‹ Manuel de philologie classiqueChapitre 209 sur 591 · VIII. — DE L’ACCENT · texte numérisé non relu

VIII. — DE L’ACCENT

L'accent est une inflexion de la voix qui se porte particulière- * ment sur une syllabe comme pour la mettre en relief. Cette syllabe privilégiée finit par faire disparaître les autres ; et c’est ainsi que l’accent est un des principes destructeurs qui président à la transformation des langues.

Peu sensible encore en sanscrit et en grec, l’influence de l'accent devient immense en latin : c’est là surtout que nous allons l'étudier2, dans sa lutte avec Vêlement matériel du mot, la quantité , qui

spécimen : Étrusque : Caru tez an fusle ri. Latin de Corssen : Carus dédit hic funebrem rem. — Ce cippe a été interprété déjà au moyen de toutes les langues du globe. — « Ce qu’on sait de certain sur l’étrusque a été résumé par Aufrecbt en ces lignes : Le nominatif singulier se termine eu s, le gén. en as, es, is, us, le datif en si ou s. Mais ces désinences manquent souvent. Le suffixe al forme des métronymiques : Latinial = lîlle de Latinia. Un autre suffixe, asa, esa, isa, usa, désigne la relation matrimoniale de la femme... Le parfait des verbes est en ce.... On connaît la signification d’une douzaine de mots, clan — fils, sech = fille, avil = âge, ril — année, hinthial — esprit, etc. [Ajoutez lautnia — affranchie, sens déterminé par Deeke.] — Au sujet du suffixe matrimonial, Aufrecbt remarque que ce n’est pas autre chose que le génitif suivi d’un a marquant propriété, de sorte qu’on a un suffixe après une désinence casuelle : celte seule circonstance, ajoutet-il, suffit à montrer que l’étrusque n’est pas aryen. » ( R.C. , XVI, 520, art. sur Corssen, dont Bréal dit qu’ « il tend à voir dans l’étrusque du latin mal prononcé».) Six noms de nombre étrusques sont connus par un dé trouvé à Toscanella, qui les porte sur ses laces; mais on ne sait comment les identifier. Ces noms n’étant pas aryens (mach, thu, huth, ci, zal, sa), Corssen a refusé d’y voir des noms de nombre, et donne l’interprétation suivante : Magnus donarium hoc cisorio facit ( thuzal = dotale). Sayce dit fort bien que « Corssen a voulu forcer la clé aryenne dans une serrure qui n’était pas faite pour elle ». Ce qui reste prouvé par cet immense insuccès, c’est que l’étrusque n’est pas italique. Conestabilc et Taylor admettent deux races appelées Étrusques, la première de haute taille et ensevelissant les morts, l’autre petite et pratiquant la crémation. La première peut être scythique, la deuxième pélasgique. On a signalé des inscriptions trouvées à Castillon (Pyrénées), qui, tout en différant du basque, offrent quelques analogies avec les inscriptions étrusques. (Sayce, Academy, 1876, p. 100.) Voyez de curieux rapprochements entre l’étrusque et le vieux norrois dans Donaldson, Varronianus, p. 77 sqq.

1. Jusqu’à Ennius, le latin ignora l’usage des consonnes doubles. L’aspiration n’était pas marquée : ainsi l’on trouve Pilipus au lieu de Philippus. — Le manque de consonnes moyennes caractérise les dialectes italiques. Le g et le d font défaut à l’ombrien, et le b est très rare (le nouvel ombrien possède ces trois lettres). L’étrusque n’a pas une seule moyenne, et dit Tute pour TuSeiç, Utuze pour ' OH\hi>7vj$.

2. Je résume le beau livre de Weil et Benloew, l'Accent latin, 1814, d’autant plus volontiers qu’il n’est plus dans le commerce. Cf. la thèse de Benloew, Accent indo-européen.

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