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E LA PURIFICATION DES DROGUES SIMPLES

Parmi les médicamens que le commerce livre au pharmacien , il en est un certain nombre qui ont besoin d’ètre mondes des matières étrangères qui y sont adhérentes ou mélangées. Le pharmacien récolte lui même , autant qu’il le peut, toutes les drogues indigènes, et examine scrupuleusement la qualité des matières qui lui sont fournies par le

commerce. Il ne laisse entrer dans son officine que des médicamens qui réunissent toutes les qualités convenables. Aussi , n’aurons-nous à traiter ici que de la purification des substances que l’on ne peut Se procurer à l’état de pureté. Des corps étrangers tantôt y sont mélés confusément , et tantôt adhèrent seulement à leur surface. 11 arrive aussi que le mélange est assez intime pour qu’on ne puisse par un simple triage séparer les substances étrangères. Ces circonstances, et la nature des corps sur lesquels on opère, influent nécessairement sur les moyens de purification dont on doit faire usage.

Quand des corps en parties entières ou en fragmens assez volumineux sont mêlés à des médicamens composés eux-mêmes de parties séparées, un simple triage à la main suffit à la purification. Par exemple, on sépare de la gomme arabique les larmes de bdellium. On est dans l’habitude de rejeter les débris de pétiole et les feuilles de l’argue! qui sont mêlés au séné (bien qu’il soit loin d’être prouvé que cette pratique soit nécessaire). On fait le triage de l’uva ursi du commerce pour le débarrasser des feuilles de canneberge qui s’y trouvent souvent en très-grande proportion. Ces exemples sont suffisans pour donner une idée de ce genre de purification. Le pharmacien s’y trouve amené na- * turellement par la connaissance des propriétés caractéristiques des médicamens simples.

Lorsque des fragmens étrangers sont adhérons à la surface et même à l’intérieur des matières médicamenteuses , on peut souvent les séparer par une

opération mécanique. Ainsi, on enlève, au moyen d’une petite hachette, les débris d’écorces et les corps impurs qui salissent souvent la gomme arabique : mais la purification devient plus difficile quand il y a mélange intime des matières étrangères et des parties médicamenteuses. Il faut se laisser guider par la nature des corps auxquels on a affaire.

Si la partie médicamenteuse est soluble, et que les matières étrangères ne puissent se dissoudre, on se sert d’un véhicule approprié qui dissout la première, et isole les secondes. C’est l’eau pour le cachou, l’opium ; l’alcool faible pour les gommesrésines ; l’alcool concentré pour les résines , etc.

L’opium purifie ou laudanum s’obtient en coupant l’opium du commerce en tranches minces. Ou le malaxe dans le double de son poids d’eau tiède, et l’on passe au travers d’une toile. On verse sur le résidu une nouvelle quantité d’eau pour entraîner le reste des parties solubles. On réunit les liqueurs, et on les évapore à une douce chaleur, jusqu’en consistance d’extrait un peu ferme. Dans cette opération , on sépare de l’opium tous les débris végétaux et la terre qui y étaient mélangés.

C’est par le même procédé que l’on purifie le cachou et le suc de réglisse du commerce. Le premier est toujours mêlé de sable, et le second d’amidon, d’extrait en partie brûlé, et de parcelles de cuivre. L’eau froide dissout facilement le cachou; mais il n’y aurait aucun inconvénient à se servir d’eau chaude, tandis qu’il est indispensable

île traiter à froid ie suc de réglisse , afin de ne di* soudro ni amidon , ni matière carbonacée. On a l’habitude de faire cuire l’extrait de réglisse purifie en consistance de pâte très-forme , de l’étendre, au moyen d’un rouleau de bois, sur une table légèrement huilée, jet de le diviser en petites parti* dont on achève IJ dessication à l’étuve. On l’aromatise à volonté.

Quand on n’a pu se procurer les gommes-résim s en larmes bien sèches et bien pures, il convient de les purifier, et, à cet effet, on se sert d’alcool a 22° R. On les concasse , et on les dissout au bainmarie dans deux à trois fois leur poids d’alcool. On passe avec expression au travers d’un linge , et l’on évapore , pour rendre au produit sa consistance première. On a conseillé d’employer alternativement de l’alcool fort et de l’alcool bien faible, de mélanger les liqueurs, et de les évaporer. Il ne doit pas en résulter un grand avantage, car l’alcool à 22° se charge bien des substances résineuses et des matières gommeuses et extractives qui y sont mêlées dans les gommes-résines.

Les liquides peuvent encore être de bons agens de purification quand la substance médicinale est insoluble, et, qu’au contraire, ce sont les parties étrangères qui peuvent se dissoudre. Far exemple , les fleurs de soufre du commerce sont salies par de l’acide sulfurique. Ou les en débarrasse aisément par le lavage. On divise d’abord le soufre dans une petite quantité d’eau , de manière à en bien mouiller toutes les parties , et à en faire une

pûte molle que l’on délaie ensuite dans une quantité d’eau plus considérable ; on laisse déposer ; on décante , et l’on renouvelle ainsi les lavages jusqu’à ce que leS liqueurs ne rougissent plus le papier de tournesol. Alors, on jette lé dépôt sur un filtre de toile, pour le laisser égoutter, puis on le fait sécher à une chaleur douce.

Les liquides sont encore utilisés pour purifier les corps, quand ceux-ci sont formés par un mélange de diverses parties insolubles d’une pesanteur spécifique très-dilTérente. C’est le moyen appliqué à la purification des argiles. L’argile ferrugineuse nommée bol d’Arménie, et celle dite terre sigillée, sont les seules que le pharmacien ait à soumettre à ce genre d’opération. Elle est fondée sur la différence de densité des grains de sable et des particules argileuses. Celles-ci sont dans un état extrême de division, et peuvent rester long-temps en suspension, tandis que le sable se précipite avecrapidité. On ramollit les argiles en les laissant tremper dans l’eau ; on les malaxe dans les mains , et, quand elles sont bien divisées, on les délaie par agitation dans une plus grande quantité d’eau ; on laisse reposer quelques minutes, et l’on jette le liquide encore trouble sur un tamis de soie. On verse une nouvelle quantité d’eau sur le résidu , et l’on continue d’opérer comme ci-dessus, à plusieurs reprises, jusqu’à ce que toute l’argile ait été enlevée; on la laisse se déposer ; on décante le liquide qui la surnage, et on la met à égoutter sur une toile; après quoi, on procède à sa dessication.

Pour i’accélércr, on réduit ordinairement la pâte encore molle en petits pains qui portent le nom de trochisques, et qui se desséchent rapidement, parce qu’ils présentent à l’air une plus grande surface. Pour trochisquer, on remplit de pâte un entonnoir enchâssé sur un montant ; à celui-ci est adaptée une cheville qui dépasse un peu l’extrémité de l’entonnoir. Chaque fois que l’on veut faire des trochisques, on frappe légèrement la cheville, et, a chaque secousse, il tombe un peu de pâte que l’on reçoit sur du papier.

La chaleur est fréquemment un moyen de purification. C’est par elle que, dans les arts, on sépare le soufre des matières terreuses qu’il a pénétrées, ou que l’on isole le sulfure de plomb ou le sulfure d’antimoine de leur gangue. On s’en sert souvent aussi dans les laboratoires de chimie, pour purifier des corps volatils par la sublimation. Mais nous devons nous borner à examiner l’emploi de la chaleur comme moyen de purification des rnédicamens simples, lorsque ceux-ci ne sont pas livres par le commerce, dans un état de pureté convenable. Tels sont les différées corps gras, comme la panne de porc, la moelle de boeuf, le suif de mouton. Ils sont mélangés en proportion assez considérable de parties membraneuses ou fibreuses qu’il est important d’en séparer. Nous prendrons pour exemple la purification de la graisse de porc.

On prend de la panne de porc : c’est la graisse des flancs mêlée de tissu cellulaire , ou bien encore les portions graisseuses accumulées vers l’épi-

ploon. On les coupe par morceaux, et on les pétrit dans l’eau froide , avec les maius , pour en séparer le sang. On met la matière dans un bassin , et on la lait fondre à une douce chaleur. On la passe au travers d’un linge serré, et, quand elle est figée, on la gratte pour en séparer des impuretés qui restent au fond. On la fait liquéfier de nouveau au bain marie , et on la coule dans des pots que l’on a soin de couvrir, et de placer dans un lieu frais.

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