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Esprit du loiSj \ii. VI, ehap. i, n, xu, iv, m

délicats de la morale, c'est de déterminer, en certaines circonstances, les limites de Tobéissance due aux magistrats.

Un premier cas se résout toutefois avec facilité : si le magistrat se met en opposition avec la loi, il est clair qu'il perd tout droit à l'obéissance ; car, quel est le fondement de son autorité? c'est la loi. Et quel est l'objet de la fonction dont il est investi? l'exécution de la loi. Si donc il ne commande pas au nom de la loi, il ne parle plus qu'au nom de sa volonté particulière ou de son caprice, il n'est plus magistrat, il n'a plus aucune autorité légitime.

Voici un second cas, celui où le magistrat commande, non à rencontre de la loi, mais dans le silence de la loi. Nul doute que s'il commande une chose injuste en soi, ou seulement pr^udiciable à l'intérêt du citoyen, le droit de celui-ci ne soit de résister. Et déjà toutefois les limites de la désobéissance légitime se resserrent. Mais le cas véritablement difficile, c'est celui où le magistrat commande régulièrement au nom d'une loi injuste. Quel est alors le devoir du citoyen, et quel est son droit?

On a justement distingué deux sortes de désobéissances : la désobéissance passive, qui consiste à s'abstenir purement et simplement de l'action prescrite, en courbant la tète sous la sanction de la loi ; la seconde est la désobéissance active, c'est-à-dire l'insurrection. Dans le cas dont il s'agit, nous ne pensons pas qu'on puisse contester que la désobéissance passive soit un droit et même un devoir; c'est le sens de cette maxime dont on a tant abusé, mais qui reste en soi juste et sacrée: Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux-hommes. En d'autres termes, entré la justice éternelle et celle qui passe, quand il y a opposition, le choix de l'homme de bien ne saurait être douteux. Les plus cruels tourments, la prison, la mort même, ne peuvent arrêter ici celui qui a pris pour règle de sa vie de préférer la justice à tout le reste. Quant à la désobéissance active, les terribles abus qu'elle a entraînés à toutes les époques de l'histoire sont sans doute une grande leçon pour les individus et pour les peuples. Et, certes, si un certain fanatisme s'est servi de cette maxime : Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, pour couvrir mille

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actes impies, qui ne sait combien de violences et de désordres ont été mis sous la protection de cette autre maxime, invoquée par un autre fanatisme, non moins dangereux que le premier : L'insurrection est le plus saint des devoirs? Toutefois, l'amour le plus légitime de l'ordre et de la paix ne saurait faire oublier qu'il est des moments dans la vie des peuples, moments terribles et solennels dont nulle intelligence d'homme n'a le secret, où un irrésistible instinct soulève une nation entière contre un pouvoir usurpé, et où la Providence ell&-méme semble déchaîner la force populaire pour exécuter ses arrêts.

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DEVOIRS DB l'homme ENVERS DIEU.

Bien que la détermination des devoirs de l'homme envers Dieu suppose à la rigueur l'existence de Dieu démontrée et ses prin* cipaux attributs établis, nous Hé voyons aucun inconvénient bien sérieux à placer ici cette partie importante des obligations humaines. La morale et la théodicée sont des sciences si étroitement unies que c*est une nécessité inévitable pour chacune d'elles de faire à l'autre de perpétuels emprunts. Au surplus, nous ne ferons que toucher ici la question du culte, préférant, dans une matière si difficile, renvoyer nos lecteurs aux grands maîtres qui ont pu la traiter avec autorité et l'approfondira

Il suffit, nous l'avons vu, de l'idée du bien fournie par la raison pour donner à la morale une base solide. Mais du moment que l'esprit humain, atteignant l'existence divine, y a trouvé la dernière raison de toutes les vérités, l'idée du bien et la morale tout entière prennent ua caractère religieux. Le devoir n'est plus seulement une obligation rationnelle; c'est un ordre de la Divinité. L'accomplissement du devoir n'est plus seulement un acte digne d'une créature intelligente; c'est un culte. Au sentiment du mérite s'unit l'espérance, et à la douleur secrète du coupable, la crainte des jugements de Dieu. Mais est-ce là le culte tout entier? Ce serait une grande erreur de le croire.

L'idée de Dieu suscite dans toute âme humaine, à des degrés divers, un certain nombre de sentiments particuliers, les plus élevés et les plus profonds de notre nature, dont l'ensemble com-

1. Voy. Fénelon, Lettres sur divers sujets de métaphysique et de religion, lettre ii; Clarke, Discours sur les devoirs immuables de la religion naturelle; Kant, Principes métaphysiques de la morale, trad. de M. Tissot, p. 419; Dugaid Stewart, Philosophie des facultés actives et moraUSy liv. liï.

pose le sentiment religieux. On a soutenu que ce sentiment n'avait pas ses racines dans la nature^ qu'il était le résultat de l'éducation et de l'habitude. Cette tiiéorie est démentie par. une observation attentive du cœur humain. Tous les êtres avec lesquels nous sommes en rapport éveillent en nous des sentiments divers, suivant les qualités que nous y apercevons ; et celui-là qui possède toutes les qualités» sublimes et touchantes, n'éveillerait en nous aucun sentiment I Pensons-nous à Tessence infinie de Dieu, nous pénétrons-nous de l'idée de sa toute-puissance, nous rappelons-nous que la loi morale exprime sa volonté, et qu'il a attaché à l'accomplissement et à la violation de cette loi des récompenses et des peines dont il dispose avec une justice inflexible et dans ce monde et dans un autre î Nous ne pouvons nous défendre d'une émotion de respect et de crainte à la pensée d'une telle grandeur. Puis, si nous venons à considérer que cet être tout-puissant a bien voulu nous créer, nous dont il n'a aucun besoin ; qu'en nous créant il nous a comblés de bienfaits, qu'il nous a donné cet admirable univers pour jouir de ses beautés toujours nouvelles, la société pour agrandir notre vie dans celle de nos semblables, la raison pour penser, le cœur pour aimer, la liberté pour agir ; sans disparaître, le respect et la crainte se teignent d'un sentiment plus doux» celui de l'amour. L'amour, quand il s'applique à des êtres faibles et bornés, nous inspire de leur fiiire du bien ; mais en lui-même, il ne se propose pas l'avantage de la personne aimée ; on aime un objet beau ou bon, parce qu'il est tel, sans regarder si cet amour peut être utile à son objet ou à nous-mêmes. A plus forte raison, Tamour, quand il remonte jusqu'à Dieu, est-il un pur hommage rendu à ses perfections : c'est répanchement naturel de l'flme dans un être infiniment aimable.

Le respect et Famour composent ce qu'on appelle l'adoration. L'adoration véritable n'est pas sans l'un et l'autre de ces deux sentiments. Si vous ne considérez que le Dieu tout-puissant, maître du ciel et de la terre, auteur et vengeur de la justice, vous faites une religion de la peur : vous accablez l'homme sous le poids de la graudeur de Dieu et de sa propre faiblesse, vous le condamnez

à un tremblement continuel dans l'incertitude des jugements de Dieu ; vous lui faites prendre en haine et ce monde, et la vie, et lui-môme qui est toijgours rempli de misères. C'est vers cette extrémité que penche Port-Royal. Lisez les Pensées de Pascal ; dans sa superbe humilité, Pascal oublie deux choses : la dignité de l'homme et la bonté de Dieu. D'un autre côté, si vous ne voyez que le Dieu bon et le père indulgent, vous tombez dans la mysticité chimérique de Fénelon et de sainte Thérèse. En substituant l'amour à la crainte, peu à peu, avec la crainte, on court risque de perdre le respect. Dieu n'est plus un maître, il n'est plus même un père; car l'idée de père entraîne encore jusqu'à un certain point celle d'une crainte respectueuse ; il n'est plus qu'un ami, quelquefois qu'un amant. La vraie adoration ne sépare pas l'amour et le respect; c'est le respect animé par l'amour*.

L'adoration est un sentiment universel. Il difière en degré selon les différentes natures; il prend les formes les plus diverses; souvent même, il s'ignore lui-même; tantôt il se trahit par une exclamation partie du cœur, devant les grandes scènes de la nature et de la vie ; tantôt il s'élève silencieusement dans l'âme muette et pénétrée; il peut s'égarer dans son expression, dans son objet même ; mais au fond il ne change pas. C'est un élan de l'âme spontané, irrésistible ; et quand la raison s'y applique, elle le déclare juste et légitime. Quoi de plus juste en effet que de redouter les jugements de celui qui est la sainteté même, qui connaît nos actions et nos intentions, et qui les jugera comme il appartient à l'étemelle justice ? Quoi de plus juste que d'aimer la parfaite bonté et le principe même de tout amour? L'adoration est d'abord un sentiment naturel ; la raison en fait un devoir.

Le sentiment religieux, considéré dans ses manifestations ex^ térieures, s'appelle le culte. Le culte ne crée pas le sentiment religieux; il l'exprime, il s'y attache, il l'épure, le ravive, le dé* veloppe, lui donne un corps. La question du culte se réduit donc à savoir s'il est utile et s'il est obligatoire d'entretenir dans l'âme

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