‹ Manuel de philosophie ancienne (volume 4)Chapitre 2 sur 94 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

zième siècles; enfin l'élément nouveau est vivace, et déjà tout un monde d'idées s'en est échappé. Mais d'un autre côté la réforme religieuse éludée en France y devient plus exigeante, le problème scientifique pur est abandonné, toute question se fait politique ou sociale, l'Europe est entraînée par la France, et la philosophie n'est plus qu'un nom, hors celle qui sert les passions du moment.

A notre âge appartiennent toutes les restaurations ; mais il semble qu'au milieu de la fureur d'érudition qui nous possède, et de l'ardeur qui nous pousse à l'explication, à l'interprétation universelles, la grande philosophie française, celle du dix-septième siècle, celle qui nous a donné la méthode, et la science, et presque tout l'esprit que nous avons, n'a pas encore trouvé un interprète assez dévoué.

C'est dans cette philosophie cependant que le rapide aperçu que je viens de donner du mouvement des esprits depuis trois siècles m'apprend à chercher le point central de la doctrine moderne et le nœud de son histoire. Le titre donné à cet ouvrage sera donc justifié, si je parviens à représenter dans leur origine tous les éléments historiques qui ont pu contribuer en quelque chose à faire atteindre à la p^sée -la station qu'elle occupe de nos jours , et si j'essaye ensuite de définir la méthode et les principes premiers de la philosophie, tels qu'ils se poseront naturellement devant moi à la fin de mon analyse historique.

La philosophie étant éminemment la scieace des sciences, je devrai embrasser, autant que possible, son application aux sciences particulières, et insister plus qu'on ne le fait ordinairement sur la philosophie naturelle. La physique cartésienne, jusqu'ici méconnue, revendiquera la part immense à laquelle elle a droit dans les derniers progrès de cette science, et cet admirable monument d'un grand génie sera analysé dans ses éléments et relevé dans son ensemble. L'histoire de la philosophie des mathématiques sera enfin éclaircie dans certains de ses principes généraux.

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On rencontrera dans la conclusion dogmatique de ce livre un grand mot, éclectisme^ sur lequel on dispute beaucoup aujourd'hui, et sur lequel on s'entend très-peu. Il faut dire en deux mois comment il s'y trouve compris : il y a d^abord, ou du moins il peut y avoir une mélhode vraie^ car il est impossible déjuger sans admettre un principe^ de comparer sans poser un critérium^ et de raisonner sans partir d'un système logi' que. Cela posé, il ne faut pas songer à soumettre la méthode à Fépreuve d'un éclectisme quelconque, puisque Fexamenne saurait avoir lieu qu'à la condition qu'une autre méthode serait implicitement reconnue, laquelle alors il faudrait poser pour vraie. Donc s'il existe un moyen de savoir, il existe aussi une méthode inébranlable, et si Ton connaît bien la portée de ce mot, on verra qu'il embrasse la philosophie même, dans son origine et dans les lois qui la déterminent nécessairement. D'après cela il n'y aurait pas lieu à éclectisme, dans un traité de philosophie. Mais ici paraît l'histoire qui nous apporte les contradictions perpétuelles des philosophes, et il semble impossible, aujourd'hui plus que jamais, de séparer la science de son histoire. Que faire alors? Si l'on dit que de chaque système la partie négative est la plus raisonnable, on arrive à nier ou tout principe en lui-même, ou toute méthode qui peut servir à développer un principe, et, dans les deux cas, il faut renoncer à la philosophie. Aussi l'auteur même d'une pareille proposition ne songera jamais à l'appliquer rigoureusement ni à la suivre partout. Une autre tendance se fait jour, que Ton pourrait énoncer ainsi : reconnaître comme la plus raisonnable la partie positive de.chaque système. De là vient la nécessité d'un choix ; mais le choix, comme on l'a vu, suppose et principe, et critérium, et méthode. Donc, enfin, le problème se pose comme il suit : déterminer et prouver la méthode, si elle existe, ensuite y faire entrer tout ce qu'à son aide on pourra trouver de positif dans chaque doctrine.

Et la partie positive de chaque doctrine est plus étendue peut-être qu'on ne le croit communément. Le tort des syslè-

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mes est de se croire ennemis et de se combattre quand ils ne sont que contradictoires, et quand la contradiction siège dans Ja raison même. Il serait consolant de regarder Terreur comme rare chez les plus grands esprits, et si Ton parvenait à justifier cet aperçu, la haute impartialité de notre siècle et son enthousiasme pour rhistolre, et, si on peut le dire, son amour pour les contraires, recevraient la première et la plus naturelle des explications. Il est aisé de remarquer, en effet, que les plus savants et les plus élevés d'entre les penseurs de notre temps donnent l'exemple de Tétude et de Tadmiration de toutes les grandes doctrines philosophiques, si opposées quelquefois dans leurs principes et dans leurs conséquences : Tesprit humain règne sur chacune d'elles et sur elles toutes dans sa grandeur et dans sa vérité.

Voilà l'œuvre à laquelle j'essaye de donner un commencement systématique, afin de venir en aide à ce que je crois être le sentiment confus d'un très- grand nombre.

Que l'on ne croie pas cependant trouver ici un affreux synchrétisme. Où règne une méthode sévère qui n'embrasse le contradictoire qu'à la condition d'en démontrer les deux termes, une méthode qui conduit celui qui s'est pénétré de son esprit à mépriser franchement certains systèmes et certains noms très-célèbres, là on ne peut dire qu'il y ait syncbrétisme, mais bien plutôt raison avant tout, histoire ensuite.

Pour ne rien laisser de vague dans cette histoire philosophique abrégée que je place à côté d'une exposition plus abrégée encore, je définirai ici quelques termes qui s'y trouvent empruntés à la nomenclature philosophique commune. La plupart de ces termes, qu'ils puissent ou non se justifier en bonne méthode, ont au moins, à priori, le mérite de représenter la philosophie dans l'histoire. J'appellerai donc phénomènes subjectifs tous ceux qui se trouvent directement observables dans le svjet qui pense ou dans la conscience, en un mot, les faits humains intérieurs, et phénomènes objectifs tous ceux dont la connaissance implique un o^jet qui nous est sownis ou repré-

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