‹ Manuel de pharmacie theorique et pratiqueChapitre 14 sur 93 · TRITURATION · texte numérisé non relu

TRITURATION

Quand une matière est fort tendre ou que ses parties sont susceptibles de se ramollir par la chaleur, il faut éviter de frapper avec le pilon. On se contentede le promeoercirculairementdans le mortier en écrasant la matière par une pression ménagée entre les parois du mortier et la tête du pilon. C’est ainsi que l’on prépare les poudres des résines et

de» gommes-résines. Quelques praticiens conseillent d’huiler légèrement le fond du mortier et 1« bout du pilon quand on pulvérise des résines, dans le but de les empêcher d’y adhérer. Mais l'huile , en rancissant , communique à la résine une odeur désagréable. 11 est préférable de pulvériser les résinés sans intermède. On doit choisir pour le faire un temps sec et froid.

SIOCTUBE.

La pulvérisation par mouture est peu usitée dans les officines françaises. On ne l’emploie guère que poiir se procurer certaines poudres grossières. C’est ainsi que l’on pulvérise le café et le poivre , et les amandes destinées à fournir de l’huile. En Hollande, un assez grand nombre de pharmaciens ont chez eux un moulin composé de deux meules, l’une horizontale, l’autre verticale tournant sur la première. La poudre est emportée parun ventilateur, à mesure qu’elle est formée. Ce procédé est bien préférable à celui dont on se sert ordinairement. 11 olfre économie de temps et perfectionnement dans les produits, sans aucun danger pour l’opérateur.

M. Petit , pharmacien à Corbeil , a donné la des ciription d’une machine à pulvériser qui a beaucoup dt’ rapports avec celle dont ou fait usage aux Etal? Unis d’ Amérique, pour pulvériser les raatéiiaux d« la poudre à tirer. C’est un tonneau en chêne à parois épaisses, placé horizontalement, et travrr-c par un axe au moyen duquel on peut lui imprimer

un mouvement de rotation. On introduit dans le tonneau, par une ouverture pratiquée à cet effet, la matière à pulvériser et des balles de fonte aigre , et l’on fait tourner jusqu’à ce que l’on juge que la pulvérisation est terminée. Alors , on vçrse la poudre sur un tamis, pour la séparer des balles. M. Henry avait fait établira la pharmacie centrale un tonneau semblable, qui a été abandonné : on n’en avait jamais obtenu un bon résultat.

PCLVÉRISATION PAR FROTTEMENT.

Il est des corps dont la poudre obstruerait lés pores du tamis sans les traverser. On les pulvérise en usant d’un artifice particulier. On prend, chaque morceau séparément, et on le frotte sur un tamis placé au-dessus d’une feuille de papier. G’ést ainsi que doivent être pulvérisées la céruse et la magnésie. Ce procédé est encore applicable à la prépara1tiun de la poudre d’agaric; mais comme, ainsi obtenue, elle a rarement le degré de ténuité convenable, M. Bataille a proposé le procédé suivant. Oni prend de l’agaric, on l’écrase légèrement dans, un mortier, et l’on y ajoute les trois quarts de sou poids d’eau. On pile jusqu’à ce que la matière paraisse bien divisée. On la lait sécher à une douce chaleur, on la triture ensuite dans un mor tier couvert , et on la passe au tamis de soie. AI. Boullay a l'ait remarquer que la poudre d’agaric ainsi préparée est moins amère que celle donnée par le procédé ordinaire, parce qu'en se servant de celui-ci, il reste sur le tamis des fibres inertes que l’on rejète. M. Boullav

conseille do diviser d’abord l’agaric par frottement, et de le traiter ensuite par la méthode <lc M. Hataille.

Le Codex prescrit de s<- servir de l’intermède de la gomme adragante, comme nous allons l’indiquer dans le paragraphe suivant.

PULVERISATION PAB INTERMÈDES.

Quand une matière est sèche, tenace et membraneuse , elle résiste au pilon , et il est difficile de la réduire en poudre par contusion ou trituration. Tels sont l’agaric , la coloquinte, la cbairde vipère. D’autres fois, la difficulté opposée a la pnlverisation dépend de l’état élastique des corps qui leur fait, en quelque sorte, repousser le pilon ; par exemple, le camphre, le riz. Elle peut aussi provenir d’un état de mollesse qui détermine la formation d’une pâte, quand on cherche à diviser les parties , comme cela arrive avec la vanille. Enfin, la ductilité des corps est souvent aussi un obstacle h la pulvérisation , car elle permet à leurs particules de glisser les unes sur les autres avec la plus grande facilité sans se désunir. C’est ce que l’on peut observer avec tous les métaux ductiles qui s’étendent sous le pilon sans se briser. Dans toutes ces circonstances, il faut employer quelque intermède qui puisse diminuer la ténacité des uns, l’élasticité dus autres , ou parer à la mollesse ou à la ductilité des derniers.

Pour obtenir la poudre de coloquinte, d’agaric ou de vipères, on prend une partie de gomme «dra-

gante, et on Ja convertit en mucilage par les procé- .ciés ordinaires. .On mêle celui-ci dans un mortier avec huit parties de l’un des corps préoodene, pour en faire une 'masse1 que l’on divise en talilettes que l’on fait sécher à l’étuve, et que l’on pulvérise, à la manière ordinaire. Les anciens répétaient à plusieurs reprises la pulvérisation dq la coloquinte hvee la gomme; après quoi ils donnaient à la tirasse' la forme de grains id’avoine qu’ils désignaient soiis le ngiu de trochisques alhaudal.

Pour pulvériser le camphre, on l’arrose avec tin peu d’alcool rectifié, et l’on triture. Par ce moyen, il se. réduit en poudre avec facilité.

Pour avoir de la poudre de vanillé, on la coupe avec des ciseaux én très-petites parties, on. la mêle, avec le double de sou poids de sucre , et On la broie dans un mortier, jusqu’à ce que le tout soit réduit en poudre très-line: on passe au tamis de soie, 11 vau}. mieux cependant, surtout sa l’on opère sur une quantité un peu cousidérhble fie vanille , n’ajouter d’abord qu’une partie du sucre, et conserver le reste pour triturer le résidu qui est resté sur le tarais. \. -, . ,

Pour pulvériser un métal ductile (l’or, l’argent , i’élain ) , on prend ce métal réduit en feuilles t rèsminces, et on lu divise au moyen d’une substance qui facilitée la séparation de ses particules, et dont la solubilité permette, plus tard, de l'enlever entièrement, par exemple: le miel, le sucre, le sel marin. On triturera donc le métal réduit en feuilles avec 1 un de ces corps, pendant assez de temps

pour le bien diviser; on versera ensuite sur le masse de l'eau, bouillante, qui dissoudra l’intermède, et laissera précipiter la poudre métallique. On recueillera celle-ci sur un filtre, et on la lavera à plusieurs reprises. Observons toutefois que l’étain en feuilles du commerce contient du plomb , et qu’il ne convient, pas de s’en servir.

C’est peut-être à la pulvérisation par intermède que l’on doit rapporter celle des métaux ductiles . fusibles à une basse température, au moven de calorique. On les fait fondre à la chaleur, et, quand ils sont fondus, on les verse dans une boîte sphérique de bois ou de fer à parois garnies d’aspérité', et blanchies de craie dans toute leur étendue. On agite sans-interruption : les particules metalliqueconstamment agitées se condensent bientôt en sr refroidissant, mais elles ne peuvent se réunir, et restent séparées les unes des autres. On passe an tamis de soie. On peut , par ce procédé j pulvériser l’étain , le plomb, le zinc, etc.

M. Henry fils a fait une heureuse application de l’intermède de Pean , à la pulvérisation dn mercure doux. L’appareil dont il se sert est composé de trois pièces: 1" une cornue de grès liitéc , à c l court et large, placée dans un fourneau de réverbère, et contenant le mercure doux ; i° une cornue de verre, placée sur un fourneau , et contenant de l’eau; 5° un ballon récipient à trois tubulures; l’une, latérale, très-large et très-courte, qui reçoit le col de la cornue de grès; la seconde, latérale, placée vis-à-vis de la première, et qui livre

passage à l'extrémité du col de la cornue de verre; enfin, la troisième tubulure; d’un diamètre assez gr and, est située inférieurement, et elle est destines à verser dans un flacon , qui la reçoit , le mercure doux et la vapeur d’eau qui se condensent dans le récipient. Ce (lacoü est muni d’un tube de sfirelé , pour laisser dégager l’air. L’appareil étant ainsi disposé, et les jointures étant lutées, on chauffe en même temps la cornue de grès et la cornue de verre, pour volatiliser le mercure doux et l’eau. Le récipient doit être rempli de vapeurs d’eau au moment où la volatilisation du mercure doux se fait. Au lieu de mettre ce sel dans la cornue, il est préférable d’y placer le mélange propre à le produire; la vapeur mercurielle arrive avec plus de lenteur dans le récipient; elle s’y condense; mais ses particules, séparées les unes des autres par l’interposition de l’eau, se déposent à l’état pulvérulent, et forment une poudre impalpable d’une excessive blancheur. On la recueille sur un filtre, on la lave, on la fait sécher, et on la passe au tamis.

11 est nécessaire , pour que le mercure doux ne se condense pas dans le col de la cornue, d’introduire des charbons par le dôme du fourneau , de manière à tenir toujours très-chaude la voûte de la cornue.

POHPH Y B1SATJ0N*

La porphyrisation est une opération qui consiste a faire mouvoir une molette de matière très-dure sur une table de même matière, et que l’on a chargée de poudre.

Le nom de porphyrisation, donné à cette opération, lui vient de ce que l’on fait Je plus fréquemment-usage de tables de porphyre. Toute autre pierre duré peut lui être substituée; quelquefois , l’ou se sert de marbre: il faut toujours se laisser guider dans son choix par la dureté de la matière que l’on veut réduire en poudre. Il doit toujours exister une grande différence entre La dureté de la table et celle de la, substance que l’on y pulvérise, sans quoi uUe partie de la pierre serait détachée, et altérerait la pureté du produit.

La molette doit être de même matière que la table, et n’être pas parfaitement plane, mais légèrement convexe. Sans cette disposition , la poudre ne pourrait s’engager entre elle et le plan de porphyre.

Avant de soumettre les corps à la porphyrisation , on commence par leur donner un certain degré de ténuité. Le fer est limé, pilé dans un mortier de fer, et tamisé. On pulvérise aussi les terres, les pierres, les sels.

Quand une matière peut être altérée par l’eau , on la porphyrise à sec. Tels sont beaucoup de sels, et surtout le fer, qui, même, ne doit être porphyrise que par un temps sec. Quand les corps ne sont pas altérables par l’eau, on les réduit en pâte, au moyen de ce liquide , pour les pulvériser plus aisément. La porphyrisation en est plus prompte et plus facile, parce que la matière fuit plus difficilement sous la molette.

On porphyrise toutes les matières très-dures mi-

néralrs que la contusion et le tamisage ne divise raient pas assez. Tels sont les coquilles d’œufs, le sulfure d’antimoine, le verre d’antimoine, les os bridés, les coraux, les métaux, les sels difficiles à broyer, comine le mercure doux, l’émétique, le sulfate de potasse.

Quelquefois, après qu’une matière a été porphyrisée à l’eau, on met la pâte qui en résulte dans un entonnoir approprié, et on la forme en trcehisques, dans le but d’en faciliter la dessication , ainsi que nous avons eu occasion de le dire.

LÉVIGATION.

La nature nous offre certaines matières dans un grand état de division, et seulement mélangées avec des corps grossiers dont il est facile de les séparer, en profitant de leur différence de densité. Telle est la craie; ti lles sont les terres bolaires : celles-ci sont les seules que Ton pulvérise dans les officines. L’opération à laquelle on les soumet est connue sous le nom de lévigation. Nous l’avons déjà décrite. Elle consiste à laisser tremper les matières argileuses dans l’eau, pendant un temps plus ou moins long, à délaver ensuite en agitant , à laisser déposer quelques minutes , et à séparer par décantation la terre la plus fine restée en suspension du sable, plus lourd, qui se précipite d’abord.

La lévigation n’est pas, à proprement parler, un mode de pulvérisation ; mais elle s’y rapporte, en ce qu’elle permet de séparer les parties les plus fines de certains corps de celles qui n’ont pas ac-

quis le môme degré de finesse. Elle ne petit »'ap pliquerqu’à des substances minérales sur lesquelles l’eau n’a pas d’action.

On applique la lévigation à la préparation des poudres de sulfure d’antimoine, de sulfure de mercure, de pierre hématite; et, comme ces substances ne sont pas susceptibles de se délayer dans l’eau , à la manière des argiles, on les porphvrise préalable ment, et l’on sépare par lévigation la poudre trèsfine des parties les plus grossières que l’on porphyrise de nouveau.

On traitait de môme la litharge , en se contentant toutefois de la piler sans la porpbvriser ; mais comme elle n’a jamais besoin d’être en poudre très-fine , cette pratique est inutile.

Tels sont les divers moyens pratiqués pour pulvériser les corps. Il nous reste encore à indiquer les précautions suivantes, applicables surtout à la conservation des matières pulvérisées.

On ne doit jamais préparer une grande quantité de poudre à la fois : les médicamens se conservent mieux dans leur entier. Celte règle est surtout applicable aux substances volatiles et aromatiques, et à celles qui attirent l’humidité de Pair. On peut seulement excepter quelques substances mineraies.

On doit conserver les poudres végétales dans devaisseaux fermés exactement. La lumière altère promptement leur couleur, ce qui annonce un commencement de détérioration. 11 faut les garde r

dans tics vases qui ne soient [>as pi/rméabics aux rayons lumineux, comme des vaisseaux tle terre ou des bocaux de verre recouverts de papier noir.

Parmentier a recommandé avec raison de sécher les poudres avant de les renfermer; car, par leur exposition à Pair, elles absorbent une certaine quantité d’humidité qui contribue à leur détérioration.

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