Mègles de la définition et delà elassifieation
Lorsque par l'observation, l'analyse se trouve terminée, il reste à en e^tprimer les résultats les plus simples et les plus directs en distribuant dans un certain nombre de classes les objets que l'on vient d'observer, ou à étendre, par l'induction, à tous les faits de la même espèce, les lois que l'on a constatées dans les individus ou dans les phénomènes qu'on a pu soumettre à l'examen. Ces deux opérations ayant l'une et l'autre pour objet de remonter aux principes, aux vues d'ensemble, aux théories générales, appartiennent à cette partie de la méthode que nous avons appelée synthèse, et qu'on ne peut, ainsi que nous l'avons fait voir, ni construire légitimement, si elle n'est précédée d'une analyse complète, ni supprimer, sans rendre l'analyse inutile.
Abstraire, généraliser, définir, telles sont les opérations qui précèdent la classification ; en effet, si je veux ramener à une certaine régularité les observations que j'ai faites, mon premier soin doit être de les comparer entre elles, de les réunir par leurs ressemblances essentielles, et d'exprimer leur essence avec toute la précision dont je serai capable. Nous savons déjà ce que c'est qu'abstraire et généraliser, car l'abstraction et la généralisation sont des facultés intellectuelles que nous avons étudiées en psychologie ; mais nous devons nous arrêter un peu sur l'usage et les règles de la définition ^
La définition d'ailleurs, déjà fort importante dans les sciences
1. Yoy., sur la nature de la déOnitioD, la première partie de la Logique, chap. m, S 1.
aô8 LOGIQUE.
âspérimentales , Teât encore plus dans les sciences déductires^ qui commencent par poser des définitions et des àxlomet dont elles font ensuite tout dépendre.
La définition est de deux sortes : définition de mots, et ^définition de chose. Elle se fait par le genre prochain et la difiérence prochaine. Elle suppose donc la généralisation, en même temps qu'elle est Tinstrument de la classification.
< Il y a trois choses nécessaires à une bonne définition^ : qu'elle soit universelle, qu'elle soit propre, qu'elle soit claire.
I» Il faut qu'une définition soit universelle, c'est-à-dire qu'elle comprenne tout le défini. C'est pourquoi la définition commune du tempsy que c'est la mesure du mouvementy n'est peut-être pas bonne, parce qu'il y a grande apparence que le temps ne mesure pas moins le repos que le mouvement, puisqu'on dit aussi bien qu'une chose a été tant de temps en repos, comme on dit qu'elle s'est remuée pendant tant de temps ; de sorte qu'il semble que le temps ne soit autre chose que la durée de la créature en quelque état qu'elle soit.
2* Il faut qu'une définition soit propre, c'est-à-dire qu'elle ne convienne qu'au défini.
3* Il faut qu'une définition soit claire, c'est-à-dire qu'elle nous serve à avoir une idée plus claire et plus distincte de la chose qu'on définit, et qu'elle nous en fasse, autant qu'il se peut, comprendre la nature ; de sorte qu'elle puisse nous aider à rendre raison' de ses principales propriétés. »
Quant à la définition de mots telle que l'entendent les grammairiens, elle est d'une grande importance dans la discussion et dans l'exposition d'une doctrine. Non«seulement par une définition exacte, on donne plus de précision et de clarté au discours, mais on évite les malentendus dans lesquels on pourrait tomber, si celui qui parle employait le mot dans un sens, et qu'il fût entendu dans un autre sens par celui qui écoute. Souvent on se trompe soi-même, lorsqu'un mot est léquivoque, en