‹ Manuel de philosophieChapitre 10 sur 129 · APPÉTITS RELATIFS AU CORPS · texte numérisé non relu

APPÉTITS RELATIFS AU CORPS

nombre d'instincts et d'appétis sensibles, par lesquels la Providence veille au bien du corps et en assure la conservation, l'entretien le développement, la défense. De tous nos penchants, ce sont ici les plus impérieux et les plus vifs» sinon les plus nobles. C'est que la nature a sagement proportionné le degré de nos penchants, je ne dis pas à la dignité, mais à l'urgence des besoins, et que, de toutes les nécessités humaines, la première est de vivre. Je citerai seulement quelques-uns de ces appétits comme exemples. Dans cette description, je ne m'arrêterai pas à faire exactement la part de ce qui appartient à l'âme et de ce qui appartient au corps. Le discernement en est facile. Les sensations de peine et de plaisir sont, dans ces phénomènes, le seul élément vraiment psydiologique ; mais elles sont causées par certains états de l'organisme et engendrent à leur tour dans le corps et dans les membres des mouvements qu'on ne peut pas séparer tout à fait» quoique leur description exacte soit du ressort de la physiologie.

1 . La substance de notre corps se perd et s'épuise continuellement; il faut qu'elle soit périodiquement renouvelée, et la réparation proportionnée à la dépense. Or, cette nécessité et sa mesure, et les moyens d'y pourvoir, un enfant les ignore tout à fait» un homme ne les connaît pas assez bien. Et, quand il saurait tout cela, il ne serait pas encore garanti contre l'oubli, les distractions et la paresse.

Aussi , autant de fois que le corps épuisé a besoin d'aliments, nous ressentons une douleur spéciale, celle de la faim et de la soif, qui nous avertit de la nécessité de l'acte réparateur. Commencé, le plaisir l'accompagne et nous y retient; devenu inutile et bientôt nuisible» la satiété nous en détourne. Quant au choix des aliments, il n'est pas laissé non plus à des expériences qui ne manqueraient pas de nous être fatales, avant d'avoir pu nous instruire assez. La nature y a affecté les plaisirs et les peines du goût et de l'odorat. En thèse générale, et sauf corruption de l'habitude, ce qui agrée à ces deux sens est un aliment sain, ce qui leur répugne est poison.

Voilà le côté afliectif» et voici maintenfiit le côté actif du phé-

nomène. L'enfant tourmenté par la faim exprime sa douleur par des cris. Ce que veulent dire ces cris, il Tignore ; mais la nature, qui les lui inspire, le sait pour lui; ils éveillent la sollicitude et appellent les soins de la mère. Et, pour le dire en passant, s'il est inspiré à l'homme comme à l'enfant , en face d'un péril imprévu, de pousser un cri d'effroi, c'est que les hommes sont faits pour s'entr'aider, pour recevoir et donner mutuellement les secours que ce cri demande. Mais revenons à l'enfant. Ses cris ont appelé de l'aide; l'aliment approché de sa bouche détermine aussitôt des mouvements dirigés avec la plus parfaite précision. < Sucer et avaler, dit Reid, sont des opérations très-complexes. Les anatomistes ont décrit environ trente paires de muscles employés dans la succion, chacun de ces muscles doit être servi par son nerf propre, et ne peut agir que par l'influence de ce dernier ; l'action de tous ces muscles et de tous ces nerfs n'est pas simultanée; ils doivent se mouvoir dans un certain ordre, et cet ordre n'est pas moins nécessaire que l'action elle-même. Cette suite régulière d'opérations est exécutée selon les règles de l'art le plus délicat, par l'enfant qui ne possède ni art, ni science, ni expérience, ni habitude. » L'intelligence règle pour l'homme fait et la civilisation lui épargne l'activité nécessaire à la satisfaction des appétits de la faim et de la soif; mais ne trouveraiton pas dans la vie des peuples sauvages des exemples d'une activité instinctive, toute pareille à celle de l'animal à la recherche et à la poursuite de sa proie?

2. Notre corps est exposé à des dangers et menacé par des ennemis de toute sorte. Il peut être à chaque instant brisé par les atteintes des puissances de la nature; il porte au dedans de soi le germe de ces désordres souvent mortels qu'on nomme des maladies. Comment se défendra-t-il contre une attaque imprévue qui l'accable avant que rien l'ait annoncée à l'intelligence, avant que la volonté, par conséquent, ait pu commander le mouvement nécessaire de résistance ou de fuite? Comment surtout se préservera-t-il de cet ennemi intérieur, qui le mine sourdement, sans qu'il s'en doute? Il ne le voit pas; mais, par cela

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