DE LA PULVÉRISATION
La pulvérisation est une opération par laquelle on réduit les corps en particules plus ou moins tenues. On y procède par des moyens très-dilférens. La r;ipe, la lime, les meules sont mises en usage. Plus souvent, on se sert du pilon. Nous examinerons d’abord quelles sont les règles applicables à la pulvérisation di s corps en général. Nous passerons ensuite en revue chaque mode particulier de pulvérisation pratiqué dans les officines , en indi quant successivement quels sont les corps qui doivent y être soumis.
Avant de pulvériser un corps, il est essentiel de U réduire à un grand degré de siecité. A cet effet . on U met dan» une étuve , ou bien on l’cxpOso au
soleil jusqu’à ce qu’il ait perdu l’eau hygrométrique qu’il contient, et qu’il soit devenu cassant. Certain* corps ont besoin de subir une division préalable. On râpe les bois; on réduit les métaux ductiles en limaille ; les racines fibreuses sont coupées < n tranches très-minces dans leur sens transversal , afin de diviser les fibres , que la pulvérisation se fasse plus aisément, et que la poudre ne soit pas mêlée de parties fibreuses non pulvérisées. Quelques matières doivent être préalablement lavées, tels soDt le salep, les yeux d’écrevisses, le corail, les coquilles d’oeufs. Pour laver le salep. on se contente de le tenir pendant quelque temps en contact avec de l’eau chaude; on le retire, on le dessèche à l’étuve, et l’on procède à sa pulvérisation. Le lavage des autres substances ne se fait pas aussi aisément. Il doit être répété dans l’eau de 4o ou 5o degrés que l’on renouvelle plusieurs fois par jour jusqu’à ce que toute odeur et toute saveur aient disparu.
Les pierres siliceuses ne se pulvérisent bien qu’aulant qu’on les a fait rougir au feu , et que , dans cet état , on les a plongées dans de l’eau froide. Sans doute que leur friabilité, après cette opération , est le résultat de l’état de la tension extraordinaire dans lequel se trouvent leu rs molécules. La chaleur les écarte les unes des autres, et augmente le volume de la masse. Le refroidissement subit que produit le contact de Peau froide contracte brusquement les parties les plus extérieures, mais cet elfet ne se fait pas sentir à l’intérieur où
tes molécules se refroidissent lentement, et rrslrul dans un état d’écartement plus grand que ne le comporte leur température ; état contre nature et qui détermine la séparation des particules dès quu l’equilibre qui existait dans la masse vient à êtr# détruit.
Si l’on voulait pulvériser du riz, il faudrait l’humecter légèrement pour détruire son élasticité, qui empêcherait qu’il put être attaqué par le pilon. Ordinairement, on ne pulvérise pas le riz dans les laboratoires. Les arts nous préparent sa farine, et elle se fait dans des moulins ordinaires.
A mesure que l’on pulvérise un corps, les portions qui ont été réduites en poudre s’élèvent dans l’atmosphère à chaque secousse qui est imprimée à la masse. Le moindre inconvénient qui en résulte est la déperdition d’une certaine quantité de matière. Il arrive aussi fréquemment que le pileur en est Irès-incommodé ; et souvent même il en résulterait pour lui des accidens fâcheux , s’il ne parvenait à se mettre à l’abri. Toutes les matières âcres, comme les gommes-résines, l’euphorbe, les cantharides, les racines de jalap, d’asarum , d’ipécacuanha , la bétoine , l’arnica, etc., peuvent produire ces effets. On évite le danger qui résulterait de leur action, en recouvrant le mortier d’un sac de peau en forme de cône qui est traversé par le pilon dans sa partie supérieure, et qui y est fortement attaché. La hase du cône recouvre la bouche du mortier, et se trouve liée à ses bords, par une corde ou une courroie.
Il serait de toute Impossibilité de pulvériser entièrement toute la matière que l’on met dan» un mortier. De temps en temps, on sépare les parle s les plus ûnes de celles qui n’ont pas encore été suifisamment divisées. On y parvient au moyen d’un tamis. C’est un tissu tendu dans une portion de cylindre en bois et au travers duquel les parties 1rs plus tenues trouvent seules un passage. On se sert de tissus plus ou moins fins suivant que l’on Teut obtenir des poudres plus ou moins tenues. Quand tin veut avoir des poudres très-fines, on se sert d’un tamis couvert. La pièce supérieure est appelée couvercle , et la pièce inférieure tambour. Elles sont tontes deux garnies en peau, et elles s’<mboîtent sur le tamis , de manière à ce qu’il ne puisse y avoir déperdition de poudre. On emploie ces tamis couverts dans les mêmes circonstances et pour les mêmes raisons que nous avons rapportées plus haut en parlant de la déperdition pendant la contusion des corps.
Pour faire passer les poudres à travers le tissu du tamis, on se contente de remuer circulairement celui-ci, en l’appuyant sur le mortier, ou au moins de l’agiter dans les mains. Si on le frappait contre le mortier, on forcerait à passer des parties qui n’auraient pas encore acquis le degré de ténuité convenable. Une matière fibreuse qui aurait été tamisée de la sorte fournirait «ne poudre remplie
de fibres non pulvérisées.
Souvent les matières que l’on soumet A la pulvérisation sont composées de parties différemment
friables, ce qui donne le moyen de les séparer les unes des autres. On ne cherche pas à le laire quand les particules d’un corps sont toutes de même nature , ou qu’elles ont toutes des propriétés utiles, et aussi quand les diflerens principes qui composent un corps offrent peu de différence dans leur degré de friabilité. Ainsi, on pulvérise jusqu’à extinction les matières salines, le jalap, la rhubarbe, l’aunée , la gentiane , la cannelle , l’écorce de Winter, le cassialignea , les bois de Santal, d’aloës, de gayac, les cantharides, etc.
Lorsque les matériaux qui constituent un médicament sont très-différemment friables, et que l’un d’eux n’a pas ou n’a que très-peu de propriétés médicamenteuses, il est avantageux de le séparer. On y parvient , en grande partie, en fractionnant les produits de la pulvérisation. Si la partie active se pulvérise la dernière , on rejète la première poudre : si elle est plus friable que les parties inertes , on rejeté au contraire les derniers produits. Dans le premier cas se trouvent le quinquina gris, la cascarelle, le salep, la gomme adragante. On rejètera donc les premiers produits de la pulvérisation du quinquina gris et de la cascarille , qui ne sont , en quelque sorte, formés que de parties fibreuses. Dans le salep, ils ne contiennent presque que la pellicule qui recouvre les bulbes d’orchis. La première poudre que fournit la gomme adragante contient toutes les matières étrangères plus friables que cette gomme.
Les corps dont les derniers produits de la pulvé-
fisation sont sans vertu existent en plus grand nom bre. Ce sont toutes les racines fibreuses, les feuille* et les tiges dont la fibre végétale résiste plus à l’action du pilon que les matières extractives. On rejeté le résida qu’elles laissent, et qui est tout-âfait fibreux. Le quinquina calysaya est dans le même cas. L’ipécaeuanba se comporte de même; mais, pour le réduire en poudre, on emploie un procédé particulier. On le broie dans un mortier, pour détacher la partie corticale du méditulliurn ligneux , et on la pulvérise seule et en totalité.
Ce que nous venons de dire conduit à penser que, dans un très-grand nombre de cas, les poudres ne sont pas homogènes à différentes époques de la pulvérisation. Aussi, est-il essentiel de mélanger tous les produits pour avoir un tout dont les propriétés soient constantes dans toutes ses parties. Le mélange se fait en retournant toutes les poudres ensemble dans le fond d’un tamis ou sur un papier. Pour que le mélange soit exact, il convient de les forcer à passer de nouveau à travers un tamis dont le tissu soit plus lâche que celui qu’elles ont traversé en premier lieu.
Les diirérens modes de pulvérisation mis en pratique dans les officines sont au nombre de sept , savoir :
La contusion,
Là trituration,
La moùlure ,
La pulvérisation par frottement .
La pulvérisation par intermode ,
La porphyrisation ,
La lévigation.
Jetons un coup-d’œil sur chacune de ces sortes de pulvérisation.