DES TABLETTES ET PASTILLES
On nomme tablettes et pastilles des médicamens secs , fragiles, composés de sucre uni à des poudres ou à des aromates, et auxquels on donne d’abord une consistance de pâte, au moyen d’un mucilage et du sucre cuit , que l’on divise par petites parties, et que l’on fait ensuite sécher.
On désignait encore autrefois les tablettes sous les dénominations de rotules morsulis; mais ces expressions sont tout-à-fait abandonnées. On se sert souvent indistinctement des mots pastilles et tablettes. On applique plus généralement le premier, à ceux de ces médicamens qui sont préparés parla cuite du sucre, et qui ne contiennent que du sucre et des aromates.
On divise les tablettes , d’après leur mode de préparation , en deux classes : dans la première sont les tablettes préparées avec un mucilage; dans la seconde se trouvent les tablettes préparées par la cuite du sucre.
Pour préparer les tablettes sans feu , on réduit en une poudre fine toutes les substances qui doivent en faire partie; on les mêle au sucre , et l’on ajoute une quantité convenable de mucilage de gomme adragante pour donner à la masse la consistance d’une pâle ductile. Au moyen d’un rouleau , on l’étend sur une table saupoudrée
d’amidon, et on la divise en petites parties avec un couteau ou un emporte-pièce.
On abandonne les tablettes il l’air pendant quan rante-huit heures : ce n’est qu’au bout de ce temps qu’on peut les porter à l’étuve. Sans cette précaution, l’action trop brusque de la chaleur les fendillerait de toute part.
Quand les tablettes sont sèches, on les passe sur un tamis, pour en séparer l’amidon. Il est môme avantageux de les secouer légèrement dans un sac, pour détacher l’amidon qui adhère à leur surface.
Le mucilage destiné aux tablettes doit être préparé par digestion, comme nous l’avons dit en traitant des mucilages. Quelques praticiens le battent avec des blancs d’œufs, après qu’il a été passé ; il acquiert de la blancheur, et les pastilles s’en ressentent. Quelquefois on y ajoute, en même temps, quelques gouttes de vinaigre , ou du suc de citron.
Souvent, on fait un mucilage aromatique en se servant d’une eau distillée odorante. On emploie l’eau de roses pour les pastilles de soufre ; l’eau de cannelle pour les tablettes de fer, etc.
Quand on prépare des tablettes avec une poudre végétale qui contient des matières extractives, il laut se contenter de pétrir la masse avec la main , et se servir d’un mucilage épais. L’emploi d’un mucilage clair, et le battage dans un mortier, faciliterait la dissolution des matières extractives dans le véhicule, et les tablettes auraient moins de blancheur.
Les pastilles avec des mucilages sont simples ou composées; simples, quand on n’v fait entrer qu’une seule substance médicamenteuse ; composées, quand elles scjnt formées de plusieurs substances. Ce que nous avons dit doit suffire pour diriger dans leur préparation.
Les tablettes par la cuite du sucre sont simples ou composées. Les premières ne sont ordinairement formées que du sucre que l’on a fait cuire avec une eau distillée, et que l’on a aromatisé avec une buile essentielle. Prenons pour exemple les pastilles de menthe.
On prend parties égales de sucre blanc et d’eau distillée de menthe poivrée; on fait cuire en consistance d’électuaire dans un poêlon dont le bec est placé à droite. On ajoute alors du sucre en poudre grossière, dont on a séparé la poudre fine au moyen d’un tamis, une quantité double du. premier et aje l’huile volatile de menthe poivrée (un demi-gros pour 6 onces de sucre) préalablement mêlée au sucre; on verse de suite par gouttes sur une table de marbre ou sur un papier blanc : on facilite l’écoulement avec un fil de métal. Chaque goutte se lige en hémisphère; on les réunit sur un tamis, et l’on achève de les sécher à l’étuve.
A Manhein on fait des pastilles simples de sucre, et on les empreigne avec une dissolution d’essence de menthe, dans l’éther sulfurique, et on les laisse exposées à l’air, pour que l’éther > évaporé. Les doses sont : pastilles, deux onces; ether sulfurique, trois gros ; essence de menthe poivrée, vingt gouttes.
Quand on fait entrer des acides dans des pastilles laites par la cuite du sucre, il ne faut pas les mêler de suite au sucre pour faire la masse en une seule fois. On opère par petites parties; sans quoi le mélange ne pourrait pas prendre une consistance assez solide. C’est parce que les acides , surtout par l’intermède de la chaleur, agissent sur le sucre, et modifient ses propriétés chimiques et physiques.
Pour préparer les pastilles composées par la cuite du sucre, on fait cuire celui-ci à trente-six degrés bouillant, et quand il est à demi refroidi, on y incorpore les poudres par l’agitation ; on coule la masse sur un marbre huilé ; on l’aplatit avec un rouleau, et, tandis qu’elle est encore chaude, on la divise avec un couteau en tablettes carrées ou en lozanges.
On ne doit incorporer au plus au sucre que le tiers de son poids de poudre. Autrement la masse serait trop tôt refroidie , et l’on n’aurait pas le temps de la travailler.
Quand on incorpore des poudres résineuses , il faut prendre garde que la chaleur ne les fasse grumeler. Le sucre doit être très-peu chaud ; encore souvent ne peut-on éviter l’aglomération des particules résineuses. Cet inconvénient et la propriété hygrométique que possèdent il un haut degré les tablettes préparées par la chaleur, ont fait renoncer à ce procédé : on ne prépare plus de cette manière que îles pastilles simples-
Pastilles de guimauve.
ïft Poudre de guimauve
Sucre 144.
Mucilage de gomme adraganle. . . s. q
Pastilles de soufre .
*)£ Soufre lave' 16
Sucre 128.
Mucilage à l’eau de roses s. q.
Pastilles de soufre composées .
^ Soufre lave'
Fleurs de benjoin 6.
Iris de Florence 20.
Huile d’anis 4*
Sucre j ‘6.
Mucilage de gomme adraganle s. q.
Pastilles de magnésie .
^ Magnésie calcinée 3r.
Sucre 128.
Mucilage de gomme adragante s. q.
Pastilles d'aeidc oxalique
(pour la soif).
^4 Acide oxalique - *
Sucre . . 2800.
Essence de citrons 6.
Mucilage de gomme adraganle. s. q.
Failes des pastilles de dix grains.
Pastilles de quinquina.
% Extrait sec de quinquina
Sucre 12**'
Mucilage de gomme adragante s- S-
Pour des pastilles de liuil grains.
Pastilles de cachou.
'if Extrait de cachou I0°-
Sucre 4oo.
Mucilage de gomme adraganle s. «j.
Faites îles pastilles de douze grains. On aromatise a volonté.
Pustillcs de cachou et de magnésie.
Cachou 2 4-
Magnésie • 128.
Cannelle I2-
Sucre 25o.
Mucilage de gomme adragante à l’eau de
cannelle .... s. q.
Faites des pastilles de douze grains.
Pas t i lies d’ i pècacua n h a .
^ Ipécacuanha 1 13.
Sucre G4o-
Mucilage à l’eau de (leurs d’oranger. . s. q.
Faites des pastilles de douze grains.
Pastilles de rhubarbe .
^ Rhubarbe 16.
Sucre 160.
Mucilage à l’eau de cannelle s. q.
Failes des pastilles de douze grain*.
Tablettes de scammonce et de séné.
Scammonée la.
Séné 1 8.
Rhubarbe 6.
Girofles 4.
Ecorces de citrons confites 3a.
Sucre 216.
Mucilage de gomme adraganle préparé à
l’eau de cannelle s. q.
Faites des tablettes de six gros.
Cette formule est destinée à remplacer les anciennes tablettes de citron et diacarthami.
Pastilles de fer .
% Fer porphyrisé 16.
Cannelle 4*
Sucre 160.
Mucilage à l’eau de cannelle s. q-
Faites des tablettes de douze grains.
Pastilles de Kunhcl.
'If, Amandes douces 3a.
Sucre . . 1 5o.
Pelil cardamome I 6.
Cannelle H-
Sulfure d’antimoine îli.
Mucilage s. q.
Faites des tablettes de douze grains.
Sucre candi.
On prépare un sirop de sucre que l’on clarifie et que l’on cuit de manière à eu qu’il présente une sorte de pellicule à lit surface , ou jusqu’à ce qu’en trempant l’écumoire dans le sirop , et soudant sur l’une de ses faces, il s’en échappe des bulles nombreuses. On verse alors le sirop dans des terrines, que l’on place dans une étuve chauffée à 45 degrés ccntig. 11 se forme de beaux cristaux en prismes tétraèdres terminés par des .sommets dièdres : on mi l des (ils dans les terrines pour faciliter la cristallisation.
La température à laquelle on place le sirop a l’avantage de ne pas le laisser exposé à un air hum de, qui céderait de l’eau au sucre, et le décimait. Cet effet serait d’autant plus prononcé, que la ci istnllisalion ne se fait qu’avec beaucoup île lenteur, en raison du peu de différence qui existe entre la solubilité du sucre à froid et à chaud. Mais le principal objet que l’on se propose
de remplir e6t de tenir le sirop dans un état deliquidité qui permette aux particules du sucre de se déposer librement et régulièrement les unes sur les autres.
Il est de la plus grande importance que l’étuve soit constamment entretenue au même degré de chaleur. Si sa température n’est pas toujours égale, de nouveaux cristaux viennent se former à la surface des premiers. Le sucre se frise, comme disent les confiseurs , et la cristallisation n’est pas belle.