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XXXVII

ÉLEGTÜAIRES.

On désigne sous les dénominations communes d’électuaires, confections, opiats, des médicamcns d’une consistance de pâte molle, composes de poudres délayées dans un sirop simple ou composé préparé soit avec le sucre , soit avec le miel. On y fait entrer aussi des pulpes, des extraits ,des sels, etc.

Le principal avantage des électuaires est de rendre moins pénible l’administration des poudres, en les unissant à un excipient qui les rende plus cohérentes, en en rapprochant les particules.

Ces compositions , que l’on qualifie tous les jours d’indigestes et de cahos, n’étaient pas, comme on scl’imaginegénéralement, le produit d’un mélange arbitraire : elles exigeaient de celui qui les inventait un travail attentif et une connaissance exacte de la thérapeutique médicale de l’époque. Les anciens étaient persuadés que les substances médicinales jouissent chacune de propriétés curatives absolues; l’action qu’exerce ces corps sur nos organes , n’était considéré par eux que comme un accessoire jamais utile et presque toujours nuisible. D’après celte idée, après avoir fait entrer dans un électuaire une matière médicamenteuse, il fallait par une ou plusieurs autres , détruire l’effet que la première produisait, indépendamment de sa propriété curative; de sorte qu’à mesure que les bases d’un électuaire étaient plus nombreuses, les correctifs se multipliaient à leur tour, et leur nombre s’accroissait d’autant plus que l’on s’attendait à voir sortir de ce mélange de médicamens simples jouissant tous de la faculté de guérir une ou plusieurs maladies, quelque propriété nouvelle qu’aucun médicament simple ne pouvait posséder.

Certains médicamens administrés seuls, manquaient de l’énergie nécessaire pour atteindre le but que se proposait le médecin. On aidait à leur action par quelque autre corps qui pût la faciliter. Ainsi le polypode était l’auxilliaire de la scammonée ; il incisait les viscosités, que la scammonéc expulsait ensuite. On ajoutait aux drastiques des

médicamens Acres qui attiraient les humeurs de» parties éloignées du corps, et les livraient à l’action des purgatifs , etc.

Telles étai< ûl les causes de la hante opinion que les anciens avaient des élcctuaires. Les noms don* on les décorait annonçaient assez la valeur qui leur était accordée. Ainsi^ l’on avait des électuaires sacrés , un orviétan præstantius , un électuaire universel , un électuaire béni. La thériaque reçut son nom par antiphrase (0 v}otov, béte vénimeuse) pour témoigner de son excellence contre tous les venins.

La plupart de ces médicamens ont été rejeté? de la matière médicale. Quelques-uns ont survé; u, parce qu’ils sont doués de propriétés énergiques que l’on retrouverait difficilement dans les mèdimens simples.

Les dénominations d’électuaires , confections, opiats, sont presque toujours employées indistinctement. Cependant j dans l’usage habituel, on applique plus généralement celle d’opiat aux élcctuaires magistraux. Les anciens reservaient ce nom à ceux de ces médicamens dans lesquels ils faisaient entrer de l’opium. Le Codex de Paris l’a conservé, en l’appliquant comme adjectif auxélectuaires ou confections : ainsi , il «lit électuaire optai ou confection opiatc d'un électuaire dont l’opium est un des ingrédiens.

On a divisé les élcctuaires en mous et solides. Les premiers sont îles tablettes composé) s. et n a|

partiennent pas au genre de médicamens qui nous occupe en ce moment.

il est des règles générales auxquelles on doit: s'astreindre dans la préparation des électuaires, si l’on veut obtenir ces médicamens dans un état convenable :

i° Il faut faire une poudre composée de toutes les matières qui doivent être pulvérisées. On se conformera aux règles que nous avons données en parlant de la pulvérisation et des poudres composées ;

i." Quand il entre dans un éleetuaire des gommes-résines mollasses, et qu’en même temps il s’y trouve un excipient propre à les dissoudre , celte dissolution doit être faite. Dans le cas contraire, on divise ces matières à la faveur des autres poudros. La méthode de dissolution devrait toujours être employée: elle est bien préférable en cela, qu’en s’y conformant , l’on est certain d’avoir les matières dans un étal de division convenable ;

3° Les extraits doivent être ramollis. On dissout dans l’eau ceux qui sont secs, et l’on concentre la dissolution ;

4° Suivant la remarque judicieuse de M. Dcveux, on doit employer ii la préparation des électuaires des miels lisses et des cassonades grasses. Il faut éviter les miels grenus et les sucres bien cristallins ; il sont tous deux trop sujets à cristalliser, cl par cela meme, ils défendent moins bien l’élei luaire <le lou'e décomposition. Les Arabes, qui accordaient une gtande confiance a ces sortes de

médicamens, avaient la sage précaution d’employer le sucre, quand les électuaires contenaient des pulpes ; ils diminuaient d’autant la tendance à la fermentation ; ils réservaient le miel pour les électuaires formés de poudres qui , par leur nature même, sont moins altérables;

5° Les sirops simples ou composés qui entrent dans les électuaires doivent être portés au-delà de la consistance ordinaire : on suivra, pour leur préparation, toutes les règles que nécessitent les matières qui entrent dans leur composition , et qui ont déjà été exposées en traitant des sirops;

6° Toutes les matières étant disposées , il ne s’agit plus que d’en faire le mélange. Les solutions d’extraits et de gommes-résines sont d’abord mêlées ensemble. On incorpore le tout au miel ou au sirop , si l’un deux seulement sert d’excipient , et à leur mélange , s’ils entrent tous deux dans la composition de l’électuaire. Le sirop doit être encore chaud ; mais il ne doit pas l’être assez pour ramollir et grumeler les substances résineuses. Les poudres sont ajoutées à la fin et peu à peu, en les faisant tomber à travers un tamis à tissu peu serré , et en agitant à mesure jusqu’à ce que leur incorporation soit complète.

On ajoute les huiles essentielles réduites en elœo-saccharum tout-à-fait à la fin.

Ainsi préparé, un électuaire doit être homogène, et sa consistance être celle d’une térébenthine épaisse.

Les terres inertes ne sont pas inutiles comme on

le croit vulgairement; elles servent à tenir divisées les autres substances; elles s’opposent à l’aglomération de certaines parties qui ont de la tendance à se réunir, et qui , par là , détruiraient l’uniformité de la niasse.

Toutes les poudres n’absorbent pas la même quantité de sirop pour prendre une consistance convenable; celle des plantes entières, des bois, des écorces , des fleurs , absorbent trois parties de sirop pour se réduire en opiat. Immédiatement après le mélange , la pâte paraît trop liquide ; mais bientôt les poudres se gonflent , absorbent le sirop, et l’élcctuaire a la consistance requise.

Les gommes-résines demandent, à peu de chose prés , leur poids de sirop : il en faut un peu moins pour les résines sèches. Les matières minérales, comme la pierre hématite , le sulfure d’antimoine , la limaille de fer, etc., absorbent la moitié de leur poids de sirop. La plupart des sels neutres en exigent autant ; les sels déliquescens n’en prennent presque pas.

Ces observations trouvent une application avantageuse dans la prescription des opiats où l’on fait entrer des matières qui sont sans action chimique les unes sur les autres. Dans le cas contraire elles ne présenteraient souvent que de fausses indications. Ainsi dans l’opiat mésenthérique le fer s’oxide , et durcit considérablement le composé , par plusieurs causes; d’abord, parce qu’une partie d’eau est décomposée, et sert à l’oxidation du fer; ensuite, parce qu’une autre portion

«l’eau «este en combinaison avec l’oxide formé; et enfin, parce que cet oxide, formant une poudre beaucoup plus tenue que le métal qui lui a donné naissance, exige, par cela même, une plus grande quantité de liquide pour prendre la consistance d’électuaire.

Tous les élecluaires éprouvent de l’altération peu de temps après qu’ils ont été préparés. La décomposition n’est pas simultanée dans tous les élémens qui y sont réunis. L«“s matières sucrées et mucilagineuses , les pulpes, fermentent plus tôt que les matières extractives; il se forme certainement pendant cette réaction spontanée des composés nouveaux. L’analyse chimique a poité peu de lumières sur les phénomènes qui accompagnent ces altérations, et sur les produits qui en résultent. La composition des élecluaires est trop compliquée, pour que de long-temps on puisse espéier de connaître d’une manière précise ce qui se passe pendant ces fermentations. 11 est cependant quelques résultats que l’on peut prévoir. Ainsi , dans la thériaque, le colcothar et la terre sigillée précipitent en noir le tannin dis végétaux : ce tannin rend les substances animales imputrescibles. Les principes sucrés dégagent de l’acide carbonique, qui boursonfile la masse.

Suivant M. Guilbert, la thériaque très-ancienne contiendrait la même proportion de miel que la thériaque faite depuis un à deux mois ; ce fait paraît bien difficile à admettre: il serait par lr«>p extraordinaire que la fermentation ne portât pas

son action sur le miel , substance éminemment fermentescible.

Les électuaires qui renferment beaucoup de matières mucilagineuses et pulpeuses se détruisent complètement dans l’espace de quelques années: tels sont le lênitif, le diaprun, le diaphœnix. Le catbolicon , quoique très-chargé de pulpes , se conserve pendant un temps fort long; il paraîtrait que cela tient, en grande partie, à une circonstance particulière de sa composition : les semences froides qui font partie de cet électuaire sont réduites en pulpe très-fine; une partie de l’huile se sépare, et forme, à la surface , une sorte de vernis qui garantit le reste de la masse du contact de l’air.

Quand il entre dans un électuaire beaucoup de substances aromatiques, salines, résineuses ou extractives, il est beaucoup plus durable : tels sont la thériaque, la confection d’hyacinte.

Le Codex divise les électuaires en trois classes , i° les électuaires altérans; 20 les électuaires purgatifs; 3° les électuaires opiats.

Electuaire de safran composé.

(Confection d’hyacintes).

If Terre sigillée ,

Pierres d'écrevisses ana - ll '

Cannelle 44-

Dictante de Crète 6.

Santal citrin . fi.

Myrrhe

F. a. une poudre compose'e.

D’aulrc part :

If Miel

Sirop de capillaire. .

Sucre

Ajoutez s. q. d’eau pour faire un sirop; quand i! sera refroidi, incorporez-y :

Safran en poudre

Santal cilrin en poudre j ana ltj

Ajoutez le reste des poudres, et aromatisez avec un eJæosaccharum de citrons.

On a supprimé, dans cet électuaire , les hyacintes, qui sont sans vertus. On a remplacé le sirop de limons par le sirop de capillaire, qui ne décompose pas les pierres d’écrevisses , et n’altère pas leur propriété absorbante.

On a ajouté le santal citrin, parce que la couleur du safran pâlit avec le temps, et que celle de l’clectuaire se trouverait changée.

Electuaire de quinquina .

(Opiat fébrifuge).

j ana 25o.

^ Quinquina. . .

Sel ammoniac

Miel

Sirop d'absinthe F. s. a.

ana 6*.

Elcctuairc de rhubarbe composé .

(Catholicon double).

Racines de polypode s5o.

— de chicorée b4-

Réglisse 32.

Feuilles d’aigremoine

Scolopendre ( ana 96.

Fruil de fenouil 24.

Failes bouillir, ou mieux infuser, el , dans ce cas, ajoutez, en même temps le fenouil. Mieux vaudrait le pulvériser et l’incorper avec les autres poudres.

^4 Infusum précédent.

Sucre. . 2000.

Faites un sirop très-cuit; délayez-y :

Pulpe de tamarins

, > ana 128.

Lxlrait «le casse. )

Incorporez une poudre composée de :

Rhubarbe

c . . ana 1 28.

Sene j

Réglisse . 32.

Semences de violettes 64*

— froides 32.

Fenouil 1 u .

Elcctuairc d'alors composé.

( Hiera picra).

'E, Cannelle

Macis |a',a^

Racine de cabaret j

Safran - ana a4-

Mastic !

Aloës 384-

Miel iSoo.

Opiat méscnthcrirjuc.

Gomme ammoniaque

Se'ne'

Mercure doux

Racine d’arum

Aloës

Poudre cornachine

Rhubarbe.

Limaille de fer

Sirop de pommes compose'

ana 8.

ana la.

E Icclu aire lànitif.

Orge entier j

Polypode de chêne ) ana *

) Re'glisse 3 a.

Feuilles de scolopendre »8.

— de mercuriale 128.

Raisins secs 64.

Pruneaux de Damas

Jujubes !ina ’8

Tamarin <->•*

Pour un dêcoctum

D’aufre part,

Série

Pour un aulre décoctum.

Mêlez les liqueurs ; ajoulez-y :

Sucre 125o.

Pour laire un sirop très-cuit, dans lequel vous délaierez

Extrait «le casse

i 1 . ana 2 3 8 •

Pulpe de tamarins . \

Poudre de séné iCo.

— de fenouil

i > * an a 8.

— d an;s y

Elccluairc de scammonée et de turbith compose .

( E. Diajdiœnix).

^ Pulpe de dattes 25o.

Amandes douces séparées de leur pellicule. i 12. Sucre 2 5 o .

Broyez les amandes, et inélcz-y la pulpe et le sucre pul **-risc ; ajoutez ensuite :

Miel despumé iqoo.

El enfin h s poudres suivantes :

Orne' ml;re

Poivre \

Macis I

(an ne Ile I ,,

il ne 1

Daucus de Crête 1

Safran o,3.

Racine de turbilh i 28.

Scammonée d’Alep 48-

Elcctuairc opiat polypharmaque.

( Thériaque ).

Acres.

^ Pulpe de scille 11 5.

Racine de cabaret 24.

Semences de navel } ana

— de Ihlaspi 16.

Amers.

Myrrhe

Petite centaure'e

Gentiane

Chamœdrys

Cliamæpitys

Hypericum (

Scordi um

Rhapontic

3ao.

ana 16.

Astringcns.

^ Roses rouges 48.

Racine de quintefeuille 24.

Suc d'hypociste j

— d’accacia | ana 16.

Colcotbar )

Aromatiques exotiques.

If, Cannelle de Ceylan Cassia lignea. .

Gingembre. . .

Poivre long.

— noir

Amome en grappes.

Cardamome minor.

Malabalhrum. .

Srhënanlhe.

Nard indien.

Nard cellique. . .

Coslus arabique. .

Acorus vrai.

Bois d’aloës. .

Aromatiques indigènes.

Safran

Ecorces de citrons

Calamenf

Dictame de Crète

Stæchas

Sommite's de marrube

— de polium

— de marum

— de marjolaine

Iris de Florence

Aromatiques fournis par les ornbcllifcrcs.

Fruits du persil de Macédoine.

— d ammi.

Fruits de fenouil j

— d’anis m : a:a i€.

— de seseli de Marseille

Daucus de Crête 8.

Racines de méum 16.

Matières résineuses et balsamiques.

^ Xylobalsamum -»

Carpobalsamum

Opobalsaraum

Encens -■»

Térébenthine de Chio 2-

Mastic • Jt2

Baume de Judée

Storax calamite i ti

Fétides.

^ Valériane

Petite aristoloche.

Galbanum

Opopanax

Sagapenum

Castoréum

Fireux.

Op’um 9**-

Terres inertes.

^ Terre de Lemnos

Matières gommeuses et amylacées , etc.

Gomme du Sénégal it

Mie de pain. .

Farine d'orobe.

Chair de vipères

Matières douces.

^ Suc de re'glisse 48.

Miel de Narbonne 525o.

Fin .

^ Vin d’Espagne, environ 25oo.

Une partie du vin esl employe'e à dissoudre le miel, une autre à délayer l’opium , el une troisième à dissoudre les gommes et les sucs; on passe chacune de ces solutions séparément , et on mélange à la liqueur opiacée le miel , le suc «le réglisse et les gommes, puis le colcotliar , ensuite les baumes el les résines, el enfin les poudres: on abandonne la masse à une fermentation lente pendant un an.

Elcctuairc optai astringent »

( Diascordium ).

If Feuilles de scordium 48.

Roses rouges

Ristorte

Gentiane

Tormenlille

Semences d’épine-vineltc

Gingembre

Poivre long

Gassia lignea

Ga n ntl le

Dictame de Crète.

| ana 16.

| ana 8.

) r j ana ü.,.

Slorax calamite ]

Galbannm ana 16.

Gomme arabique J

Bol d’Arménie préparé 6„.

Extrait d’opium au vin

Miel rosal en consistance de miel 1000.

Vin d’Espagne, environ iSo

Elccluairc dentifrice .

If Corail rouge préparé Ja8.

Os de sèche 3 a.

Cannelle 3a.

Cochenille 16.

Miel 3ao.

Alun 8.

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