Il reste seulement à examiner ce qu'est cet attribut, car
(1) Hè/J. aux premièies ohjccl, de Met senne, n" 6.
(-2) lettres I, 105.
y6) Idea non rctUlilur iiiàileq^uala [)cr abi^tractioneiu int^llcLtiLS, u!., Ul.
l4) Lcltici I, 105, au père Gibicuf de l'Oratoire.
;5) Princ, 1, 5-2.
DE PHILOSOPHIE UODERNS. 67
ii faut, OU qn'il appartienne à notre proipre substance et nous représente nous-mêmes sous un certain rapport, ou que nous l'ayons forgé par réunion, en composant des idées de plusieurs autres choses réellement existantes, ou enfin, qu'il appartienne à une substance hors de nous(^). C'est pour cela qu'il faut toujours distinguer Tessence d'une chose ou sa nature telle que nous la concevons de l'existence de cette chose. Si elle existe en effet, son essence et son existence ne sont qu'un ; mais dans notre esprit ce sont deux choses (2\ Il suffit que nous concevions Fessence d'une chose pour qu'elle puisse exister; mais il se peut aussi qu'elle n'existe nulle part ailleurs que dans notre esprit ; mais en tout cas, nous devons toujours trouver la source de l'idée que nous en avons.
En effet, rien ne pouvant provenir de rien (comme il est manifeste pour la pensée), ou nous sommes nous-mêmes la cause des pensées qui sont en nous, ou ces pensées ont une cause extérieure capable de les produire en nous. En d'autres termes, il ne peut se rencontrer en nous aucune idée dont il n'y ail pas en dedans ou en dehors de nous un archétype^ dont celte idée est l'image. Il y a plus : nos idées, qui sont égales entre elles, considérées simplement comme modi cogitandi (5) se divisent sous le rapport de la rédliié ou perfection que nous trouvons contenues en elles ; et par une extension de ce même principe qui nous force à reconnaître une cause de tout ce qui est, il faut que cette réalité qui est objectivement dans l'idée, ou une réalité plus grande se rencontre /"orme/lemeiU ou éminemment dans la cause totale de cette idée. En effet, ce qu'il y a de réalité dans un effet, doit se retrouver dans sa cause, et de même que la manière d'être objective convient à l'idée d'après sa nature, de même la manière d'être formelle convient aussi d'après sa nature à la cause originaire de cette idée. Ainsi, nous n'avons aucun motif de prétendre que la réalité ne soit qu'objectivement dans la cause de l'idée, comme dans ridée même, et bien qu'une idée puisse être la cause d'une autre, il est impossible qu'il y ait ici un progrès à l'infini parce t|ue nous avons conscience d'être finis, et que nous devons ar-
(t) M6dil. mcl., III, It.
(2) Lettres^ I, 116, au pèro Vatier, et i:j). aux vkj. /jiciiii\-i c
[:^) Médii. met., m, ig, 17, 18.
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river à une première idée dont la caase est un archétype.
9. Dès qu'il existe des choses hors de nous (s'il en existe), comment les distinguons-nous les unes des autres? De trois manières différentes : réellement, formellement, modalement. La distinction modale est celle dont nous avons parlé, et qui se fait par la pensée entre une substance et ses modes. La distinction formelle a lieu entre les modes comme, par exemple, entre l'essence et l'existence d'une même chose, d'un triangle , ou bien encore entre un sujet conçu universellement et le même sujet conçu particulièrement, entre pierre et l'homme. Ces deux distinctions sont distinctions de pensée ou de raison, non qu'elles n'aient aucun fondement, mais ce fondement est en nous ; la distinction réelle, enfin, est celle que nous faisons entre deux substances.
Et il sufOt que, concevant deux substances par leurs attributs, nous puissions clairement et distinctement avoir l'idée de l'une sans l'idée de l'autre ; ou que nous trouvions chacune d'elles ainsi conçue, complète et n'impliquant rien des attributs de l'autre, pour que nous jugions que ces deux substances sont réellement distinctes. Nous ne pourrions même le connaître en aucune autre manière, parce qu'il faut nécessairement prononcer d'après les idées qui sont en nous (1).
10. Tels sont les points principaux de cette théorie des idées qui nous expose le monde entier, siégeant dans l'intelligence de l'homme. Avant de la déployer, résumons en quelques mots les principes qui viennent d'être établis.
1. — Nous pensons, et, en tant que nous pensons, nous sommes ou existons.
2. — Tout ce que nous concevons clairement et distinctement est vrai.
3. — Notre pensée nous représente des formes variées que nous appelons idées et qui nous sont immédiatement présentes.
4. — Nous trouvons aux idées qui sont en nous des attributs, des modes, propriétés ou qualités diverses.
5. -=- Nous concevons des substances auxquelles ces attributs appartiennent, ou auxquelles nous les rapportons.