‹ Manuel de philosophieChapitre 64 sur 129 · Voy. la seconde Méditation · texte numérisé non relu

Voy. la seconde Méditation

414 THÉODIGËE.

preuve, c'est qu'il est possible d'imaginer une chaîne de causes secondes se soutenant Tune par l'autre à l'infini, sans qu'on soit obligé de s'arrêter à une cause première. Glarke a parfaitement mis en lumière l'absurdité de cette supposition : « Je dis que si l'on envisage ce progrès à l'infini comme une chaîne infinie d'êtres dépendants qui tiennent les uns aux autres, il est évident que tout cet assemblage d'êtres ne saurait avoir aucune cause externe de son existence, puisqu'on suppose que tous les êtres qui sont et qui ont été dans l'univers y entrent. Il est évident, d'un autre côté , qu'il ne peut avoir aucune cause interne de son existence, parce que dans cette chaîne infinie d'êtres, il n'y en a aucun qui ne dépende de celui qui le précède, et qu'aucun n'est supposé exister par lui-même et nécessairement, ce qui pourtant est la seule cause intérieure d'existence qu'il soit possible d'imaginer, comme je le ferai voir amplement tout à l'heure. Or, si aucune des parties n'existe nécessairement, il est clair que le tout ne peut exister nécessairement, la nécessité absolue d'exister n'étant pas une chose extérieure, relative et accidentelle» mais une propriété essentielle de l'être qui existe nécessairement. Une succession infinie d'êtres indépendants, sans cause indépendante et originale, est donc la chose du monde la plus impossible. C'est supposer un assemblage d'êtres qui n'ont ni cause intérieure, ni cause extérieure de leur existence, c'est-à-dire des êtres qui, considérés séparément, auront été produits par une cause (car on avoue qu'aucun d'eux n'existe nécessairement et par lui-même), et qui, considérés conjointement, n'auront pourtant été produits par rien; ce qui implique contradiction. Or, s'il y a de la contradiction à s'imaginer qu'il en est ainsi maintenant, il n'y en a pas moins à supposer que les choses ont été ainsi de toute éternité, puisque le temps ne fait rien à l'affaire. Il s'ensuit donc qu'il faut de toute nécessité qu'un être immuable et indépendant ait existé de toute éternité.

J'argumente d'une autre manière, et je dis qu'il faut ou reconnaître qu'il y a toujours eu un être indépendant et immuable, de qui tous les autres êtres tirent leur origine, ou admettre une succession infinie d'êtres dépendants et sujets au changement,

qui se sont produits les uns les autres dans un progrès à l'infini, sans aucune cause première et originale. Suivant cette dernière supposition, il n'y a rien dans l'univers qui existe par lui-même et nécessairement. Or, si rien n'existe nécessairement, il est évident qu'il est tout aussi possible que rien n'ait existé de toute éternité qu'il est possible que cette succession d'êtres changeants et muables ait eu l'existence. Mais cela supposé, je voudrais bien qu'on me dit par qui et comment cette succession d'êtres a été de toute éternité plutôt déterminée à être qu'à n'être pas. Ce n'a pas été une affaire de nécessité , puisque , par la supposition même, ces êtres ont aussi bien pu n'exister pas qu'exister. Ce n'a pas été un coup de hasard ; car le hasard est un nom vide de sens, un grand mot qui ne signifie rien. Ce n'a pas été enfin l'ouvrage de quelque autre être, puisqu'on suppose qu'il n'y en avait aucun auparavant aucun. Puis donc qu'ils n'existent point par aucune nécessité'de nature ou d'essence (car aucun d'eux n'est supposé eiister par lui-même), et puisque aucun autre être n'a pu les déterminer à exister, comme je viens de le dire, il s'ensuit que rien ne les a déterminés à exister, e'est-à-dire que de deux choses également possibles (savoir, l'existence et la non-existence de quelque chose) , l'une est arrivée plutôt que l'autre par la détermination du pur néant, ce qui est absurde et contradictoire. D'où je conclus, comme ci-dessus, qu'il faut nécessairement qu'un être immuable et indépendant ait existé de toute éternité K »

A ces raisonnements de Glarke contre la possibilité d'un progrès à l'infini de causes secondes , on peut ajouter une dernière et décisive considération.

Les athées supposent, au-dessus des causes secondes qui forment cet univers, une autre série de causes secondes qui en supposent une troisième , et ainsi de suite. On peut les arrêter dès le premier pas et leur dire que,' lorsqu'il s'agit d'expliquer l'existence d'un phénomène, une cause seconde suffit, mais que , pour expliquer une cause seconde , une cause première est ab«

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