Tripudiatio
4. On distingue les collèges légalement autorisés (qui bus coire licebal ) et les autres, illicites ou seulement tolérés. — Choisy (Art de bâtir chez les Romains, 1875 ; cf. Caillemer, /{. C , 15, 555) a étudié les collèges d’ouvriers romains. Us étaient autorisés et furent épargnés ou protégés par tous les hommes d’État, Cicéron, César, \uguste, Claude, Trajan, qui frappèrent les autres corporations ou clubs ( collegia contra leges). Hadrien, trouvant dans les corporations ouvrières un instrument pour ses grands projets de travaux publics les organisa militairement. (Aurel. Yict., Epitome, 14, 5.) Elles durent travailler pour l’État, et les associés, sous peine de mesures rigoureuses, ne purent plus s’éloigner du siège du collège. L’assujettissement des opifèces était une sorte de servitude personnelle, transmise de père en fils, et comme l’État fixait le prix du travail à un taux beaucoup trop bas, leur condition était misérable. L’institution des collèges officiels assura la régularité des travaux publics; mais les collèges adoptèrent des types invariables dont ils ne s’écartèrent plus, et l’art devint immobile. En outre, écrasés par des obligations de plus en plus rigoureuses, les membres des collèges fuyaient leurs corporations, et, dès 554, Constantin se plaignait de ne plus trouver d’architectes. Le jour où les ouvriers disparurent et où les collèges furent désorganisés, l’architecture antique disparut. — Toutes les corporations ouvrières du moyen âge dérivent des corporations ouvrières des cités romaines, qui avaient leur culte particulier, leurs prêtres, appelés sevirs, etc. (corporations des mariniers de la Saône à Lyon, des vitriers, des fabricants. d’outres, des mariniers de la Seine dits nautae Parisienses, etc.). Les sévirs formaient au>si un conseil de prud'hommes, qui réglaient les différends des corporations. Le crime d'association illicite était assimilé à celui de lèse-majesté, et puni de la décollation : les humiliores étaient jetés aux bêtes ou brûlés vifs. Au temps de Tertullien, les chrétiens formaient de ces collegia tenuiorum , alors nombreux dans l’Empire (Tertull., Apolog., 59), et alimentés par les stipes des fidèles; celui d’Euinénie en Phrygie s’appelait xotvbv tüv àisXowv (C. I. G., IV, 9266). Sous Nerva parurent les collèges des cultures dcorum, dont les fonds, provenant de contribu-
FRÈRES A Pi VAL ES.
perques', les sociales Titi , les frères Arvalcs 2 et les sodales Auguslales. Il a été parlé de ces derniers dans le courant de ce livre. Mais il faut dire ici quelques mots delà confrérie des Arvalcs, dont'nous pouvons aujourd’hui, grâce aux découvertes de l’épigraphie, suivre l’histoire pendant deux siècles et demi3. — Les frères Àrvales, qui remontaient à Romulus4, sont restés assez obscurs sous la République; Auguste les réorganisa, et c’est d’Auguste à Gordien que datent les procès-verbaux de leurs cérémonies annuelles, que nous avons conservés. Ils étaient institués pour demander au ciel la fécondité des champs3, et leurs prières s'adressaient à une vieille divinité d’ailleurs inconnue, la clea dia , sans doute une simple personnification de la lumière, un doublet de Jana, de Juno et de Diana. Tous les trois ans, le 5 janvier, les Arvales faisaient des vœux pour l'Empereur. En 69, les Arvales font à la date accoutumée des vœux pour Galba ; à la fin du même mois ils les recommencent pour Othon, et en avril de la même année pour Vitellius. La fête de leur culte, qui durait trois jours, était très compliquée et nous est connue fort exactement. Dans un banquet solennel, à Rome, les Àrvales bénissaient les fruits nouveaux de l’année. Puis ils s’assemblaient dans leur sanctuaire, à cinq milles de la ville, auprès d'un bois ; c’est entre ce bois et la rive droite du Tibre que l’on a retrouvé les restes de leur temple, nommé Caesareum ou telrastylum , ainsi que leurs précieux procès-verbaux 6. Retroussant leurs robes et répétant les chants sacrés qu’ils ne comprenaient plus, mais que la linguistique comparée explique, les Arvales dansaient dans le bois à la façon antique. Enfin, on leur servait un banquet au tetraslylum et des jeux étaient célébrés dans un cirque voisin. Ces rites, datant de Numa, se conservèrent presque sans altération jusqu’au troisième siècle de l’ère chrétienne.
tions mensuelles, devaient servir à la sépulture de leurs membres. En dépit de la loi, il est certain qu’ils employaient aussi leurs ressources à d’autres œuvres, par exemple à payer les frais de voyage des associés. (Mommsen, de Collegiis et sodaliciis Romanorum ; Boissicr, Rev. archéoi., XXIII, 81.)
1. Flammes de Pan, institués par Évandre, et formant deux collèges. Le 15 février (jour des Lupercales ou fête de Pan) ils parcouraient la ville avec des peaux de victimes coupées en lanières, frappant tout le monde sur leur passage et particulièrement les femmes, dans la pensée que ce contact les rendait fécondes. On retrouve les Lupercales jusqu’au vi* siècle.
2. Niebuhr croit que les Arvales représentent l’élément latin et les sodales Tilii l’élément sabin; de même, des deux collèges des luperques, les Fabii et les Quinctilii, le premier paraît être d’origine sabine.
o. Marini, Alti dei Fratelli Arvali ; Henzen, Scavi nel bosco sacro dei Arvali, 1868 (fouilles de 1866). Cf. Boissier, Relig. rom., I, 362, sqq. et Saglio, Üict. Ant. Les Arvalcs dont les noms nous sont connus sont de grands personnages, en général patriciens.
4. Ils devaient leur origine à l’association que ce prince aurait formée avec les iîls d’Acca Laurentia. — Une preuve de leur très haute antiquité est qu’ils ne pouvaient introduire dans leur bois sacré des instruments de fer; leur institution et leurs rituels remontaient donc à l’âge de bronze, dont on trouve d’ailleurs beaucoup de vestiges dans les terrains de la haute Italie dits terramara.
5. Les sacrifices accomplis parles Arvales s’appelaient Ambarvalia. (Strabon, 5, 3.)
6. On les a découverts en 1776, à Rome, gravés sur une table de marbre ( C . I. L., I, 28). Notre texte date de 218 ap. J.-G. Les prêtres le récitaient sans le comprendre, comme les l’ai-ses dcGudjérat leurs livres zends. Voy. Bréal, Acad, des inscr., 50 janv. 1880.