‹ Manuel de philologie classiqueChapitre 560 sur 591 · FLAMINES, VESTALES · texte numérisé non relu

FLAMINES, VESTALES

religion, ont été consultés par Tite Live; leurs décrets distinguaient ce qui appartenait aux dieux de ce qui était profane dans le territoire de Rome. La loi Papiria (504) défendit de consacrer un lieu quelconque sans la permission du Pontife. Le collège a pour province particulière les divinités de la terre, le culte de Vesla et les sacrifices des Argées :1e jour desArgées, les vestales précipitaient dans le Tibre trente mannequins d’osier, en expiation de l’ancienne coutume des peuples de cette contrée qui jetaient les étrangers dans le Tibre1. — Parla nature de leur pouvoir régulateur, qui faisait d’eux les gardiens de la religion et de ses formes, les pontifes ressemblent au Sacré-Collège actuel, et leur chef au chef spirituel que l’on appelle aujourd’hui Souverain Pontife.

Les flamines sont des prêtres institués par Numa. On distingue les llamincs majeurs (flamine dial ou de Jupiter, martial ou de Mars, quirinal ou de Romulus), nommés par le collège lui-même, et les mineurs, élus par le peuple. Ils portaient la prétexte et un casque surmonté d’un petit cône (apex) que l’on remplaçait en été par un ruban de fil ( filum )2. Le flamine dial ne pouvait ni monter à cheval ni sortir de Rome : il avait la chaise curule et entrait au Sénat.

Les vestales, collège de six jeunes filles de naissance libre, chargées d’entretenir le feu sacré sur l’autel de Yesta ; elles entraient dans l’ordre entre six et dix ans et y restaient trente ans, sans pouvoir contracter d’hymen. La vestale coupable était enterrée vive dans un caveau près de la porte Colline3. Soumises à l’autorité sévère du pontife, les vestales étaient soustraites à la puissance paternelle et à la tutelle; elles occupaient les places d’honneur dans les jeux, et sauvaient la vie au condamné qu’elles rencontraient par hasard sur leur chemin. Théodose les supprima.

2° Le collège des quindécemvirs fut institué par Tarquin le Superbe après l’achat des livres sibyllins4. Le nombre des XVvirs, fixé à cinq de chaque ordre par les lois Liciniennes, fut élevé à quinze par Sylla.

1. C'est plutôt un curieux exemple de substitution. La substitution, dans les cultes des Anciens, est l’équivalent des fictions légales dans leur jurisprudence.

2. D’où filamen , flamen. Cette étymologie, donnée par les Anciens, est sans valeur. Je vois dans flamen (comparez mo-men, ag-inen) une sorte de participe passif signifiant inspiré (de flare). Burnouf pensait que flamen et brahmane sont identiques.

5. Ce supplice fut infligé 15 fois pendant la durée de l’histoire de Rome.

4. Les exemplaires achetés par Tarquin furent brûlés au Capitole en 82; une nouvelle collection, formée surtout en Asie par ordre du Sénat, fut remaniée par Auguste, qui la lit recopier sur des livres de lin (libri lintei), placés dans la base de la statue d’Apollon Palatin. Julien les consulta en 563 et Honorius en 403. D’après Itutilius, ils furent détruits par Stilicon : le poète païen ne dit pas sous quel prétexte, mais il n’est peut-être pas impossible de le deviner. Claudien et plusieurs contemporains font allusion à une prédiction qui courait à Rome, d’après laquelle la durée de l’Empire avait été fixée à 12 siècles par les 12 vautours qu’aperçut Romulus au Palatin. Cette prophétie a pu prendre naissance en Orient, chez des peuples étonnés de la grandeur romaine, et cherchant, dans les légendes de sou origine, l’énigme de sa destinée. Stilicon, si profondément Romain malgré sa naissance vandale, aura voulu faire disparaître une prophétie qui avait sans doute découragé Ilonorius : elle s’est accomplie avec assez d’exactitude. — Malgré la destruction par Auguste de 2000 recueils sibyllins apocryphes, ces ouvrages continuèrent à pulluler sous l’Empire : il nous reste 14 livres d’oracles sibyllins en vers grecs, écrits en général dans une pensée hostile au paganisme, très bien publiés et traduits par Alexandre (1856).

AUGURES, SALIENS, FÉCIAU|X.

5° Le collège des auguhes, avec les arüspices. Les augures *, d’abord au nombre de trois, puis de neuf et de quinze, étaient en général de grands personnages : jusqu’en 501 (loi Ogulnia ), les patriciens seuls purent entrer dans ce collège, qui se recrutait par cooptation, et plus tard, en partie, par élection (104). Les augures étaient à vie; ils portaient la prétexte et un lituiis dans la main droite. — Les arüspices interprétaient les signes célestes et lisaient l'avenir dans les entrailles des victimes; de là sans doute leur nom, hira, en sanscrit, signifiant intestin2.

4° Les saliens, flammes de Mars, au nombre de douze, étaient chargés de garder les anciles ou boucliers sacrés, dont le premier, modèle des douze autres, était tombé du ciel dans le palais de Nutna. Au mois de mars, ils faisaient une procession qui durait quatorze jours et dansaient en frappant leurs boucliers3 et en chantant le chant des saliens.

5° Les féciaux, hérauts sacrés, chargés de déclarer la guerre, de juger les insultes faites aux ambassadeurs et de prononcer sur la validité des traités. Ils composaient un collège de vingt membres tous patriciens : Ancus leur donna un code, le droit fécial, sorte de formulaire diplomatique. Leurs ambassades se composaient de neuf membres, sous la conduite du père Patrat.

Collèges, confréries. — Les confréries en sodalilates étaient très nombreuses à Rome et dans les provinces 4 ; les principales étaient les lu-

1. Avium garritus? avi-gur (gurere = gustare, Bréal) ? Les augures se prenaient à minuit, dans l’enceinte du pomoerium, généralement en compagnie d’un magistrat.

2. D’après cette étymologie, presque certaine, il n’est pas exact de dire que l’aruspicine soit d’origine étrusque. Les Étrusques racontaient qu’ils avaient appris cette science du dieu Tagès, qui vint au monde avec des cheveux blancs.

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