‹ Manuel de philologie classiqueChapitre 565 sur 591 · SYSTÈMES DE KUIIN ET DE MAX MULLER · texte numérisé non relu

SYSTÈMES DE KUIIN ET DE MAX MULLER

Otf. Miiller recommandait d’étudier le détail des mythes, pour distinguer ce qui était primitif des broderies ajoutées par les poètes, les savants allemands répondirent à son appel par des travaux partiels fort nombreux, qui ont seuls rendu possibles les grands ouvrages de Hartung, de Welcker, de Preller et de Maury.

Mythologie comparée. — \ . La mythologie comparée a été fondée, vers 1840, par Adalbert Kuhn l, et développée par Max Müller, qui l’a mise à la portée du public dans les charmants ouvrages cités plus haut. En France, Baudry, Bréal, Ploix, Burnouf, Darmesteter, etc., ont contribué, par d’importants travaux, à l’avancement de cette science nouvelle.

2. D’après la mythologie comparée, les phénomènes atmosphériques, surtout l’alternance des jours et des nuits, les orages et les éclairs, sont les facteurs des créations mythiques, que les analogies fortuites du langage viennent ensuite diversifier à l’infini2. Mais, tandis que Muller considère les phénomènes réguliers et périodiques, notamment le lever et le coucher du soleil, comme la source principale des légendes mythologiques3, Kuhn attribue une importance prépondérante aux phénomènes passagers, tels que le tonnerre, l’éclair, la pluie, etc4. Kuhn et Müller ont sans doute raison l’un et l’autre, mais dans des cas différents; il n’y a pas une source unique des mythes, et, si celui de Promélhée s’explique par le feu, celui

des grandes pluies d’hiver, un torrent rapide passe entre les deux roches de Nauplia et d’Hyampéia, et se précipite avec fracas dans la vallée de Pleistos : ce torrent sinueux et destructeur n’est autre que le serpeut. Au printemps, sous l’ardente action du soleil, ses eaux diminuent, tarissent et s’évaporent : Apollon a vaincu le serpent. Cette même légende, pour Max Müller, est la victoire d’un dieu lumineux sur le démon de l’orage ; pour les symbolistes, le triomphe de la beauté sur la laideur brutale. — Au fond de presque tous les mythes grecs, Forchhammer découvre l’expression du phénomène des eaux , dout l’importance aurait été tx'ès grande dans la Grèce primitive; pour lui, tous ces monuments encore problématiques, la prison de Sacrale, les trésors, les labyrinthes, étaient des réservoirs construits pour recevoir les eaux de l’hiver et les rendre au sol desséché pendant l’été. 11 décompose 0r;<ra’jpo; en Oij-ra-ufo; (racine uj — eau, qu’on retrouve dansiïu»), et signale dans Procope (de Aedif., p. 26) 0ij<Taupo; employé dans le sens de réservoir. Tout cela est sans doute ingénieux, mais les conclusions de l’auteur sont excessives. (Cf. II. C., XX, bb.)

1. Dans le Journal de grammaire comparée. Il ne faut pas oublier qu’Eugène Burnouf, en même temps qu’il ressuscitait la langue zende, a fourni à la science des religions des matériaux d’une immense valeur, par son admirable commentaire sur le Yaçna (un des livres de Zoroastre; Yaçna, en zend, signifie sacrifice).

2. « La mythologie n’est qu’un dialecte, une ancienne forme du langage. » (Max Müller.)

3. Pour Max Müller, les dieux sont presque tous solaires. « Que ne devait pas être le soleil pour un peuple nomade, sans moyens assurés de subsistance, sans connaissance du pays qu’il parcourait, livré aux dangers que chaque nuit amenait avec elle, désarmé devant l'hiver comme devant la chaleur de l’été ? » (Bréal.) — Lorsque nous disons : le soleil se lève, il se couche, ces simples paroles renferment un mythe; et c’est le soleil disparu que pleuraient les femmes grecques, sous les noms de Linus, d’Atys, d’Adonis, d’Hyacinthe.

•4. Kuhn, auquel est due l’explication du mythe de Promélhée, place au sommet de la mythologie la production du feu par les hommes, assimilée à la production de la vie.

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