DE LA DÉFINITION KT DE LA CLASSIFICATION
le prenant dans le cours du même raisonnement suivant ses acceptions diverses. Rien ne concourt plus efficacement h l'a* vancement d'une science qu'une langue bien faite; rien n'en retarde plus longtemps les progrès qu'une langue équivoque et embarrassée.
Faire une classification, c'est distribuer les individus dans un certain nombre de genres, et les genres dans les genres plus généraux de manière à établir entre eux un ordre régulier. Par exemple, s'il s'agit de classer les livres d'une bibliothèque, on pourra les diviser d'abord en histoire et en philosophie, l'histoire en histoire ancienne et histoire moderne, l'histoire ancienne suivant les différents peuples; et même on distinguera les histoires générales, les histoires particulières, les mémoires. On agira de la même façon pour les autres parties, et l'ensemble de ces divisions et subdivisions est proprement ce qu'on appelle une classification. L'utilité d'une bonne classification est si évidente, qu'il n'est pas besoin de la démontrer.
Toute la difBculté consiste à choisir un bon principe de classification. Si l'on passe d'un principe à l'autre, le système entier n*a plus de régularité, les classes ne dépendent plus les unes des autres, et leurs rapports sont à peine aperçus. Si l'on choisit pour principe de classification un caractère peu saillant, on donne à ce caractère une importance exagérée, et l'on se trouve amené à séparer des choses que le sens commun et l'évidence réuniront toujours, à en unir qui seront toujours séparées. Si au contraire on s'étudie à choisir un caractère très-eitérieur, très en vue, il est à craindre que pour les individus qui avoisinent une espèce différente, ce principe de classification ne soit plus suffisant. Enfin, il faut aussi éviter de faire des divisions trop inégales, de mettre tous les individus dans une classe, et quelques-uns teule<ment dans l'autre.
Voici donc les règles qu'il faut s'attacher à suivre : l"" la classification doit être fondée sur un seul principe ou sur des principes analogues ; 2* le caractère que l'on choisit pour principe de classification doit être un caractère constant, et non pas un caractère
SeO LOGIQUE.
transitoire ou accidentel, qui rendrait, en disparaissant, la classification illusoire; d^" il faut, autant que possible, choisir un caractère fourni par la nature môme des objets classés, car sans cela, la classiûcation a quelque chose de vain et de chimérique ; cepen* dant, il arrive que certains objets ne fournissent aucun caractère propre à servir de base à une classiûcation, et alors on est contraint de recourir à un principe arbitraire» qu'il &ut choisir très*simple, et conserver invariablement dans toute la construction du système; 4<' il faut préférer à tout autre, quand cela se peut, un caractère saillant et facile à reconnaître, mais en ayant soin que ce caractère appartienne d'une manière claire et sensible à tous les individus de la classe. S'il s'agit, par exemple, de distinguer les animaux et les végétaux, une différence qui saute aux yeux, c'est que les animaux possèdent la locomotion spontanée, tandis que les végétaux sont attachés au sol; cependant pour quelques individus, placés à l'extrême limite des deux genres, ces différences ne sont pas appréciables, et l'on ne saurait dire en se servant de ce critérium, s'ils doivent être rangés parmi les animaux ou parmi les végétaux; b"* enâUi la classification doit être entendue de manière à faire des classes à peu près égales ; s'il y avait dans une branche toute la France, et dans l'autre une commune» cet arrangement bizarre détruirait évidemment tout l'avantage qu'on attend d'une classification.
Toutefois, cette dernière règle n'est pas tellement absolue qu'on ne doive la faire céder à l'avantage de séparer les classes par un principe important qui roule sur des différences réelles et considérables. La régularité d'une classification en augmente l'utilité et la beauté; mais avant tout, il faut qu'elle soit fondée sur la nature des choses. La régularité n'a de prix qu'à la condition de n'être pas conquise aux dépens de la nature et de la vraisemblance.