‹ Manuel de philologie classiqueChapitre 586 sur 591 · VICTOIRE DU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

VICTOIRE DU CHRISTIANISME

ciété antique, fondée sur la conception de la cité, etle christianisme, qui prêche la fraternité humaine, il n’y avait pas d’alliance durable, pas d’union possible; et quand le christianisme aura pris possession du pouvoir suprême, il ne pourra ou ne voudra pas défendre contre les Barbares un Empire sourdement miné par lui depuis deux siècles.

Caractère de la victoire du christianisme. — 1. Depuis Alexandre le Grand et la diffusion de l’hellénisme, le polythéisme aryen est mort. Il subsiste encore dans les arts, dans la littérature, dans les pompes officielles; mais il n’a plus de racines dans l’esprit de la foule. Le mysticisme oriental, sous ses formes les plus grossières, règne partout. Le christianisme n’a donc pas eu à vaincre le paganisme gréco-romain; à moitié oriental lui-même, il a combattu des religions orientales, et, s’il est resté vainqueur, s’il a seul pu devenir une religion de gouvernement , c’est qu’oriental et sémitique par son origine, il était aryen et hellénique par l’esprit.

2. Deux races ont rempli de leur bruit le monde antique, les Sémites et les Aryens. A ceux-ci est échue en partage la raison pratique, l’élévation morale qui fait les grands caractères, l’esprit politique qui fait les États durables, le sens du beau qui fait les chefs-d’œuvre. A ceux-là appartient le sens religieux, l’ardeur du prosélytisme, le mysticisme enfin, qui établit un lien direct entre l’homme et Dieu. Dès que le Panthéon aryen, œuvre élégante et froide des poètes, se trouva en présence des cultes de l’Orient, œuvres de prophètes et d’inspirés, il perdit son influence sur l’esprit des hommes; le polythéisme grec n’est déjà plus au moment où Rome conquiert le monde. Mais ces religions de l’Orient, presque toutes sensuelles, dégradantes dans leurs pratiques, avaient pour adversaires implacables les moralistes, les philosophes, si puissants dans l’antiquitéclassique, dont ils sont la gloire la plus haute. Longtemps, pendant trois siècles, le sens moral et le sentiment religieux restèrent en conflit. Un jour vint, cependant, où une religion orientale, la plus pure, la plus touchante qu’il ait été donné aux hommes de connaître, réconcilia, dans l’adoration du Crucifié, l'instinct religieux et l’instinct moral : ce jour-là s’appelle l’avènement du christianisme.

5. C’est bien en vain qu’on n’a voulu voir dans le christianisme qu’un judaïsme agrandi, une secte juive. A lui seul, avec son esprit d’exclusion, ses rites sévères, le judaïsme ne pouvait ni conquérir ni régénérer le monde. Le christianisme est né de la philosophie gréco-romaine infusée, comme un sang nouveau, dans les formes simples de la plus noble religion de l’Orient, le ju-

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