THÉORIE COMPARÉE DE LA CONJUGAISON
1. Le verbe est formé de trois éléments, le thème temporel, la voyelle modale ou thématique, et la désinence personnelle : ag-i-mus.
2. Il y a deux sortes de désinences personnelles : les désinences primaires, qui s’ajoutent aux thèmes du parfait, du présent et du futur ; et les désinences secondaires , qui s’ajoutent aux autres temps, et paraissent être des désinences primaires affaiblies. Selon Bopp, toutes les désinences verbales sont, à l’origine, des suffixes pronominaux qui se sont agglutinés au radical verbal : êa-y.t — être-moi; è<s-t[ = être-lui, etc.2.
5. Voyelles modales. — Lorsque les désinences personnelles ne s’ajoutent pas directement aux verbes, comme dans etyta, le sanscrit insère a, le grec et le latin o, o, s, o, i,u et a (er-a-m). Les voyelles modales longues caractérisent le subjonctif5.
4. Thèmes temporels. — Il y a sept thèmes temporels : ceux du présent, de l’aoriste 2 actif, du futur, de l’aoriste Ier actif, du parfait, de l’aoriste 2 passif, de l’aoriste 1 er passif4.
5. Angment, redoublement. — L’augmentest syllabique (e-Aucv) ou temporel
1. Curtius, Verbe grec, 1873 (ail.). — Schleicher, Baur, Papillon, ouvr. cit. L’excellent livre
de Curlius, Temps et modes en latin et grec, 1843 (ail.), n’est plus dans le commerce. — Terminologie : conjugaison, «niÇu-pa; verbe substantif, ÙTtaçxTtxôv ; transitif, 5iaSt£a- (T-nxôv ; intransitif, àâiaStSartôv, absoluium (Priscien). — Voix active, passive, moyenne: SiàOtffi; IveçyETixti , itàOo;, peuÔT vj-. — Indicatif, Ôjictwïj ; impératif, nrpoiTTaxTtxYj,
conjonctif OU Subjonctif,\>-Rozo.y.iv. «5 ; optatif, ï-p/Xiai; e’jxtixïJ ; infinitif , zo àzao£pt.saTov pijpia; participe, p.ex supin, üzr.o; ; présent, ô ive^Tui; ; imparfait, irapaTa-rtxé;; futur, jiiXXwv; passé, ita?axil|Mvo;; parfait, icapeXïjXvOaî;. Les termes latins re:>semblent aux français. — Aristote définit ainsi le verbe : p ;jl«. lativ àe\ xûv xaô’Éxtpou <TY)[jieïov, c’est-
à-dire qu’il exprime l’attribut avec le rapport d’énonciation qui l’unit au sujet. (Thurot.)
2. « Deux formes seulement, la première et la deuxième pers. du sing., se prêient à celte explication, et ce sont peut-être les plus modernes. » (Bréal, Acad, inscr., 22 sept. 1876.)
3. Curtius considérait autrefois la voyelle modale comme phonétique ou euphonique ; mais, dans son Verbe grec, il y voit un suffixe pronominal ajouté au thème par une sorte d’emphase : agmas serait devenu agamas, comme regmen, regimen. — Il n’y a en vérité que deux modes, l’indicatif et le subjonctif; car l’infinitif est un nom verbal, l’impératif est une sorte d'interjection verbale qui se distingue du présent par des désinences plus faibles; et l’optatif n’est que le subjonctif des temps historiques. [Cette dernière opinion, tout à fait plausible, a été soutenue dès 1835 par Kühner, contre Mehlhorri, Hermann, Curlius; combien il est simple de dire que Mu>esl le subjonctif pré;ent, Xüoipt le subj. de l’imparfait (é;ant à tXjov comme essem est à eram ) ; Mau et Xiiraqu deux subjonctifs de l’aoriste, dont le premier ale sens du futur; XeXûxw le subj. du parfait et XtXiixoi[u celui du plus-que-parl'ail I Cf. la 2* édit, de Kühner.] — La voyelle modale du subj., en grec est w, yj , correspondantes au védique à (bibhar-â-ni, resté comme première pers. de l’impératif en scr.), au latin a, i:ï-w-(u = u, t-11 - <n = ■g;, lat. veh-a-m, ded-er -i-lis (ancienne quantité, Ennius). L’optatif grec dérive du précaLif - potentiel-dubitatif scr. dont le suffixe est ya, en grec te, ij, t, lat. te : 9t-in)-v, Xû<ra-i-[u ; latin siem=syâm =£(<r)û]v. Velim, edim, perduim, sont aussi des optatifs, ainsi qu ’amem pour ama-im, ombrien portaiat (=portet). Ainsile subj. latin est un mélange de formes du subjonctif véritable et de l’optatif: veham est un subjonctif, amem un optatif. L’optatif de veho est devenu le futur (?).
4. Les temps sont simples quand ils sont formés avec une seule racine (présent, imparfait, parfait 2, plpft. 2, aoriste 2). Ils sont composés quand ils sont formés avec deux racines.
148 désinences: actives.
(VÎXÔe). Il est formé en scr. par le suffixe a, qui devient e en grec. Curtius croit que cet a préfixé au verbe lui donne le sens du passé, comme ferait un adverbe, tcots, jadis l. — Pour le redoublement, voy. p. 150, note 1.
Analyse des désinences actives2 * * 5. — Singulier : lre Personne. Désinence primaire mi; désinence secondaire, m, v (mi). — La désinence primitive (mi) a disparu dans les verbes en w, sauf à l’optatif: cpépoi-ut. Elle subsiste dans les verbes en y.i. Le subj. ©spw allonge la voyelle finale (?) par compensation de la perte de y.i : cplpw = cpepo-p.i. — La désin. secondaire s’est réduite à v : Tfc'cpoi-v, ou a disparu : fxuoafp.]. On trouve encore m en anglais (1 am) et n en allemand (lch bin). Enlatin, les deux désin. se sont confondues:)?! subsiste dans su-m, inqua-m, et à l’imparf. , au plpft. etau subjonctif de toutes lesconjugaisons.
2e Pers. — Désin. primaire si; désin. second, s. — En grec et en lat. la désin. second, s remplace la désin. primaire ai (du védique dhi pour tva), que l’on retrouve dans èa-crî, xXu-ôi, cia-ôa, et au parfait latin, (cpepetç = cpepe-ae, par métathèse, comme cpouvto = cpavjco?)
3e Pers. — Désin. primaire ti; désin. second, t. — Le grec éVpscps est pour erpscpe-T, lat. foveba-l. Le lat. a partout t, sauf à l’impératif, où il a to , qui répond au tât védique. On trouve en grec xt devenu m (cpyi-at), et l’on explique cpézei = cp soc— <7t , avec perte du a, ou çepexi = <pspei, avec chute du x. Legeti a donné legeit, legit , dont la finale, en effet, était primitivement longue.
Pluriel : lra Pers. — Désin. primaire masi ; désin. second mas. — On trouve dans les Yédas valiâ-masi , dorien p.eç, grec ;j.sv, lat. mus*. On dit que masi — ma, pronom de la lre personne, uni au pronom de la 2e personne si (pour dhi , forme védique de tva) : donc masi = moi -f- toi = nous.
2e Pers. — Désin. primitive tasi(1). — En scr., désin. primaire tha , désin. second, ta, grec re, latin tis (pour tisi) et te à l’impératif. Les formes de l’impér. futur to, tote, répondent à des désinences védiques en tût, où la racine du pronom personnel est redoublée. — On explique tasi par fa -f- si = toi -j- toi == vous.
3e Pers. — Désin. primaire anti , nii; désin. secondaire ant, nt. — En grec, ocvn se trouve dans i-dcai, XeXotTu-aat ; vu dans le dorien çepo-vrt çepouai; v, £v (le x final est antipathique au grec) se trouvent dans scpeoo-v, <pspoi-ev. —
1. L’augment (au^mç) est particulier au sanscrit, au zendet augrec, où d’anciennes inscr.
(C. I. G., 31 : xoïo; i*’ onzôiai), ainsi que les règles de l’augment temporel (l’augment -i- o = w : oç£yw sY0Vi pour àôçtyov), prouvent qu’il était autrefois en a comme dans les deux lan¬
gues de l’Asie. Buttmann, Thiersch et Pott, y voyaient un redoublement mutilé : Curtius objecte que le redoublement, à la différence de l’augment, subsiste à tous les modes. Bopp avait pensé d’abord que cet a était privatif, marquant le passé comme non présent; on objecte qu’on ne trouve pas de traces d’un ancien augment en av devant les voyelles.
2. Cette analyse, due à Bopp, a été indiquée avant lui par Borne Tooke, Diversions of
Purley, p. 190. — L’école mystique de Schlegel voit dans les désinences le produit « d’une
végétation intérieure et naturelle, » et compare les langues « non à un cristal qui se forme par agglomération autour d’un noyau, mais à un germe qui se développe par sa force intime. » Cette conception, qui suppose à l’homme primitif une force d’intuition merveilleuse, se rattache à la Symbolique de Creuzer. Curtius considère la théorie de Bopp comme établie définitivement; mais beaucoup de jeunes linguistes ne pensent pas comme lui.
5. Dans sumus (=srmis, gr. ia^Lv), Vu est le résultat d’une épenthèse, comme dans Esculapius , Alcutnena. Les Italiens craignent les doubles consonnes au milieu des mots : les Samnites ne pouvaient prononcer rg et disaient arngelum pour argentum.