LES PERSÉCUTIONS
songèrent pas à faire usage de leur force. Le christianisme put se développer en liberté, pendant quarante ans, dans les bas-fonds de la plèbe romaine. L’incendie de Rome, sous Néron, vint soudain révéler au monde le nom et les projets des chrétiens. Néron, voulant rejeter sur quelqu’un le crime qu’on lui imputait, ordonna une descente de police dans les bas quartiers de la ville, et fit périr dans les supplices ceux qu'on lui désigna comme les plus suspects, ces pauvres méditatifs, « ennemis du genre humain1 2 », qui se réunissaient en secrets conciliabules et s’appelaient chrétiens. Ainsi la première persécution , comme on l’a nommée, n’eut pas un caractère religieux ni même légal : toutefois, l’éveil était donné, et Néron avait créé un précédent. On l’imita dans les provinces, les exécutions se multiplièrent, et c’est alors que la colère des chrétiens, voilée sous de sublimes images, paraît avoir éclaté dans Y Apocalypse^, où est prédite la ruine de l’Empire. Dès lors, la persécution générale3 commença, lente et continue , avec des recrudescences passagères, que l’on a appelées les neuf persécutions , et dont la plus violente, la seule systématique peut-être, est celle qui s’étend de Décius à Dioclétien. En 112, des chrétiens sont déférés au tribunal de Pline, légat-propréteur en Bithynie; il demande à l’Empereur ce qu’il faut faire, et Trajan répond : « Ne les recherchez pas, mais, si on les amène à votre tribunal, pnnissez-les4. » Trajan et Marc Aurèle ne sont pas des persécuteurs ; seulement, onaappliqué sous leur règne les lois existantes, et l’on s’est conformé aux précédents, qui étaient défavorables aux chrétiens. Aussi les auteurs païens ne nous entretiennent-ils pas des persécutions , qui n’avaient rien d’anormalet n’inquiétaient pas l’opinion publique 5. En vérité, l’Empire ne se douta du danger qui le menaçait que le jour où il était trop tard pour l’étouffer. Ce jour-là, le christianisme ne pouvait pas être vaincu, et l’Empire ne pouvait plus être sauvé. Entre la so-