÏ>AREILS DE FRACTURES.

successivement toute la surface des attelles jusqu'à leur limite inférieure; puis il remonte et en fait autant pour la moitié supérieure. Le sujet laisse son membre dans l'immobilité pendant une heure environ, et on enlève les attelles ; cet espace de

FiB. 231, — Atlelles modelées pour la cuisse.

temps suffit pour permettre à l'appareil de prendre rigoureusement l'empreinte des parties sur lesquelles il a été appliqué et pour conserver la forme que le modelage lui a donnée; il faut seulement avoir soin, lorsqu'on retire la bande et les attelles, de ne point déformer ces dernières.

APPAREILS DE M. MERCHIE.

C'est aussi pendant la dessiccation que les attelles sont susceptibles de se déformer, aussi faut-il prendre de grandes précautions pour éviter cet accident. M. Merchie a l'habitude de les placer verticalement dans l'angle d'une fenêtre ou d'une cheminée. Lorsque ces appareils sont desséchés, on les conserve dans un endroit sec.

La figure 231 représente les deux attelles modelées pour les fractures de la cuisse, et la figure 232 les attelles de la fracture de l'avant-bras.

Il est un certain nombre de fractures qui nécessitent des pansements fréquents^ ce sont les fractures compliquées de plaie. Ces complications ne contre-indiquent pas l'emploi des appareils modelés ; mais, dans ces circonstances, il devient indispensable d'établir une ouverture ou une sorte de fenêtre au niveau de la

Fm. 232. — Attelles modelées pour l'avant-bras.

plaie. Dans ce but, on peut tailler une espèce de valve mobile à volonté et indépendante du reste de l'appareil ; ou bien en mouillant le carton dans le point correspondant à la solution de continuité, on peut faire subir à l'appareil une perte de substance plus ou moins considérable.

2" Application. — L'application des appareils modele's est extrêmement simple ; la fracture réduite et le malade placé dans une position convenable, le chirurgien, ayant à sa portée une feuille d'ouate, quelques bandes roulées et des attelles, procède à l'application de son appareil de la manière suivante' : ^ 11 commence par établir une compression régulière au moyen d'une couche plus ou moins épaisse de coton cardé et d'une bande roulée ; mais dans les fractures simples, lorsque la ouate est simplement destinée à protéger les téguments contre la près-

sion trop directe des attelles, on peut se dispenser d'appliquer une bande roulée.

« On dispose sur un drap à pansement ou sur une pièce de . linge quelconque cinq ou six bandelettes d'ouate de la largeur de la main et assez longues pour faire une lois et demie le tour du membre; ces bandelettes se recouvrent en partie comme ic bandage de Scultet. Pour en faire l'application, on glisse le linge qui les supporte sous le membre fracturé, et l'on dispose celui-ci sur la parlie moyenne de l'appareil. Le chirurgien, saisissant la bandelette la plus superficielle, c'est-à-dire celle qui doit correspondre au lieu de la fracture, exerce sur elle une légère traction et l'adapte successivement sur les faces externe, antérieure et interne de la jambe, tandis qu'un aide fixe l'extrémité opposée de la même bandelette et lui imprime un mouvement en sens contraire, de manière à venir recouvrir le premier chef. Les autres bandelettes s'appliquent de môme. Lorsque toute la surface du membre est ainsi garnie d'une couche d'ouate uniforme et légèrement tendue, le chirugien place directement sur cette dernière les attelles modelées (1). »

Par ce procédé on exerce une légère pression, car la tension de la ouate reste limitée à son degré de résistance, l'élasticité du coton fait donc tous les frais de la compression. Cette partie de l'appareil achevée, il ne reste plus qu'à maintenir les fragments osseux immobiles au moyen des attelles modelées.

On s'y prend alors de la manière suivante, en supposant qu'il s'agisse d'une fracture de la jambe :

« Celles-ci ont été choisies d'avance par le chirurgien et matelassées d'une couche d'ouate; il s'est assuré si leurs dimensions correspondent convenablement à la longueur, à la direction, au volume, à la lorme du membre. Du reste, rien de plus facile que de les modifier, si elles présentent quelques points défectueux, car elles ne sont jamais assez dures pour que l'on ne puisse diminuer ou augmenter à volonté l'une ou l'autre de leurs courbures, et, s'il était nécessaire d'enlever une partie de leurs bords ou d'y pratiquer une perte de substance, on l'aurait bientôt fait, soit au moyen d'un couteau, soit en déchirant le carton après l'avoir un peu mouillé.

» Le chirurgien applique d'abord l'attelle interne pendant que les aides maintiennent la réduction et qu'ils prennent soin de laisser libre la surface du membre que l'attelle doit recouvrir. Avant d'abandonner cette première attelle à un aide, placé vis-à-

(1) Me^rchie, loo. cit., p. ^18.

APPAREILS DE M. MERCHIE,

vis de lui, le chirurgien s'assure si elle s'adapte parfaitement, ce qui lui est toujours facile d'obtenir en modifiant dans certains points la couche d'ouate qui la tapisse. Il s'occupe ensuite de la seconde attelle, pendant que l'aide fixe la jambe contre l'at-

Fic. 233. — Appareil de jiimbe appliqué.

telle interne en saisissant l'une et l'autre avec los deux mains placées, la première au-dessous de rarticulalion du genou, la deuxième au-dessus du cou-de-pied.

» L'application de l'attelle externe se fait absolument comme

APPAREILS DE FRACTURES

celle de l'interne. A mesure que le chirurgien la met en conlac avec le membre, les mains de l'aide doivent abandonner la face externe de celui-ci, sans jamais cesser de soutenir la première

FiG. 234. — Coque modelée et ouatée pour le membre inférieur,

attelle. Il les étreint ensuite toutes les deux et les tient dans l'immobilité. Pendant toute la durée de cette opération, un deuxième aide est chargé de tenir le membre soulevé.

» Il arrive d'ordinaire que les bords antérieurs des attelles, en

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