‹ Manuel de philosophieChapitre 98 sur 129 · Mit. y XII, chap. n et vn · texte numérisé non relu

Mit. y XII, chap. n et vn

544 mSTOIRË 0£ LA PHILOSOPHIE.

intelligence ? Il faut bien qu'il le soit, et même l'intelligence la plus parfaite, car il vaut mieux connaître que de ne pas connaf tre, et par conséquent Dieu connaît. Un être n'est véritablement grand qu'à condition de le savoir. Si Dieu était cet être éternel et infini que découvre notre pensée , et qu'il le fût sans le savoir^ notre intelligence serait supérieure à lui. Où est la majesté de ce qui s'ignore? Si Dieu ne pense pas, où s'adressent nos respects*? L'intelligence en soi et l'intelligible appartiennent à la même catégorie, à la catégorie de la perfection '. L'être parfait a la plénitude de l'intelligence, car c'est une condition de la perfection ; il est l'objet propre de la pensée, car c'est la conséquence de la perfection. Le suprême intelligible, la suprême intelligence, voilà ce que Dieu est éternellement dans son unité parfaite. Si l'acte est supérieur à la puissance , et la pensée en acte à la pensée en puissance, la pensée la plus parfaite est celle qui comprend le plus parfaitement l'objet le plus parfai.de la pensée. C'est la pensée de Dieu appliquée à Dieu lui-même *. Dans cet acte éternel où c'est Dieu qui pense, et Dieu qui est pensé, l'unité divine demeure; car la plénitude de la possession constitue l'identité parfaite du sujet et de Tobjet; tout est complet, tout est analogue, tout est et demeure un et simple.

Nous sommes aussi, nous faibles hommes , une intelligence ; l'objet propre de notre pensée, c'est l'être; mais parce que notre force n'est rien, et que notre pensée est pleine d'imperfection et de faiblesse, notre intelligence , même éclairée par la philosophie, s'use souvent sans arriver à la vérité. Tantôt elle s'arrête à de vaines apparences, tantôt elle s'égare sur des objets indignes d'elle. Si quelquefois, l'effort étant tout ce qu'il peut être, la pensée humaine se développe sans restriction, suivant toute sa portée, la connaissance qui en résulte est comme un rayon qui illumine l'âme entière et nous fait tressaillir de bonheur. Veiller, sentir, penser, ce n'est qu*un éclair : le bonheur est là. L'espé-

Page 1