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HISTOIRE DE LA RELIGION ROMAINE

les vieilles divinités italiques, les unes furent assimilées tant bien que mal aux dieux de la Grèce, les autres disparurent ou ne subsistèrent que dans les rituels. La politique romaine favorisa une sorte d’éclectisme mythologique et religieux, qui fit affluer en Italie, sous l’Empire, les cultes et les fétichismes de tout l’univers1 2 3. Cette invasion eut une part prépondérante dans la corruption précoce et irrémédiable dont la société romaine a péri.

Histoire de la religion romaine. — Celte histoire comprend quatre périodes: des origines aux Tarquins, des Tarquins à la guerre punique, delà guerre punique à la conquête du monde, et de l’Empire au triomphe du christianisme.

Première période. — 1. Les divinités nationales des Romains s’unissent aux divinités sabines, privées comme elles de tout ornement poétique, sans formes plastiques, et pour la plupart champêtres. Cette religion agricole fut bientôt exposée au contact des sombres croyances de l’Étrurie* : mais le caractère général des vieux cultes resta empreint d’une grande sérénité, qui atteste leur origine rustique 5.

2. Pendant deux siècles, les Romains ne connurent pas d’images; ils se contentaient de symboles. Une épée plantée en terre représentait Mars, une pierre était adorée comme Jupiter4. La théogonie n’exisiait pas; la religion était remplie de cérémonies minutieuses et à la portée de tout le monde5. Le rituel était contenu dans les livres Pontificaux et dans les Iiidigilamenta6, sorte

1. La Campanie, dit Pétrone, est si peuplée de divinités qu’il est beaucoup plus facile d’y rencontrer un dieu qu’un homme.

2. Les morts, autrefois regardés comme des génies protecteui's (mânes, les bons ; cf. immanis), passèrent alors pour aimer le sang; on leur offrit, pour les apaiser, des combats de gladiateurs. — Je croirais volontiers que le mot Mânes, s’il dérive de manis, est un euphémisme comme Euxinus, Euménides, eùwv’jiao;; on pourrait aussi le rapporter à la racine man, penser (Mânes = les esprits).

3. Tel était le culte d’Hercule, célébré à Y Ara Maxima. Les Grecs étaient frappés de la moralité d’une religion où les dieux champêtres dominaient; Denys (A. R., 2, 23) et Virgile ( Géorg ., 2, 1 40) félicitent la religion romaine de sa pureté presque philosophique, qui contraste avec l’exubérance souvent impure des légendes grecques. — Ce caractère subsista dans le culte et les pratiques, même lorsque la religion romaine fut hellénisée. Darmesteter dit très bien: « Les pratiques survivent toujours, plus ou moins longtemps, au mythe qui les produit et qu’elles expriment. Le culte d une religion est donc l’expression d’une religion antérieure, et l’on peut lire sous le culte d’une période la mythologie des périodes qui précèdent. »

4. De là l’ancien serment per Jovem Lapidem. — C'est à l’imitation de l’Etrurie que Rome plaça au Capitole un Jupiter en bois peint, dont on rafraîchissait les couleurs la veille des fêtes. Vesta, la vieille déesse du foyer, n’eut jamais d’images.

5. A. Celle, 2, 28, 2 : « Veteres Romani.... in diis immortalibus animadvertendis castissimi cautissimique. » Ce caractère méticuleux et formaliste du culte romain explique la prolixité des rituels. La piété consiste à adorer les dieux dans les formes (est enim pielas justitia adversus deos , Cic., de Nat. Deor., 1, 41). Une ville recommence des jeux pour un mot passé dans une formule. Religio a la même racine que diliyens et signifie régularité; ce qui dépasse la règle s’appelle super stitio. On traite avec les dieux, et, quand on a la lettre pour soi, on les trompe impunément. — Tout ce formalisme, beaucoup moins embarrassant qu’on ne pense, est le contraire même de la dévotion, qui ne pouvait et ne devait pas exister chez un peuple fait pour agir.

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