PALIMPSESTES
Le bord de la dernière feuille est collé sur une mince baguette 1 autour de laquelle on roulait le volume à mesure qu’on le lisait. — Le format des livres était en général l’in-quarto2.
Palimpsestes5. — On grattait déjà les manuscrits dans l’antiquité 4. Après la conquête de l’Égypte par les Arabes, le parchemin renchérit, et l’usage de gratter les manuscrits pour y récrire de nouveaux textes se répandit de plus en plus, surtout dans les cloîtres de Bobbio et de Grotta Ferrata, d’où proviennent la plupart de nos palimpsestes. Mais voir là, avec Michelet, une « Saint- Barthélemy des chefs-d’œuvre de l’antiquité » faite au profit de la littérature de l’Église, c’est déclamer : car l’on trouve aussi des textes classiques récrits par-dessus des textes ecclésiastiques grattés5.
Au dix-huitième siècle, le théologien Knittel découvrit sur un manuscrit de Wolfenbultel des fragments de la Bible d’Ulphilas.
1. oiAfflaXôç, umbilicus; fie là l’expression ad umbilicum adducere — lire jusqu’au boul.
2. A la fin de beaucoup de manuscrits latins et grecs on lit le mot Explicit (abréviation de Explicitas) signifiant que le vol. est complètement déroulé. D’autres fois, on trouve Féliciter , Amen , etc.
Pars des livres dans L’ANTiQuiTÉ. (Lettres d’Egger et Didot, Rev. contemp., 15 sept. 1856.) Rangabé a publié en 1842 l’inventaire des dépenses de l’Erechthéion, où sont mentionnées deux feuilles de papier au prix de 1 drachme 2 oboles (1 fr. 20), destinées à recevoir des copies des comptes officiels, que l’on transcrivait au jour le jour sur des tablettes de bois blanchi, et, définitivement, sur du marbre duPentélique. En valeur actuelle, la feuille de papyrus achetée en 407 vaut 4 fr. 80, prix d’une feuille de peau vélin auj., et 500 fois le prix d’une feuille de papier couronne. On comprend dès lors la cherté des livres anciens. Caton paya 9000 fr. trois traités de Philolaiis ; Aurélien imposa à l'Egypte un tribut de papier et de verre. (Vopisc., Aurél., 41.) Le prix du papierde chanvre et de lin fut d’abord si élevé, que les premières impressions sefirentsur vélin. — Didot ajoute, en 1850, qu’avec ses seules machines de Sorel et du Mesnil, il se charge en moins d’un an d’envelopper la circonférence du globe d’une feuille de papier de deux mètres de large!
5. Cf. l’réf. de l’édit, de la République par Mai, 1822 (très curieuse) ; Fréd. Mono, de Palimpsesiis, 1856, bien résumé dans l'Encyclop. moderne de Didot. — J. V. Leclerc, Préf. du XXXV4 vol. de l’édition de Cicéron.
4. Cicéron écrit à Trébatius, qui lui avait écrit sur un papyrus gratté : « J’espère que vous ne grattez pas mes lettres pour récrire les vôtres par-dessus. » Cf. Catulle, 22, 4. — En 691 , un synode défendit expressément de gratter les écrits des Pères et les Écritures.
5. Par ex. V Iliade de Brcslau, écrite sur un opuscule de théologie byzantine, et bien d’auti es. Je ne veux pas nier cependant que les moines du Mont-Cassin et de Bobbio n’aient détruit quantité de textes anciens : au quatorzième siècle, un chroniqueur (ap. Michelet) dit des moines du Mont-Cassin : « Ils grattaient un qualernion et en faisaient de petits psautiers qu’ils vendaient aux enfants. » Mais, en général, les manuscrits que l’on grattait étaient déjà fort endommagés. — Beaucoup de nos palimpsestes sont bis rescripli (Granius Licinianus, Gains). — Lorsqu’il existe dansla marge d’un manuscrit des points autres que ceux qui fixent la direction des lignes de l’écriture actuelle, il y a de fortes présomptions que l’on a sous les yeux un palimpseste. Il faut alors, si la seconde écriture est trop effacée, recourir a des réactifs chimiques, ce qui n’est jamais sans dangers. Wattenbach (Écriture au moyen d</e'[all.]) remarque que les modernes, avec leurs réactifs, ont proportionnellement plus détruit de manuscrits que les pauvres moines si décriés. Ritsehl accuse Angelo Mai d’avoir presque abîmé le précieux Plaute palimpseste de Milan. — Pour faire revivre les anciennes écritures, enduire le papier de tannin dilué, arroser d’eau et faire sécher à 50°, à 60° Réaumur (Bibra, Journal de chimie pral. [ail.], 1878).