‹ Manuel de pharmacie theorique et pratiqueChapitre 33 sur 93 · VINS MÉDICINAUX · texte numérisé non relu

VINS MÉDICINAUX

On nomme vin médicinal un vin qui tient en dissolution un ou plusieurs principes médicamenteux.

Tous les vins contiennent , outre l’eau et l’alcool, du tartre, de la matière colorante, du tannin et quelques sels. Tous ces élémens ont une action différente qui est modifiée et par leur proportion relative et par la nature particulière des matières sur lesquelles elle s’exerce.

L’eau et l’alcool sont les deux principaux agens de dissolution du vin. C’est à leur faveur au’il se charge des matières que l’on met en contact avec lui. L’eau lui donne la propriété de dissoudre les matières salines, gommeuses et extractives ; c’est par l’alcool qu’il dissout les parties huileuses et résineuses. Les autres principes constituans du vin ont souvent aussi une graude influence sur son mode d’action. Ainsi, le vin exliait de la scille des principes dont l’alcool ne se chargerait pas. C’est par son tannin qu’il produit sa propre décoloration lors de son contact avec le quinquina. Enfin, dans la préparation du vin chalyhé et du vin émétique , c’est par ses parties acides que le vin dissout le fer et l’antimoine.

On emploie à la préparation des vins médicinaux, des vins blancs ou rouges, secs ou sucrés. 11

faut qu’ils soient de bonne qualité ; car, en agissant soi- les matières organiques, ils sont disposés à subir une altération dans leurs principes constituais, laquelle est d’autant plus prononcée que le vin est moins généreux.

11 n’est pas indifférent de se servir de tel ou tel vin. On est conduit nécessairement il donner la préférence à l’un sur les autres, suivant la nature des substances sur lesquelles on doit agir. Ainsi, les vins de liqueur seront choisis pour les substances riches en principes éminemment altérables, comme la sci lie , l’opium ou le safran. On n’emploiera pas le vin rouge il la préparation du vin cbalybé ; le tannin qu’il contient ayant la propriété de précipiter le fer de sa dissolution. On lui donnera la préférence quand il s’agira de dissoudre des principes toniques ou astriogens, parce que les propriétés propres au vin se trouveront en parfait accord avec celles des matériaux médicamenteux. C’est pour le même motif que l’on se servira du vin blanc pour préparer le vin diurétique. Disons toutefois que l’usage ou le caprice des inventeurs a souvent été la véritable cause de la préférence donnée à tel vin. Il est toutefois certaines circonstances tellement impérieuses qu’elles ne laissent pas à l’opérateur la liberté du choix. 11 doit, sous peine d’avoir un médicament de mauvaise qualité, ne se laisser guider que par les observations chimiques. Ainsi, le vin blanc ordinaire donnerait un vin scillitiquc vomitif; les vins, trèscliargés du Midi, précipiteraient en grande partie,

le principe actif du quinquina. Les Tins généreux A peine chargés de tartre ne pourraient servir à la préparation des vins chalybé et émétique, qui ne contiennent le fer et l’antimoine qu’a la faveur des acides.

Il faut employer sèches les matières destinées à la fabrication des vins médicinaux. Les substances fraîches, en affaiblissant le vin, augmentent les chances de détérioration. Ce n’est qu’aulant que les corps perdraient leurs propriétés par la dessication , qu’on devrait les prendre fraîches, par exemple , les végétaux antiscorbutiques; mais l’inconvénient est moins grand avec eux qu’avec tous autres. On a remarqué que le vin qui est charge de leurs principes ne s’altère pas beaucoup plus facilement.

On se sert de trois procédés différens pour préparer les vins médicinaux, savoir : la fermentation, la macération , et les teintures alcooliques.

La fermentation est un procédé entièrement abandonné, et avec juste raison. Nous nous contenterons d’en faire mention : il consistait à mettre des substances médicamenteuses avec le moût de raisin , et à faire le vin à la manière ordinaire; mais la fermentation détruit une partie des propriétés des corps, et en quantité variable; < ! l’on ne saurait compter sur la nature du produit.

Le second mode de préparation des vins médicinaux est la macération. C’est le plus empl yé , et presque toujours le meilleur. Quand le vin est di bonne qualité . il éprouve peu d altération par son

contacta l'roid avec les corps. Il n’en serait pas de même, si on élevait la température. Après avoir prolongé le contact plus ou moins (le temps, à raison de la densité des matières, on passe avec légère expression , et l’on filtre. Est-il nécessaire de rappeler que les matières doivent être convenablement divisées pour aider à la propriété dissolvante du vin ?

On a remarqué que les vins médicinaux s’altéraient souvent peu après leur préparation. Pour y parer, Parmentier a proposé de les faire à mesure du besoin , en mêlant à du vin une teinture alcoolique. Ce procédé est fort bon lorsque les principes que l’on veut dissoudre sont également solubles dans l’alcool étendu, et dans le vin ; mais il arriverait souvent que la nature du médicament ne serait plus la même. Les vins scillitique et antiscorbutique en sont des exemples : préparés avec des teintures, ils seraient bien diiférens de ce qu’ils sont quand on a fait agir directement le vin sur la seille ou sur les végétaux anliscorbutiques.

L’on a proposé plus récemment un mode de manipulation qui a tous les avantages de l’emploi des teintures, sans en avoir les défauts: il consiste à faire tremper préalablement les corps, pendant quelques jours, dans un peu d’alcool à 220. On ajoute le vin , et l’on continue la macération. Je ne vois pas que l’on puisse rien objecter contre ce pre- *1 édé.

Quand un vin médicinal a été filtré, on doit le

renfermer dans des bouteilles que l’on bouche bien, cl que l’on place dans une cave.

Ce que nous avons dit doit suffire pour la préparation des vins médicinaux simples. Les memes règles sont applicables aux vins composés.

Nous allons maintenant passer en revue les vins médicinaux les plus généralement usités , pour faire connaître ce que peut ollrir de particulier .a préparation de chacun d’entre eux, et surtout pour étudier les phénomènes chimiques que nous présente leur préparation. Nous dirons quelles sont les observations particulières auxquelles ils ont donné lieu.

Vin de quinquina.

Quinquina pris 22°‘

Alcool à 200‘

Tin rouge 3ooo.

En agissant sur le quinquina, le vin dissout les sels de quinine et de cinchonine , la matière colorante jaune, la gomme, un peu de matière grasse, le tannin et le rouge cinchonique.

Il faut se servir de vin de Bourgogne, car. suivant l’observation de M. llenry, les vins très-colorés du Midi précipitent une portion de quinine et ,1c cinchonine, en formant avec ces bases, par leur tannin , un composé insoluble et insipide.

L’intermède de l’alcool est extrêmement utile daUs la préparation du \in de quinquina. 11 facilite

beaucoup la dissolution des prncfipes médicamenteux.

Fin d’absinthe.

^ Feuilles sèches de grande absinthe. . . . ,

— de petite absinthe j *na

Vin blanc généreux 2000.

On peut , sans inconvénient, se servir de la teinture.

M. Boudet conseille le procédé suivant, qui donne un produit de fort bonne qualité , et qui se conserve long temps :

On triture les sommités sèches d’absinthe ( une once), dans un mortier de marbre, avec du vin blanc (une livre ), pendant une demi-heure; on passe avec expression , et l’on filtre.

L’absinthe cède au vin, outre quelques sels, de l’huile volatile, de la résine, du tannin amer, et

une matière extractive amère.

Fin scillitiquc.

Scille sèche 3,.

Vin de Malaga 5oo.

Ce vin contient la scilliline, la gomme, le tannin et la matière sucrée de la scille.

Préparé avec le vin blanc ordinaire, il serait é métique.

Fin colchique.

Of Bulbes secs de colchique 3fc

Vin de Malaga

DOO.

Il contient le gallate de vératïinc, la matière colorante, la gomme et, sans doute, un peu de matière grasse.

L’amidon, l’inuline et le fibre ne sont pas attaqués.

Vin chalybc.

If Limaille de fer 3a.

Vin blanc looo.

A la faveur des acides malique et tartrique, il y a décomposition de l’eau, dégagement d’hvdrogcnc et osidation de fer au minimum. L’nxidc formé s’unit aux acides : il en résulte du malate et du tartrate de fer, qui restent en dissolution, le premier, à raison de sa solubilité propre, et le second , parce qu’il forme un sel double soluble avec le tartrate de potasse. On conçoit que la proportion de fer dissoute sera d’autant plus grande qu’on se sera servi d’un vin plus acide, et les effets ne seront pas constans; aussi, pour avoir un vin toujours identique, Parmentier a-t-il proposé, avec juste raison, de faire le vin chalybé, en ajoutant à du vin ordinaire de la teinture de Mars tartarisée.

Vin émétique.

^ Vin blanc 1000.

Foie d’antimoine Ia5.

Tout ce que nous venons de dire sur le vin cbalybc peut être appliqué au vin émétique préparé .avec le vin blanc et le foie d’antimoine. Celui-ci

est un mélange de protoxide d’antimoine, de sulfure d’antimoine, de silice et d’oxide de fer. Le vin dissout l’oxide d’antimoine, mais en proportion d’autant plus forte que le bistarlrate de potasse y est plus abondant.

C’est pour cette raison que l’on préfère ajouter, à mesure du besoin, de l’émétique au vin, à la dose de trente-six grains par litre. 11 est remarquable que, même préparé de cette manière, le vin ne se conserve pas , si on ne s’est pas seivi d’uu vin très-alcoolique.

l'i-i a n ( ixcorb ti (ir/ue.

Racine récente de raifort 3a.

Feuilles de cochléarîa.

— de cresson.

— de ményanlhe.

Semences de moutarde.

Muriale d’ammoniaque g

Vil> blanc I000.

Al coulai de cochléarîa i(j.

On coupe la racine de raifort en tranches très-minces ; on incise, et on pile légèrement les feuilles; on concasse les semences de moutarde et le sel ammoniac , el l’on fait macérer pendant une huitaine de jours; on passe avec une légère expression, et l’on filtre.

On ajoute, dans chaque bouteille, l'esprit de cochléarîa: il serait préférable de le mettre pendant la macération ; il aiderait , ainsi , à la dissolution de 1 huile volatile , i laquelle les plantes anliscorbuliques doivent leurs vertus.

On a dit que les semences de moutarde ne devaient pas être concassées, parce que rhuilc fixe

a na z 6.

qu’elles contiennent troublerait le vin. Des expériences faites à la pharmacie centrale ont fait voir que le vin préparé avec les semences concassées est au moins aussi clair. Il est possible que la c< agulation de l’albumine végétale concourre à sa clarification.

Vin d’opium compose.

(Laudanum liquide de Sydenham).

r}di Opinm

Safran 3l

Cannelle

Girolles I

Yin de Malaga Soo.

L’opium cède au vin de la narcotine , le méconate de morphine, la résine, l’arôme , beaucoup de matière colorante, et peut-être aussi de la matière végéto-anim ale. Ces matières se trouvent unies au tannin , h la matière colorante et aux hurles volatiles de la cannelle , du safran et du girofle.

Au bout de quelque temps, il se fait un dépôt assez abondant dans le laudanum. On avait cru que c’était la polychroïte qui 6e séparait; M. Henry a reconnu que c’est de la matière colorante pure : elle abandonne l’huile volatile, à laquelle elle est unie dans la polychroïte de MM. Bouillon-Lagrange et Vogel. Comme cette huile reste en dissolution , et que c’est à elle que le safran doit ses propriétés médicinales, le laudanum ne perd rien de scs vertus, bien qu’il soit en partie décoloré.

Fin d’opium par la fermentation.

( Laud;iuum de l’abbé Rousseau ) .

04 Miel blanc 37.5.

Eau chaude i5oo.

0[)ium 128.

Alcool à 3 20 1 28.

O11 dclaie le miel dans l’eau chaude, cl l’opium dans 384 d'eau; on mêle le loul, el on fait fermenter pendant un mois à une température de 3o°. On filtre la liqueur, on l’évapore jusqu’à ce qu’il en reste 3ao; on y ajoute l’alcool, de sorte que celte préparation serait tout aussi bien classée parmi les teintures.

L’abbé Rousseau retirait , par la distillation, une partie de l’alcool produit pendant la fermentation, et s’en servait pour préparer la teinture. Comme cet alcool n’a aucune, vertu particulière, on peut tout aussi bien en ajouter d’autre.

Le laudanum de Rousseau , quoique très-actif, est cependant très-calmant, et parait, en grande partie, dépouillé du principe vireux et stupéfiant de l’opium.

M. l’ellelier avait pensé qu’il pourrait bien ne pas contenir de narcoline , et il se basait sur ce que celle-ci, qui est à peine soluble dans l’eau froide, ne se trouve dans la dissolution d’opium qu’il la laveur des autres principes qui Raccompagnant , et l’entraînent avec eux, et sur ce que la fermentation détruit une partie de ces principes. Mais, ce qu’il y a de certain , c’est que le laudanum de Rôtis

ifi.

seau contient de la narcotine, et, d'ailleurs, le» expériences de M. Bally ont prouvé que cette narcotine si redoutée est une substance presque inerte. Reste à savoir quel degré de confiance on peut accorder aux observations médicales faites sur l’opium de Rousseau.

Vin de quinquina composé .

If Quinquina 2S0.

Quassia amara

Ecorce de Winler ana 16

Ecorces sèches d’oranges amères.

Alcool à 220 5oo.

Yin rouge 3ooo.

Vin médicinal avec des extraits.

(Elixir viscéral d’Hoffmann .

^ Ecorces d’oranges fraîches it»

Extraits de chardon-bénil

— de cascarille I

— de petite centaurée ■ ana 8.

— de gentiane ^

— de myrrhe aqueux

Yin d’Espagne

Vin diurétique amer de la Charité.

% Q“inq»i»a { 16.

Ecorce de Winler •

Ecorces de citrons \

Racine de dompte-venin i

Squammes de scille f

Tiges d’angélique [

Laies de genièvre 1

Macis /

Feuilles d’absinthe

— de mélisse j

Vin blanc

ana 16.

ana 32.

4ooo.

Fin aromatique .

‘jtfj Espèces aromatiques 128.

Vin rouge 1000.

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