‹ Manuel de pharmacie theorique et pratiqueChapitre 1 sur 93 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les matières très - variées dont on fait usage dans la pratique médicale sont rarement employées dans l’état où la nature nous les présente: tantôt elles sont soumises à des opérations purement physiques, qui, sans rien changer à leur nature, facilitent leur administration; tantôt, elles subissent, dans nos laboratoires, diverses manipulations, et, par des mélanges ou des combinaisons, y acquièrent des propriétés nouvelles. Toutes ces préparations sont l’objet de la pharmacie : c’est l’art de préparer les médicamens. Il exige une connaissance exacte des corps qui peuvent servir à la guérison des maladies. Il emprunte à l’histoire naturelle les caractères propres à les distinguer. La physiologie lui fournit une foule de remarques précieuses sur les circonstances les plus favorables à

I vi'j )

leur récolte. C’est dans la chimie et la physique qu’il puise les connaissances indispensables à l’opérateur, pour le guider dans la préparation et la conservation des médieamens. On peut dire que la pharmacie est une série d’applications scientifiques. Si le jeune pharmacien doit faire sa première étude des manipulations dont l’usage seul peut donner l’habitude, il doit y revenir encore lorsqu’il a acquis des connaissances scientifiques plus exactes. Alors, seulement, il pourra apprécier avec justesse la valeur réelle des procédés opératoires , et perfectionner son art par des applications heureuses. Dans ces derniers temps, la pharmacie a fait, sous ce rapport, des progrès remarquables. L’analyse chimique a éclairé sa marche, et a fait rectifier des erreurs accréditées, mais il reste beaucoup à faire. Il est encore une foule de matières végétales dont la composition est mal connue. L’analogie ou la routine sont alors les seuls guides que nous puissions suivre;

( ix )

et ces guides sont presque toujours trompeurs.

Ou pourrait diviser les analyses végétales que nous possédons en deux séries. Dans les unes, chaque principe immédiat a étéisolé et étudié; de sorte que l’on sait aveccertitude quels seront les véhicules les plus propres à dissoudre chaque principe , et quelle action ces principes exerceront les uns sur les autres. On peut, en outre, calculer au moyen de quels agens on parviendra à recueillir séparément ceux dont on recherchera les vertus, et à isoler, au contraire, ceux dont on aura intérêt à se défendre. La connaissance des propriétés chimiques permet, en outre, de calculer quelle influence peuvent avoir, sur les composés pharmaceutiques , les ingrédicns que l’on voudrait y associer. Quand un travail analytique a été fait sur un pareil plan, il est toujours d’une grande- utilité. Malheureusement, un bien petit nombre de corps ont été étudiés avec le soin convenable.

Le second genre d’analyses, quoique moins parfait, est cependant encore d’une grande utilité. J’entends parler ici de tou tes celles dans lesquelles les principes immédiats n’avant pas été isolés à l’état de pureté, l’auteur a indiqué, toutefois, par quels moyens on obtenait, sous le plus petit volume, la plus grande proportion de substance médicamenteuse, et quels agens on devait employer pour y parvenir. C’est ainsi, par exemple, que bien que les matières dites principes actifs du polygala de Virginie, de la saponaire, du séné, etc., ne puissent être considérées, par les chimistes, comme des principes immédiats à l’état de pureté, la connaissance de leurs propriétés n’en a pas moins été utile au pharmacien, en lui apprenant à traiter convenablement les corps qui les contiennent, lorsqu’il veut en extraire les parties médicamenteuses.

Si tous les matériaux qui entrent dans la préparation des médicamens avaient été

soumis a une investigation chimique convenable, la pharmacie serait arrivée à sa perfection. Il ne lui resterait plus qu’à examiner les nouveaux corps que l’expérience montrerait utiles dans le traitement des maladies : mais, si on excepte les combinaisons de la nature brute, et celles que forment quelques substances organiques entre elles, ou avec des composés inorganiques , tout le reste est encore à faire. Il est à désirer que les pharmaciens continuent d’augmenter le nombre des analyses végétales, pour en faire l’application aux préparations médicinales.

On nomme médicament toute substance qui, prise intérieurement, ou appliquée extérieurement, concourt à la guérison des maladies. On a long-temps discuté sur les différences qui existent entre les médicamens, les poisons et les alimens; mais ces trois mots se définissent d’eux-mèmes, et n’entraînent , avec eux , aucune espèce

( xij )

d’équivoque. Observons , toutéfois , que chacune de ces significations peut appartenir à un même corps, dans des circonstances différentes ; ainsi , les substances amylacées servent tantôt de matière alimentaire , et tantôt de médicamens ; et les poisons les plus énergiques deviennent, dans des mains habiles , les moyens les plus puissaus de rappeler la santé.

On dit des médicamens qu’ils sont internes ou externes, officinaux ou magistraux, simples ou composés.

La division des médicamens en internes et externes n’est convenable qu’autanl que ces épithètes sont appliquées dans des cas particuliers; car un médicament peut être employé à l’intérieur et à l’extérieur, suivant les indications que l’ou veut remplir; par exemple, l’opium, le quinquina, l’huile sont aussi fréquemment recommandés eu application ou en frictions à la surface du corps, qu’administrés à l’intérieur.

( xilJ )

Les médicamens sont dits oflicinaux lorsque, préparés à l’époque de l’année la plus convenable, et d’après des formules généralement reçues, ils peuvent se conserver longtemps sans altération. Les médicamens nommés magistraux, par opposition, s’altèrent très-promptement, et sont confectionnés peu de temps avant qu’ils soient administrés aux malades. Remarquons cependant que, dans son acception propre, la dénomination de médicament magistral devrait s’appliquer à toute préparation faite sur la formule particulière d’un médecin.

Les médicamens sont simples ou composés. Les premiers s’emploient tels que la nature nous les présente, ou du moins sans avoir éprouvé aucune préparation qui puisse les altérer. Les médicamens composés sont des mélanges ou des combinaisons. Cette différence, entre les médicamens composés, a engagé les pharmacologistes à diviser leur etude en deux séries. La première, com-

( xiv )

prend toutes les combinaisons empruntées par l’art de guérir à la chimie inorganique, les principes immédiats extraits des plantes ou des matières animales , et quelques-unes de leurs combinaisons; en un mot, toutes les préparations dont la nature chimique est bien connue. On a rangé dans une seconde classe, sous le nom de pharmacie galénique, non-seulement tout ce qui est simple mélange, mais encore toutes les opérations ou les réactions chimiques se compliquent , et sont plus difficiles à apprécier, soit par le grand nombre d’agens qui sont en présence, soit'par l’ignorance dans laquelle nous sommes de la nature de ces agens, et de leurs propriétés. Cette seide distinction fait voir (jue le domaine de la pharmacie galénique doit diminuer de jour en jour, et qu’il arrivera une époque où elle ne traitera plus que des mélanges et des opérations préliminaires nécessaires à la disposition des corps à l’usage médical , et à leur conservation. C’est là le

( xv )

but que les pharmaciens doivent s’efforcer d’atteindre. Ils y parviendront en ne négligeant aucune occasion de se procurer des données nouvelles sur la nature des médicamens simples, et en en faisant immédiatement l’application à la préparation des médicamens plus composés.

Le but que je m’étais proposé, en commençant cet ouvrage, était de recueillir tout ce qui avait été publié sur la préparation des médicamens. Pour apprécier les faits à leur juste valeur, j’ai été obligé de les discuter successivement, et de me rendre raison de la préférence accordée généralement aux uns sur les autres. J’avais fait ce travail pour mon instruction personnelle. Je le communiquai à quelques amis qui crurent qu’il pourrait être utile , et m’engagèrent à le faire connaître. J’ai cédé à leurs sollicitations, et j’ai publié ce volume, dans l’espérance qu’il pourrait servir aux élèves, en leur faisant connaître la marche qu’ils avaient

( *vj )

à suivre dans leurs études, et le but vers lequel ils devraient les diriger, s’ils voulaient, plus tard, concourir avec fruit aux progrès de leur art. Je ne me suis pas dissimulé tout* l’imperfection de ce premier essai. Il eut demandé une attentive et longue expérience, que le temps seul peut faire acquérir. Il eût exigé, pour être conduit à la perfection, unimasse immense de recherches; et même, un travail de cette étendue ne saurait être l’ouvrage d’un seul. C’est de la coopération de tous, qu’il pourra résulter une quantité de faits assez nombreuse pour éclairer toutes les préparations médicamenteuses, etje m’estimerais heureux si j’avais pu contribuer en quelque chose à diriger, vers ce but, les travaux des pharmaciens jaloux des progrès de leur arL Ce qui manque surtout, ce sont des analyses végétales; sans leur secours, on marche en aveugle; avec elles, on peut tout prévoir, et opérer avec certitude. L’attention , éveillée par de brillantes découvertes en ce genre,

( *vij )

s’était portée vers cette sorte de recherches; mais, bientôt, le dégoût d’un travail dont on n’a pas assez apprécié Futilité, a fait presque abandonner les analyses végétales. Il faut dire que le peu de soin avec lequel beaucoup d’entre elles ont été faites n’a pas peu contribué à conduire à cet état de choses. Il est de fait que, parmi celles que nous possédons, il en est un grand nombre qui sont d’une trèsmédiocre utilité; toutefois, ce défaut n’est pas inhérent à la matière elle-même, mais bien à la manière dont elle a été traitée. J’ai examiné avec attention toutes les analyses de substances organiques que j’ai pu me procurer, et souvent j’ai trouvé des manipulations décrites avec beaucoup de soin et de détail, tandis que, presque partout, la partie la plus essentielle avait été négligée. Rarement les tentatives ont été multipliées pour extraire les principes immédiats à l’état de pureté, et surtout les produits n’ont pas été caractérisés. Cette omission est plus préjudi-

( xv»j )

riable qu’on ne paraît le croire généralement. La connaissance exacte des propriétés des élémens d’une matière organique est le seul guide que nous puissions avoir pour choisir les véhicules qui doivent l’attaquer, et les substances qui peuvent lui être associées, sans modifier ou détruire ses propriétés. La tâche est fort étendue; mais qu’on se rappelle bien qu’une bonne analyse est cent fois plus profitable à la science que cette prolixité de travaux faits à la hâte, et dont on ne peut tirer aucun parti.

Je me suis borné à traiter de la pharmacie galénique. La pharmacie chimique se trouve décrite si clairement dans les ouvrages de chimie qui sont entre les mains de tout le monde, que j’ai cru pouvoir ne pas m’en occuper, afin de ne pas m’écarter du but que je m’étais proposé d’atteindre. Dans les opérations chimiques ordinaires, les faits parlent assez haut, les phénomènes sont assez appaiens pour ne laisser aucune incertitude;

[ Xl\

et, si cotte partie n’a pas toujours été traitée comme elle le devait, la faute en est à ceux qui s’en sont occupés, et non il la science, qui leur fournissait tous les renseignemens nécessaires. Ce n’est pas qu’un traité consacré à l’étude spéciale des préparations chimico - pharmaceutiques fût sans utilité ; il aurait l’avantage de réunir, dans un cadre resserré, tout ce qui a rapport à ces composés, et de fournir l’occasion de faire, pour chacun d’eux, une description détaillée des manipulations qu’elles exigent, et des phénomènes qui accompagnent leur formation : deux choses qui, dans un ouvrage de chimie générale, ne sont pas toujours exposées avec toute l’étendue nécessaire, ou se trouvent séparées par fragmens dans des endroits différons.

Ma première intention avait été de publier des généralités sur chaque genre de médicamens, sans décrire aucune opération en particulier. Je ine suis décidé plus tard à publier

Page 1