MORPHOLOGIE SANSCRITE
ceux qui désirent un point de comparaison dans l’analyse des formes latines et grecques. Je prie les hommes compétents de ne pas oublier que je 11e donne pas une grammaire, mais un aperçu trèsrapide de la morphologie sanscrite, en tant qu’elle peut intéresser la grammaire classique.
Écriture (voy. la classification des lettres au chap. IX). — 1. L’écriture sanscrite, dite dêvanâgarl (écriture des dieux?), se compose de 48 caractères1. On appelle anusvâra 2 un point que l’on place sur une syllabepour lui donner un son nasal, et visarga une aspiration plus douce que 17/. Le guna et la vriddhi désignent Y augmentation subie par une voyelle avec laquelle on contracte soit un seul a, soit deux a 3 : ainsi dêva est le guna, et dâiva la vriddhi de div.
2. L’écriture sanscrite, 11’ayant paru qu' après le prodigieux développement de la grammaire indienne, s’est réglée sur une prononciation très finement nuancée, tandis que les autres langues, en adoptant l’alphabet phénicien, ont négligé les nuances de la leur (une même lettre en français commence les mots cœur et cendre). Non seulement le sanscrit écrit toutes les nuances, mais les consonnes et les voyelles, en se rencontrant à la fin des mots ou dans les composés, subissent, dans l’écriture, différentes altérations réglées par des lois compliquées dites d 'euphonie ( sandhi ). En général, un mot 11e peut finir par deux consonnes, et les consonnes semblables s’attirent : deux vovelles semblables se contractent en une longue de même ordre : Vârîhâsti — vâri iha asti = aqua hic est.
Racines. — Les grammairiens indiens4 ont compté environ 5000 racines
Monier-Williams, Benfey, Desgranges, Whitney (1880), sont des ouvrages à l’usage des spécialistes. Celle d’Ém. Burnouf et Leupol est faite avec le parti pris déraisonnable de resserrer le sanscrit dans les formes de la grammaire grecque de L. Burnouf, et donne souvent une langue de fantaisie. — Bopp, Benfey, Wilson, ont donné de bons lexiques : un immense Dictionnaire sanscrit-allemand est publié par Bôlillingk et Bolh.
Les Yédas, hymnes religieux plus anciens qu’Homère, intéressent particulièrement la linguistique et la mythologie, qui trouvent en eux leur premier point de comparaison (voy. Régnier, Éludes sur la grammaire védique). Imparfaitement traduits par Langlois, ces poèmes, d’une exti'ême difficulté, l’ont été littéralement par Ludwich, 1871 [ail.]. Max Millier, qui a édité le Rig-Véda, en a commencé une trad. anglaise. (Voy. Grassmann, Dict. du Rig-Véda, 1873 [ail.] ; Cf. sur la Rhétorique des Védas , Bergaigne, Soc. linguist., 1880.)
1. Ils sont d’origine sémitique et se rencontrent pour la première fois dans les inscriptions d’Açoka, du m® siècle avant J.-C. L’écriture sanscrite est plutôt syllabique qu’alphabétique, toute consonne étant réputée suivie d’un a. Burnell ( Paléogr . indienne, 1874 [angl.]) croit que les alphabets d’Açoka dérivent d’une écriture araméenne usitée à Babyloue en même temps que le cunéiforme. Mégasthène, env. 300 ans av. J.-C., dit que les Indiens ignorent l’écriture : mais Néarque, trente ans plus tôt, dit qu’ils la connaissent.
-• Une autre forme graphique s’appelle anunâsika . Le virâma (— repos) indique qu’une consonne n’est pas prononcée avec l’a inhérent.
3. Beaucoup de dérivés se forment en gunant la voyelle du radical : la \j budh donne bôdhàmi, je sais. C’est la déflexion des langues à flexion. On l’observe eu grec, en latin et
même en français : la \J In donne Xîi-w (e = ascr.) et se retrouve pure dans l’aor. ’éXntov; comparez le français digne et daigner, etc.
4. C’est Pànini et sou école (iv° s. av. J.-C.), qui ont enseigné à l’Occident la véritable grammaire. Avant Pànini, avait fleuri une grammaire moins analytique, dont les traditions, attribuées à une révélation d’Indra, sont mentionnées par Pànini, qui les rapporte aux anciens, « prâneas ». (Burnell, École d’Indra (angl.), 1875; Cf. R. C., XX, 64.)