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NAISSANCE DES MYTHES

d’Œdipe par le soleil, il est incontestable que celui de Proserpine, par exemple, se rapporte aux phénomènes de la végétation1.

Naissance des mythes2. — Nous pouvons assister dans les Véclas à l’éclosion des mythes. L’attribut et le nom, la métaphore et le sens propre, ne sont pas encore distincts. Mais nous voyons parles Védcis que les poètes indous savaient la signification des fables qu’ils répétaient. 11 n’en fut pas de même à l’époque suivante. A mesure que certains termes vieillissaient, qué le sens étymologique des mots s’oblitérait, la langue perdait de sa transparence; les noms des forces de la nature devenaient des noms propres ; et dès lors certains personnages mythiques commencent à paraître. Dyâus est le ciel pour l’époque védique ; Zeus , en Grèce, est un nom propre. On peut dire en général que, pour qu’un dieu prenne de la consistance dans l’esprit d’un peuple, il faut que son nom soit sorti du langage usuel. Ouranos n’est jamais devenu une divinité

1 . La mythologie comparée u’a pas toujours su se préserver de très grandes exagérations, qui lui ont valu d’acerbes critiques. Le danger de l’inlerprétation max-müllérienne, c’est que tout demi-dieu, tout héros, passe par les états successifs de l’enfance, de l’âge mûr et de la mort ; et comme le soleil, lui aussi, se lève, atteint le zénith et se couche, il devient par trop facile de retrouver le soleil sous tous les demi-dieux de l’antiquité. On a remarqué qu’il serait fort simple d expliquer par un mythe solaire la merveilleuse carrière de Napoléon Ior, avec son cortège de douze maréchaux, la splendeur du milieu de son règne, ses luttes contre les nuages grossissants, les régions glacées où il pénètre à son déclin, le point de l’Océan où il finit par disparaître.

Il est d’ailleurs évident qu’avec des phénomènes d’un caractère très général il ne faut rendre compte que de mythes d'un caractère très général, et si l’on veut justifier tous les détails d’un mythe en les rapprochant des détails physiques d’un phénomène, on tombe infailliblement dans l’arbitraire. « De meme qu’au berceau des idiomes les plus riches nous rencontrons un groupe peu nombreux de racines qui donnent naissance à la langue, les mytbologies les plus exubérantes peuvent être ramenées d’une façon régulière à quelques conceptions mères de toutes les autres. » (Créai.) Ce sont ces conceptions ou types que l’on peut rattacher aux phénomènes lumineux : la faculté poétique et créatrice de l’homme a fait le reste. — On a également signalé, non sans raison, la tendance exclusivement naturaliste de la mythologie comparée; l’élément intérieur et moral semble ne pas exister pour elle, et c’est là môme, si l’on peut dire, son irçO-cov

On ne saurait trop, en effet, insister sur ce point, que le sentiment religieux a précédé toutes les formes religieuses, qui n’en sont que les traductions plus ou moins grossières, plus ou moins anthropomorphiques, et que toute théorie qui ne rend pas compte de ce sentiment ne saurait prétendre, sans scandale, à expliquer la genèse des religions. Pour nous, le sentiment du divin n’est ni la crainte, ni l’étonnement, ni l’ignorance : il est le produit et comme la résultante de deux facteurs, le sentiment de notre imperfection, qui nous vient de a conscience, et l’idée de la perfection suprême, imprimée dans notre esprit par le souvenir de ce que nous avons perdu, et le pressentiment de ce que nous devons atteindre. C’est de là seulement que peut naître ce mélange d’espoir et de crainte, d’humilité et de confiance, sans lesquels il n’est pas de sentiment religieux dans le cœur des hommes.

2. Je dois mentionner en passant une nouvelle méthode d’exégèse dont Clermont-Ganneau (R. C ., 1878) a donné un brillant modèle; l’hypothèse de la naissance des mythes par la transmission de monuments figurés mal compris. Par exemple, C. Ganneau croit que les figures égyptiennes d’IIorus enfant tenant par le cou deux vipères ont inspiré à l’imagination grecque la légende d’Ilercule enfant, étranglant dans sou berceau les deux serpents envoyés par Junon. Aujourd’hui encore, des légendes naissent sous nos yeux de cette manière. — Les maîtres de la mythologie figurée sont Gerhard et Overbeck ( Mythologie de l'art grec, en cours de publication). Cf. le très intéressant essai de Collignon, le Mythe de Psyché , 1878, où il prouve que l’allégorie de Psyché n’est devenue un mythe qu’en prenant place sur les sarcophages gréco-romains.

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