Né dans le comté de Kent en 1574, mort en
14. Né à Bruxelles en 1577, mort à Vienne en 1644. Opera^ Amst , 1648, in-4, et Francf. , 1659 et 1682, 3 vol. in-fol.
le cordonnier de Grorlitz, Jacob Bœhme *. Voici les points fondamentaux de la doctrine de Bœhme : l"" Timpossibilité d'arriver à la vérité par aucun autre procédé que l'illumination; 2<' une théorie de la création; 3<* la détermination des rapports de rhomme à Dieu; 4* l'identité essentielle de l'âme et de Dieu, et la détermination de leur différence quant à la forme; 5*" l'origine du mal; 6^* la réintégration de l'âme; 7<* une exposition symbolique du christianisme.
La philosophie du quinzième et du seizième siècle amène et prépare la philosophie du dix-septième, en préludant à l'indépendance de la pensée, et en ramenant, pour ainsi dire, dans la circulation les principaux systèmes qui s'étaient partagé l'antiquité ; mais elle en diffère essentiellement par l'attachement à l'érudition et l'absence d'initiative, par une tendance excessive vers un dogmatisme très-compréhensif, et par conséquent vague et incohérent, par une prédilection marquée pour l'ontologie. La révolution de Descartes devait avoir les mêmes caractères que celle de Socrate : la liberté mieux comprise, la nécessité d'une méthode exacte démontrée, et la science de l'homme prise pour le point de départ et la condition de toute recherche ultérieure.
1. Né en 1575, mort en 1624. Sa Théosophiesi été commentée en Angleterre parPordage, et, plus tard, en France, par Saint-Martin.
PHILOSOPHIK MODERNE.
BaeonK
Bacon et Descartes sont les deux fondateurs de la philosophie moderne. Ils ont Tun et l'autre fait la guerre à la scolastique et à l'influence d'Aristote, proclamé et pratiqué la liberté de penser, démontré la nécessité de nouvelles méthodes, qui fussent des méthodes de découverte , et non pas de simples méthodes de démonstration, comme celles dont on faisait usage avant eux. Ils diffèrent en ce que Bacon préconise de préférence les méthodes
1. François Bacon, né à Londres en 1560, mort en 1626, fils de Nicolas Bacon, garde des sceaux sous Elisabeth, voyagea en France dans sa jeunesse ; de retour en Angleterre, il se livra au barreau, devint garde des sceaux, puis chancelier, fut créé successivement baron de Vérulam , vicomte de Saint-Alban. Accusé da concussion, il fut condamné à perdre ses titres et emprisonné. Le roi lui fit grâce; mais il mourut sans avoir été rappelé au pouvoir.
VInstauratio magna est le grand ouvrage philosophique de Bacon. Il Pavait divisé en six parties : la première était destinée à montrer la grandeur réelle de la philosophie, et en même temps ce qui manquait à la philosophie de son temps pour atteindre cet idéal ; la seconde partie avait pour but de donner la méthode par laquelle la philosophie devait être tirée de rabaissement où elle languissait, et reconstituée d'une manière digne d'elle. Dans la troisième et dans la quatrième, Bacon voulait mettre en œuvre cette méthode pour recueillir et constater des faits, et en tirer par induction la connaissance de leurs lois; dans la cinquième, il devait réunir les doctrines admises, dont on pourrait se servir comme de secours et de soutien, pendant qu'on s'occuperait d'établir, par la nouvelle méthode, la science définitive; et la sixième enfin, était la science définitive elle-même, que Bacon appelle la science active ou opérativef par opposition à la philosophie purement spéculative du moyen âge, et philosophie seconde ^ par opposition à Tancienne philosophie, dont il croit la carrière terminée par l'apparition de ses doctrines. De ces six parties, Bacon n'a traité complètement que les deux premières, l'une sous ce titre : De dignitaie et augmeniis scientiarum ; Tautre sous le nom de Novum organum. Les œuvres de Bacon ont été réunies un siècle après sa mort. La meilleure édition complète est celle de Londres, 5 vol. in-4, publiée par les soins de Robert Stephens, John Lecker et Thomas Birch. Le Traité de la dt«
expérimentales et l'observation des phénomènes sensibles, tandis que Descartes fonde une école rationaliste. Ainsi, dans la philosophie renouvelée, et ayant enfin reconquis sa forme véritable, ces deux tendances principales dans lesquelles depuis Torigine les écoles se sont'divisées, se retrouvent dès le premier jour.
Il faut considérer trois choses dans un réformateur : sa polémique contre ce qu'il vient remplacer, sa méthode, et Tusage qu'il en fait.
Bacon a combattu sous toutes les formes Aristote et le syllogisme. Il appelle Aristote le tyran des intelligences; il prouve la stérilité du syllogisme qui, ne faisant, dit-il, que parcourir les conséquences d*un principe donné, n'ajoute rien en réalité à la somme de nos connaissances. Il y a beaucoup à dire assurénient en faveur du syllogisme et en faveur d'Aristote, et Bacon eût été particulièrement digne de rendre justice à l'immortel auteur de YHistoire des animaux» Mais ce n'est pas à un réformateur qu'il faut demander des jugements équitables. En réalité, c'est moins Aristote que Bacon a combattu, que le préjugé odieux et absurde qui, sous son nom, détruisait la liberté; c'est moins le syllogisme, que l'emploi exclusif du syllogisme, dans une science où il s'agit autant de conquérir des principes que d'appliquer ceux que l'on possède. La polémique de Bacon eut pour résultat capital de montrer : 1" que la piiilosophie ne devait pas être une science purement spéculative, sans résultat, sans utilité pratique, mais, selon ses expressions, une science active, une science opérative, qui devait sortir enfin des écoles, où elle amusait les loisirs de quelques esprits subtils, et porter à l'esprit humain, à la société, des idées nouvelles, des principes féconds, capables de changer les mœurs, d'élever les lettres, de créer de nouvelles applications de la force et de l'industrie; S'' que l'âge d'or n'était pas derrière nous, mais devant : principe qui contient l'esprit moderne tout
piiié «I é$ Vaceroùtemmt des iciences avait été traduit sous ses yeux par Rawley et Thomas Hobbes. Antoine Lasalle fit paraître une traduction des œuvres de Baeon, Paris, 1800-1803, 15 vol in-8. H. Bouillet a donné une édition des OEu- Wêi philoicphiquet d« Bacon^ 3 vol. in-8. Paris, 1834-1835; et M. Riaux, les Œuvres philotophiques de Bacon traduites en français, en prenant pour base la traduetioadt Laaalle, dans la collection Charpentier, 2 Tol.in 12, 1842.
entier; que s'attacher à reproduire les opinions d'un grand liomme, c'est abdiquer; que l'esprit humain n'est pas fait pour s'immobiliser ainsi ; qu'il est fait pour marcher en avant, pour faire des découvertes, pour renouveler, pour agrandir, pour féconder la science et le monde. Lorsque les écrits de Bacon eurent porté ces convictions dans la plupart des esprits , la civilisation eut un avenir, et la philosophie fut chargée de l'y conduire.
Le but ainsi montré, les anciennes méthodes renversées , il fal« lait en donner une nouvelle. La méthode de Bacon est contenue dans le Novum organum. Il ne s'agit pas pour nous de faire des suppositions sur la nature et l'origine* du monde. Le monde existe; ses phénomènes nous sont accessibles ; il s'agit donc trèssimplement de les connaître, d'en étudier les lois et d'en tirer parti. La connaissance des faits est donc le point de départ de la science. Les constater, les distinguer les uns des autres, les examiner sous leurs divers aspects, voilà ce qu'il faut faire avant tout, si l'on a pour but de fonder la science, et non de repaître son esprit d'imaginations chimériques. Les faits une fois connus , il reste à découvrir leurs lois, qui sont leurs causes , et par le moyen des causes, à se rendre mattre des conséquences. Or le procédé qui nous fait arriver aux lois en partant des effets, c'est Vinducthn.
Il s'en faut bien que Tinduction soit une découverte de Bacon. Bacon n'a pas plus découvert l'induction, qu'Aristote n'a découvert la déduction ou même le syllogisme. Non-seulement Bacon n'a pas découvert l'induction , mais il n'est pas le premier, tant s'en faut, qui en ait exposé les règles. Elles sont déjà dans YOrganum d'Aristote. Bacon n'a que le mérite de les avoir approfondies , et surtout, ce qui est capital, d'avoir rendu à l'induction sa véritable place.
Bacon , en construisant son nouvel Organum , se propose de donner des règles aussi complètes de la méthode qu'il introduit que le sont dans l'ancien Organum les règles du syllogisme. Il énumère tous les genres d'observation, il en donne des exemples ; il indique pour chacun les caractères qui doivent surtout attirer
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raltention. Passant ensuite de l'expérimentation à l'induction dont elle est la base, il propose de dresser trois tables, pour être sûr de ne rien omettre : la table de présence , où sont portés tous les faits qui contiennent la cause présumée; la table d'absence, où sont portés au contraire les faits où la cause présumée ne se retrouve pas ; la table des degrés , où sont indiquées les circonstances qui tendent à infirmer la généralité du principe, ou qui du moins le montrent dans des applications diverses et inégales. Bacon se montre toujours ainsi empressé à réglementer, à classer : par exemple , il divise toutes nos erreurs en idoles de race, qui tiennent à la nature de l'esprit humain, idoles de la caverne, qui tiennent aux préjugés particuliers de chacun , idoles du forum, qui tiennent au pays, au rang, à l'époque , et idoles du théâtre, qui tiennent à l'école dont on fait partie. Il y a peutêtre quelque exagération dans ce luxe de classification ; mais ce qui lui donne de la grandeur, c'est la confiance de Bacon dans Tavenir de la révolution qu'il a fondée , confiance qui s'exprime par le soin scrupuleux d'armer tout d'un coup la nouvelle méthode de tout ce qui peut lui être nécessaire , de la constituer de toutes pièces.
Bacon n'a pas créé de système. Après avoir montré la nécessité d'une méthode nouvelle , et exposé complètement les lois de cette méthode , il s'est contenté de classer les sciences , et de faire un grand nombre d'applications partielles de la méthode înductive. Sa classification des sciences repose sur la distinction de trois facultés dans l'homme, la mémoire à laquelle correspondent les sciences historiques, l'imagination qui produit la poésie et les lettres, la raison dont la philosophie et les sciences proprement dites sont le domaine.
L'influence de Bacon a été double. Gomme réformateur, il a eu sur son siècle et sur la postérité une influence qui ne périra jamais. Gomme philosophe, et quoiqu'il n'ait pas 3ai^é de système, il a en quelque sorte donné naissance à une école sensualiste. Ge n'est pas qu'il soit lui-même expressément sensualiste; mais cette recommandation obstinée de l'expérience, et l'application constante qu'il a faite de ses principes à des exem-
pies pris dans le monde matériel , expliquent suflisamment que ses disciples les plus immédiats aient admis la doctrine de la sensation.
I( faut apprendre [et n'oublier jamais la date de la naissance de Bacon et celle de sa mort. Il est né à Londres en 1560; il est mort en 1626.
Quoiqu'on ne puisse pas dire de Bacon qu'il a fondé une école , nous citerons à côté de lui comme ayant particulièrement subi son influence , et constitué, dans la philosophie moderne, le parti du sensualisme, dont il faut bien avouer qu'en un sens il est le chef, Gassendi % célèbre par une exposition profonde et lumineuse de la philosophie d'Épicure, et par sa pressante polémique contre Descaries; Thomas Hobbes*, de Mahnesbury, le plus radical des sensualistes qui , non content d'admettre la doctrine de la sensation dans toute sa rigueur, en tira en morale et en politique toutes les conclusions qu'elle peut contenir; enfin Locke', qui fut le chef de la grande école sensualiste qui a rempli le dix-huitième siècle, et dont nous parlerons plus tard.
1. Pierre Gassendi, né en Provence en 1592, mort à Paris en 1665. On disait de lui qu^il était le plus savant des philosophes et le plus philosophe des savants.
Pétri Gassendi Opéra omnia^ Ludg., 1568, 6 vol. in-fol.; et Flor., 1727. Le principal ouvrage contenu dans ses Œuvres complètes est le Syntagma phUoso^ phi» Epicuri cum refutationibus dogmatum qua contra fidem christianam ab eo cuserta sunt, plusieurs fois imprimé à part. On a dit que dans cet ouvrage Pex position seule était sérieuse, et que la critique n'était Ih que pour faire passer l'exposition. C'est un jugement sévère, et Ton peut croire au moins que sur les points nombreux où la doctrine d'Ëpicure est inconciliable avec le christianisme, les dissentiments exprimés par Gassendi étaient sincères. Cependant le Syntagma philosophicum qui se trouve dans le tome I*' de ses OEuvres^ a bien certainement pour base la métaphysique d'Ëpicure.
2. Né en 1588| mort en 1679, ami de Bacon, de Gassendi et de Galilée. On a de lui divers ouvrages en anglais et en latin, dont nous citerons Flcmenta philosophieade cive, Paris, 1642, in-4, Amsterdam, 1G47, in-12. Leviathnn, sive de materia, Iprma et potestaie civitatis ecclesiattica: et cm7t>, en anglais; Lond. , 1651 ; in-^1.; en latin, 1C68, in-4. EUmfnta philoscphÙTj en deux parties, savoir: De homine et De corpore^ imprimées séparément en latin; Amst. , ]668> in-4. On a publié en 1787, à NeufchAtel, les OEutres philotophiques et politiques deyii. Hobbet, traduites en français par un de set amtSy 2 vol. in -8, contenant les Éléments du citoyen , le Corps politique et la Nature humaine.