A NOTRE CORPS
Le rôle de la sensibilité est d'aider l'homme dans Taccomplissement de sa destination. Or, la destination de l'homme est sans doute simple et une au fond; mais assurément aussi, l'homme n'y peut atteindre que par le concours de tous les principes de sa nature, et par une infinité d'actions dont les instruments dif* fèrent, ainsi que les objets. Chacune de ces actions a son but propre, et chacun de ces principes ses fonctions particulières, qui, au regard de la fin suprême et dernière de la vie, ne sont que des moyens , mais prises en elles-mêmes , sont autant de fins spéciales et diverses, en lesquelles se subdivise la destination totale de l'être humain. Nos sentiments et nos penchants se conforment à cette diversité; il y en a autant de sortes qu'il y a d'é-* léments de notre nature appelés à concourir à notre bien, d'actions à exécuter par chacun d'eux, et de buts particuliers à atteindre pour aller au but final. Il s'y approprient, avec une exactitude merveilleuse, en nombre, en nature, en degré.
Je commencerai par ceux qui se rapportent à notre corps. Notre corps n'est pas nous; sa fin n'est pas notre fin dernière; son bien n'est pas notre bien suprême. Mais il y sert et il y peut nuire; la conservation et le bon état du corps sont, dans les circonstances présentes, la condition de la vie et de la santé de l'être intelligent et moral en nous. Il est bon d'être savant ; il est beau d'être vertueux ; il est nécessaire de servir sa famille et sa patrie; mais d'abord il faut vivre. Or, le soin de notre corps est difficile, minutieux, de tous les jours et de tous les instants. Il est au-dessus de la prévoyance bornée de nos esprits , et notre volonté paresseuse y succomberait d'ailleurs. De là un certain