‹ Manuel de philosophieChapitre 99 sur 129 · Ib, y et cf. chtp. vii · texte numérisé non relu

Ib, y et cf. chtp. vii

rance et le souvenir n*en sont que des reflets. Mais il n'y a pas pour Dieu d*espérance et de souvenir; Téternité est toujours présente; il possède éternellement et continûment le bonheur parfait dans la contemplation de lui-même ^ Simple dans sa substance^ étemel dans sa durée , complet dans son intelligence, heureux par sa nature même , tels sont les attributs du moteur immuable ; et c'est là Dieu *.

Voilà sa nature ; quelle est son action sur le monde ? Il n'agit pas comme force motrice, puisqu'il n'y a en lui aucune puissance de créer ou de mouvoir à titre de force. Dans le sens ordinaire du mot cause, on peut dire qu'il n'est pas cause; il est l'être absolu, et n'est que cela ; son action commence et finît en lui ; il se suffit à lui-même, et n'a besoin de rien, ni pour être, ni pour se développer ; car son unité est si entière, qu'il n*y a pas en lui de développement : ce n'est pas là le Dieu-Cause à qui l'effet est nécessaire, comme il est lui-même nécessaire à l'effet ; c'est le Dieu de Parménide : s'il n'est pas seul, comme le Dieu de Parménide, il est comme lui solitaire. Pour Parménide, il n'y a que Dieu ; pour Aristote, il y a Dieu et le monde ; mais le monde ne fùt-il point , son Dieu serait encore ce qu'il est , tel qu'il est. Le seul lien qui unisse le monde à Dieu, c'est la beauté de Dieu et l'amour du monde.

Il n'y a qu'un Dieu, puisqu'un Dieu suffit pour expliquer le monde ; et comment y en aurait-il plusieurs, si la nature divine est un acte sans matière? Dieu est à la fois simple et unique *. L'unité et l'harmonie du monde résultent de l'unité de la cause finale. II ne se perd pas de mouvement dans la nature des choses : c'est dire que l'inutile en est banni comme le vide \ Tout se tient, tout s'enchatne , parce que tout conspire à un but , et au même but. La différence est nécessaire à l'ordre même, et tous les êtres n'importent pas également à l'harmonie de l'ensemble. Il faut, dans une famille, des hommes libres et des esclaves; mais un

Page 1