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École écotsaUe

L'école écossaise, qui, comme la philosophie de Condillac, compte encore aujourd'hui des partisans parmi nous, et dont nous parlerons d'autant moins que les ouvrages qu'elle a produits sont enlre les mains de tout le monde, et qu'une partie de ses principes et de ses doctrines a passé dans notre enseignement classique, est, comme l'école de Locke, une école profondément

1. Né en 1757, mort en 1808. M. Cerise a donné une nouvelle édition de son traité des Rapports du physique et du moral de rKommet Paris, 1855.

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psychologique. Elle est d'accord avec Locke, pour placer la paychologie en tète des études philosophiques, comme une base nécessaire, indispensable; elle donne, comme lui, à la question de l'origine des idées, Timportanctf capitale qu'elle doit avoir; comme lui, elle rejette les hypothèses, et ne s'adresse qu'à l'observation lente, patiente, et à une induction prudente, mesurée. Elle diffère de la philosophie de Locke en ce qu'elle admet une source d'idées supérieure à l'expérience, et, par là, elle échappe à toutes les tristes conséquences que la philosophie de Locke a portées, en grande partie, malgré lui-même. Seulement, l'école écossaise, qui est sans contredit l'une des plus sages et des plus fécondes, et que l'on n'étudiera jamais trop, parce qu'elle ne fait que des observations exactes, et n'émet que des idées justes, est incomplète en trois points, que nous ne ferons qu'indiquer : l» Cette faculté supérieure à laquelle elle en appelle, n'est qu'une sorte d'instinct spirituel, une aptitude particulière de l'esprit à concevoir et à admettre certains principes, indépendants de l'expérience, qui ne sont autres que le sens commun ; 2» l'école écossaise, absorbée dans Tobservation des faits, néglige quelques-uns des problèmes fondamentaux de la philosophie, ou met trop légèrement les solutions de ces problèmes au nombre des desiderata qu'il faut admettre sans démonstration; nous citerons, entre autres, le problème de la légitimité de la connaissance. Une école psychologique devait débuter par ce problème, et mettre toute sa force à l'approfondir ; car il résulte évidemment des principes par lesquels on démontre la nécessité de la psychologie, que la philosophie tout entière est attachée à la question de la légitimité de nos connaissances. Cependant, tandis que l'école critique allemande ramène avec éclat la philosophie à ce problème primordial, qui, posé en tête de la science, la modifie de fond en comble, Reid et ses successeurs affectent de l'écarter sans discussion et sans examen; et, acceptant le fait comme une démonstration suffisante du droit, se contentent d'analyser nos idées pour en constater les caractères. C'est ainsi que Reid se consume à opposer des analyses plus exactes aux hypothèses captieuses sur lesquelles reposait le scepticisme de

Hume; mais il relègue parmi les chimères les objections tout autrement radicales de Rant. Z"" Enfin , dans la crainte de se perdre dans les hypothèses, l'école écossaise s'arrête, pour ainsi dire, à moitié chemin , et s'abstient de conclure ; d'où il résulte que ces analystes profonds et judicieux n'ont pas de système. Ainsi, non-seulement la question psychologique par excellence, qui est le vrai début de la philosophie, celle de la légitimité de la connaissance , est omise ou traitée d'une façon superficielle et insuffisante, mais le principe auquel on en appelle pour réfuter le sensualisme , quoique démontré et décrit avec supériorité » n'est pas déterminé par ses caractères essentiels ; et enfin , par une inconséquence inévitable dans une doctrine où l'observation n'est pas dominée par un principe simple et rigoureux, la science reste sans conclusion , et semble moins une science faite qu'un amas de matériaux pour faire la science. L'école écossaise n'est , à proprement parler, qu'une ^cole descriptive; il est vrai qu'en ce genre elle est sans rivale. La prefïïîSfeTelle a appliqué à la psychologie la méthode des sciences naturelles ; c'est la méthode de Locke , devenue vraindent scientifique. Après les écossais, il y a plutôt à ajouter qu'à refaire.

Les plus célèbres philosophes écossais, en négligeant Hutcheson *, qui n'est guère qu'un moraliste , sont Thomas Reid *, le véritable chef de l'école, Jacques Beattie*, Oswald*, Priestley*, Price^, Perguson% Adam Smith •, l'auteur de la Théorie des sen^ timents morauXy qui fait de la sympathie le principe de la morale, Thomas Paine*, Anglais, et l'un des fondateurs de la république des États-Unis, enfin, l'un des esprits les plus exacts et

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