‹ Manuel de philosophie ancienne (volume 2)Chapitre 3 sur 33 · X AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

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dans le temps. Mais ce travail est surtout utile à celui qui croit que la doctrine vraie explique toutes les pensées conçues par les hommes. Le lecteur ne se plaindra donc pas de rencontrer un système au fond de tous mes jugements; l'ordre, la clarté, l'utilité même d'une histoire dépendent d'ailleurs de l'adoption de quelque système, dût-il être réprouvé, et pour>'u qu'il ne soit pas trop exclusif. Or, ici , l'on peut dire que le système est composé pour l'histoire bien plus encore que l'histoire n'est arrangée pour le système.

On voit que le plan de ce livre me permettait d'écrire à mon choix une exposition très-étendue, et, s'il se pouvait, complète, des doctrines philosophiques des anciens, ou un résumé assez succinct de chacune d'elles. Je ne me sentais ni la force ni l'érudition nécessaires pour entreprendre le premier ouvrage , qui remplirait une vie entière : le second ne m'aurait pas satisfait moi-même. J'ai donc voulu étudier, puis faire connaître les principales de ces doctrines, dépouillées de toutes formes banales. Je suis remonté jusqu'aux sources; je me suis autant que possible attaché aux expressions littérales des philosophes, même des plus anciens, et j'ai traduit textuellement les passages les plus importants que l'érudition moderne a mis en lumière. A l'histoire de la philosophie, j'ai joint l'histoire des méthodes particulières et des sciences en ce qu'elles présentent d'essentiel , et plus d'une fois il m'est arrivé de voir sous un aspect nouveau des principes que les philosophes sans science ou les savants sans philosophie ont confondus ou méconnus. Enfin j'ai cru devoir exposer dans une introduction comment je comprenais l'origine , la marche et le mélange des idées dans l'humanité , et les raisons

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qui me portaient à classer, à limiter comme je Val Mi et les doctrines et cette antiquité même que je devais étudier.

J*ai eu soin d'indiquer mes sources avec toute la précision possible , et non sans les avoir vérifiées moi-* même , au moins sauf d'assez rares exceptions ; j'ai employé les meilleures éditions des principaux compilateurs anciens , et j'ai fait aussi un fréquent usage des textes grecs , si heureusement travaillés et si corrects , publiés par MM. Ritter et Preller (1) et par M. Brandis ("2), surtout en ce qui concerne les fragments des plus anciens philosophes. Le premier de ces deux ouvrages , et le seul aussi dont je connaisse le texte , m'a fourni d'excellentes indications ; c'est un livre utile , très-savant et ''très-bien fait , mais sans philosophie. On comprend , du reste , que l'esprit et le plan de mon travail aient dû me rendre les travaux antérieurs à peu près inutiles pour tout ce qui ne regarde pas la pure érudition. Je n'ai presque jamais choisi, comparé, rapproché les textes que par moi-même. On me saura gré , je l'espère , de les avoir fournis si nombreux que la plupart de mes pages ressemblent à des centons composés avec les pensées des anciens ; de m'être tenu beaucoup plus près qu'on n'a jamais fait de la rigueur abstraite de ces pensées, ou d'en avoir fidèlement reproduit les formes et la couleur. Mais il y avait là de grandes difficultés à surmonter, et je prie qu'on m'accorde de l'indulgence.

Je dois des remercîments à l'un de mes anciens oama-

(1) Historia philosophisB grteco-romaïue ex fontium locts contexta. Hamburgi, {2) Manuel d'histoire de la philosophie gfècque-tûmatne, 1. 1, Berllâ, 1835, ail.

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rades de l'École polytechnique, M. E. Carteron, qui, en relisant les épreuves de ce livre, m'a fourni sur les parties relatives à Thistoire et à la littérature anciennes des remarques et des rapprochements intéressants où l'on reconnaîtra une érudition spéciale. Mais il est surtout une chose que je ne dois point négliger de dire : de longs entretiens sur les questions fondamentales de la métaphysique, avec un ami qu'il n'est pas temps encore de nommer, et qui en a fait depuis plusieurs années l'objet habituel de ses réflexions, ont imprimé quelquefois sur mes idées les traces des siennes. Ces communications mutuelles ont été , malgré les différences profondes qui nous séparent , favorisées par un accord frappant dans quelques-uns des principes de la haute logique. Accoutumé, comme il Tétait lui-même, à donner une grande place à la croyance dans les fondements de la science , j'ai mis à profit des analyses sur la foi , sur la liberté , sur l'intervention de l'idée de liberté dans celles du savoir et de la certitude , qui sont , pour lui , le résultat d'études sérieuses et de méditations suivies, et qui joueront un rôle important dans ses travaux : la publication n'en étant pas prochaine, c'était une raison de plus pour constater ici que les vues générales qui les dominent lui sont tout à fait personnelles.

Ainsi je présente au public un ouvrage qui m'a occupé long-temps de diverses manières et à l'achèvement duquel j'ai consacré exclusivement trois années. Ceux qui seront amenés à consulter ce Manuel y trouveront, je l'espère, des indications exactes : il aurait fallu les donner en vrai disciple des' anciens , partageant leurs idées et parlant leur langue philosophique. Et ceux qui vou-

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dront pénétrer jusqu'à la pensée intime de l'auteur au^ ront à juger la valeur d'une philosophie née d'elle-même, loin des écoles du jour, dans un esprit indépendant qui s'était autrefois formé à d'autres études.

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