‹ Manuel de pharmacie theorique et pratiqueChapitre 8 sur 93 · LOTIO.V OU LA VA CE · texte numérisé non relu

LOTIO.V OU LA VA CE

C’est l’opération qui consiste à laver les corps. Elle a pour but de séparer quelques matières étrangères adhérentes à leur surface. On lave les racines dans l’eau , pour ramolir et détacher la terre qui y est adhérente. On lave la gomme arabique, pour en séparer les corps étrangers et une matière extractive amère.

Le lavage est fréquemment usité dans les laboratoires. 11 sert à purifier les précipités. Ce sont des dépôts pulvérulens formés au milieu d’une liqueur qui contient des principes solubles, et qui en restent empreignés.

Le liquide qui sert à les laver peut être de nature très-différente. Il agit toujours en pénétrant entre les particules qui composent le précipité, et en entraînant les corps solubles. Le lavage se fait par décan tation , ou sur un filtre. On lave sur un filtre en y versant le précipité délayé , et faisant passer au travers, sur le filtre même, une quantité

de liquide plus ou moins grande, Ce procédé a le défaut que souvent le liquide se fait des routes qu’il traverse avec rapidité, . de manière qu’il ne pénètre pas dans tout l’intérieur de la niasse, et le lavage est incomplet. On n’a pas à craindre cet inconvénient quand on opère sur de petites quantités de précipité; mais, s’il est abondant, il faut préférer le lavage par décantation. On délaie, à plusieurs reprises, la poudre dans un liquide convenable, et, à chaque fois, on laisse déposer, et l’on décante. Quand le lavage est terminé , on jette le tout sur un filtre, pour laisser égoutter, et recueillir avec plus de facilité.

HLTBAIIOH.

La filtration est un procédé mis en usage pour séparer d’un liquide toutes les molécules qui n’y sont que suspendues, en lui faisant traverser un corps dont les pores très-serrés permettent seulement la pénétration du liquide. L’appareil qui sert à la filtration prend toujours le nom de filtre. Le papier, les étoffes de laine , de fil , le coton cardé , le sable , le verre , etc. , sont la matière la plus ordinaire des filtres, et l’on est déterminé sur le choix par la nature même du filtre et celles des liqueurs qui doivent le traverser.

Le filtre de papier est le plus employé de tous. 11 contient souvent des matériaux solubles, qui se dissolvent dans les liqueurs , é mesure que la filtration se fait , et leur communiquent une odeur et

une saveur désagréables. C’est surtout dans les liqueurs peu sapides, comme le petit lait , ou dans celles qui , destinées à l’usage de nos tables , doivent avoir une saveur très-agréable , que cet inconvénient se fait sentir. On l’évite en se serrant de papier peu coloré, et en le lavant à plusieurs reprises avec de l’eau bouillante avant de s’en servir.

On dispose le papier qui doit servir à filtrer en le pliant, à plusieurs reprises sur lui -même, de manière à lui donner la forme d’un cône en zigzag, qui se prête à la forme de l’entonnoir, mais qui ne le touche que par quelques points. Celte disposition est indispensable , car le liquide ne passe que dans les parties où le papier n’est pas en contact avec le verre.

On ajoute quelquefois dans l’entonnoir des brins de paille ou de bois qui ont pour effet d’empêcher le contact du papier avec le verre sur un plus grand nombre de points. En Allemagne, on a, pour le même usage , des entonnoirs cannelés.

Quand on a beaucoup de matière à filtrer, on supprime l’entonnoir, et l’on se contente d’étendre le papier sur une toile tendue sur un chfissis.

Quand la liqueur que l’on veut épurer contieut un dépôt pulvérulent abondant, il est inutile d’employer l’intermède du papier. Il suffit d’une simple toile tendue sur un châssis. Les premières portions de liquide qui la traversent sont troubles; mais bientôt le diamètre des pores du filtre se trouve diminué par l’interposition des particules du pré

eipite, et la liqueur passe claire. Ou reverse sur le filtre les premiers produits.

Les filtres de laine sont employés pour filtrer les sirops. Quand on opère sur de petites quantités, on étend sur un châssis un carré d’élolFe de laine , et l’on vgrse dessus le liquide, qui doit être clarifié. On rejette sur le filtre les premières portions qui n’ont pas encore acquis toute la transparence désirable.

Quand on doit filtrer de grandes masses, on donne au filtre la forme d’un cône, il portait autrefois le nom de chausse d’IIyppocratc. Au fond intérieur est un anneau de ruban auquel une ficelle est attachée. Ce filtre est suspendu et tenu ouvert par sa partie supérieure. Quand la filtration languit , on soulève avec lenteur, au moyen de la ficelle, la partie basse de ce filtre, de manière à ramener le- liquide vers les parties les plus hautes dont les parois n’ont pas été oblruées par le dépôt des particules étrangères.

Les filtresde laine peuvent également servir pour d’autres liqueurs que les sirops ; mais il est important qu’elles ne soient pas chargées de potasse ou de soude en dissolution, qui auraient bientôt détruit le filtre.

Les filtresde coton sont réservés pour les fluides qu’on regarde comme précieux, soit à cause de leur prix, soit à raison des petites quantités que l’on a pu s’en procurer. On introduit dans le col d’un entonnoir un peu de coton cardé que l’on comprime légèrement , et l’on verse, dessus le

liquide. Il suinte goutte à goutte. Ce moyen n'.ntraîne avec lui presque aucun déchet. On s’m *ert pour les huiles essentielles.

Les filtres de verre pilé sont surtout réservés pour les acides concentrés. On place d’abord dans le col de l’entonnoir, des morceaux de verre grossiers; on les recouvre successivement par du verre de plus en plus divisé, et l’on termine par une couche de verre en poudre. C’est sur celui-ci que Ton verse l’acide. 11 dépose à la surface les matières qui troublaient sa transparence, et il s’écoule par le bec de l’entonnoir. 11 faut avoir la précaution de faire tremper le verre qui doit entrer dans la composition d’un filtre, dans de l’acide muriatique concentré qui dissout toutes les parties terreuses adhérentes, et de le laver ensuite à grande eau pour séparer tout l’acide excédant.

On emploie encore comme filtre une couche de sable ou des pierres poreuses, qui laissent passer l’eau , et retiennent le limon. Ce sont les filtres les plus usités dans les ménages. Il faut avoir le soin de brosser souvent la surface de ccs pierrrs, peur détacher le dépôt qui s’y est attaché. Sans quoi, la filtration languit et cesse bientôt tont-à fait. On a observé que l’eau filtrée est moins aérée que celle qui s’est clarifiée par le repos. Aussi, quand on la destine à servir de boisson, di.it -on préférer cette dernière, toutes les fois que l’on peut s’en procurer.

Les filtres de charbon sont communément employés. La faculté qu’a ce corps d’absorber les gai

et de se combiner aux matières colorantes, le rend précieux dans un grand nombre de cas. Dans les laboratoires, pour établir un filtre de charbon , on verse le liquide sur une couche de charbon en poudre. Dans les arts , on fabrique des pierres poreuses artificielles dont il fait partie; mais sa présence n’y est pas d’un grand avantage; car il a bientôt produit tout son effet. Au bout d’un temps assez court, il n’agit plus qu’à la manière des autres élémens qui entrent dans la composition de la pierre.

Le charbon absorbe les gaz à la manière de tous les corps poreux. C’est par là qu’il détruit la fétidité des liqueurs. 11 sc combine chimiquement aux matières colorantes. Cette propriété est modifiée par l’état physique et chimique du charbon. Celui qui provient des végétaux, et qui contient de l’hydrogène, décolore les liquides moins efficacement que le charbon azoté que les matières animales laissent après leur calcination. L’état de division du charbon influe aussi puissamment sur sa faculté décolorante. Si on môle une matière végétale ou animale à une substance terreuse , et que l’on calcine, les particules du charbon , isolées les unes des autres, par l’interposition d’un corps étranger, ne peuvent se réunir, et le charbon, plus divisé, décolore mieux les liquides. Cet effet est particulièrement remarquable dans le charbon provenant de matières animales qui contiennent tout naturellement des substances minérales interposées; sans doute parce que le mélange v est plus intime qu’on

ne pourrait le faire artificiellement. C'est de là que procède la préférence accordée 6i justement au charbon d’os sur tous les autres charbons connus.

Tout dernièrement, M. Donoran a publié un appareil fort simple, propre à la filtration des liquides auxquels l’accès de l’air serait nuisible, ou qui sont volatiles ( Voy. planche a, fig. a). Veut-on filtrer une dissolution d’alcali caustique, on place dans le tuyau en entonnoir du vase A un bouchon en toile commune lâchement roulée, en ayant soin d’éviter que le bouchon presse les parois. On verse dessus la dissolution alcaline; dès qu’elle passe claire, on introduit le bec de A dans le col du vase inférieur D, dans lequel il entre à frottement. On adapte alors le tube C , et la filtration continue sans qu’il y ait possibilité d’absorption d’acide carbonique. Cet appareil est également très-convenable pour filtrer les liqueurs alcooliques ou éthérées et les fluides ammoniacaux. Si on voulait s’en servir pour des acides, ou remplacerait le bouchon de toile par du verre, que l’on disposerait ainsi qu’il a été enseigné plus haut ( planche 2 , fig. 3).

M. llioufle a perfectionné cet appareil. Il se sert d’un vase supérieur, dont la forme permet l’introduction d’un filtre ordinaire. A sa partie supérieure, il adapte un tube en S, qui sert à l’introduction du liquide, sans qu’il soit nécessaire de déboucher l’appareil. Un petit tube II, bouché h l’emeril, ainsi que le tube en S, permet de livrer passage à la colonne d’air que déplace le liquide introduit.

Le robinet K du réc ipient est destiné à retirer

le liquide filtré. Placé au-dessus du fond du récipient, il laisse, dans celui-ci, les dépôts qui ont pu s’y former, par exemple, quand on a opéré sur la potasse caustique.

DÉCANTATION.

La décantation est une opération qui consiste à séparer les liquides des dépôts qu’ils surnagent. Comme la filtration , elle a pour but d’isoler les particules liquides des matières solides; elle en diffère par la manière de procéder. Pour décanter, il faut d’abord laisser précipiter, par le repos , tous les corps qui sont en suspension dans la liqueur, et soutirer ensuite la partie qui s’est éclaircie. Quand on opère sur des masses considérables, le meilleur moyen de décanter consiste à se servir de vases percés, à leur paroi latérale, d’un trou que l’on ferme avec un robinet ou une chantepleure ; cette ouverture doit être pratiquée au-dessus du fond du vase , à une hauteur telle que le dépôt ne s’élève pas jusque là. Quand la matière s’est clarifiée, parle repos, on ouvre le robinet ou la chantepleure, et on reçoit le liquide dans un vase convenable.

Ce procédé est applicable également à de petites masses; mais on lui préfère ordinairement l’emploi du syphon. Le syphon le plus simple est un tube recourbé but lui-même de manière à avoir a peu près la forme d’un V renversé dont une des branches serait plus longue que l’autre (planche 2, figure \ ). On plonge la branche’ la plus courte

dans la liqueur, et l’un aspire par l’extrémile de la grande branche. Le liquide s’élève dans le s\phon, le remplit bientôt, et continue de s’écouler jusqu’à ce que son niveau soit abaissé jusqu’à l'extrémité inférieure du syphon.

Rien de plus simple que la théorie de cet instrument. Au moment où l’on plonge la branche la plus courte dans un liquide , celui -ci y pénètre et s’y élève à la même hauteur que dans le vase. C’est que l’air pèse également sur la surface du liquide dans le vase et sur sa surface dans le syphon ; mais en aspirant par l’extrémité de la branche la plus longue , on enlève une partie de l’air contenu dans le syphon, et par suite on diminue la tension élastique. Celle de l’atmosphère, à l’extérieur, devenue prépondérante fait monter dans le svpbon le liquide, qui ne tarde pas à en remplir la capacité. Alors, l’écoulement continue, paice que la pesanteur de l’air, qui s’exerce à l’extrémité de la longue branche du syphon, et qui est sensiblement égale à celle que ce fluide exerce sur la surface du liquide dans le réservoir, est vaincue par la pesanteur propre à l’excès de la longueur de la colonne du liquide dans la grande branche, et cet effet se maintient pendant tout le temps de l’écoulement du liquide.

Quand les liquides sont de nature telle, que l’on puisse craindre d’en aspirer en faisant le vide dans la capacité du syphon, on adapte, vers l’extrémité de la grande branche, un second tube étroit qui remonte le long de celle branche , et par

le bout duquel on fait l’aspiration (planche a, figure 5 ). On a le soin de boucher l'extrémité du syphon avec son doigt au moment où L’on aspire, et on l’enlève pour livrer passage au liquide aussitôt que celui-ci est descendu jusque là.

Mais lorsque les liqueurs dégagent des vapeurs dangereuses à respirer, il est convenable de •modifier le procédé opératoire. On se sert du syphon simple; mais, avant de le plonger dans le liquide, on le remplit d’un liquide semblable ou. de tout autre que l’on puisse sans inconvénient • mêler au produit. Au moment oii l’on enlève son doigt de l’extrémité de la grande branche, l’écoulement s’établit.

Le svpbon de Ilempel pourrait être employé dans le même cas. C’est un syphon ordinaire dont la branche la plus courte est repliée sur elle-même et en dehors à son extrémité (planche 2, figure 6). On la [donge dans le liquide, et l’on y adapte un entonnoir dont le col est assois long pour s’élever au-dessus de la hauteur du syphon. On verse une portion du liquide à décanter dans l’entonnoir, et on retire aussitôt que l’écoulement commence à se faire par la branche longue. Ici, c’est la pression exercée par le liquide, dans l’entonnoir, qid détermine l’ascension, et une fois que l’écoulement est établi , et que l’on a retiré le tube , on rentre dans les conditions du syphon ordinaire.

Quand lesliqucurssont renfermées dans des vases à ouverture étroite, on se sert avec avantage du syphon de Bunten (planche 2, figure 7). C’est

un syphon ordinaire qui porte une boule vers le haut de la blanche la plus longue. On remplit de liquide la branche longue et la boule , et l’on immerge la petite branche. La boule en se vidant entraîne le liquide en contact avec la branche courte , et, bien que la boule soit en partie vide , le courant du liquide se maintient. On peut encore , dans les mêmes circonstances, se servir de l’appareil suivant : on ferme le col du vase par un bouchon percé de deux trous, l’un destiné à livrer passage au syphon, et l’autre, à un petit tube qui plonge dans le liquide. Le tout doit être adapté de manière à ce que l’air extérieur ne puisse pas pénétrer entre le bouchon et les parois du vase, et ceux des tubes. On souille par l’extrémité du petit tube; par là, ou augmente la quantité d’air dans la capacité du vide du vase , et , par conséquent, la pression qui est exercée à la surface du liquide. Quand elle s’est suffisamment accrue, elle détermine l’ascension du liquide dans le syphon.

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