HAI^UEL
Dieu, notre modèle, est immuable, et qu'on ne peut dire sans blasphème qiie la pensée appartienne à sa nature (1) !
Ainsi, la tendance humaine et positive de la philosophie de Descartes se trouve détruite par la réduction de la nature de rhomme à la simplicité intellectuelle, par Toubli volontaire de ce monde matériel sans lequel on ne conçoit ni relations réciproques pour les créatures, ni langage ni pensée pour Thomme, car toutes ces choses supposent le changement et tout changement ei»t invariablement accompagné, dans la nature, d'une modification corporelle sensible ou imaginable. Il ne faut pas s'étonner, d'après cela, si Fénelon rejette la notion du monde indétini (2) à laquelle Descartes tenait tant, pour éviter Técueil mystique de certains principes considérés d'une manière absolue. Descartes nous plaçait sur 1 échelle indéfinie du monde, Fénelon nous élève par la pensée de Dieu au-dessus de toutes les natures imaginables , et nous représente ainsi l'une des tendances naturelles aux théologiens qui se livrent à la philosophie, la tendance mystique. Ses idées sont donc très-liées à celles des élèves mystiques de Descartes, dont nous aurons à parler plus tard, peut-être même en sont-elles inspirées ; mais nous les avons placées ici comme pouvant résulter de l'application des principes de Descartes, sinon à la théologie proprement dite, au moins à sa partie la plus haute et à la contemplation religieuse de Dieu. Du reste, la trace de la théologie y est fortement imprimée ; il était nécessaire, en effet, pour le maintien des récits <ie la Genèse, pour la croyance à la révélation, à la Providence et à l'action continuelle de Dieu sur l'Église, que Dieu fût conçu comme éminemment supérieur à toute manifestation sensible, à toutes lois de temps et d'espace, comme renfermé dans un point qui est tout, et comme voyant infiniment, agissant éternellement, sans se mêler aux créatures qui ne sont en rapport qu'avec sa volonté, par laquelle elles sont hors de lui. Ce n'est pas ici le lieu de discuter cette doctrine, mais seulement de faire remarquer les immenses efforts que fit Fénelon pour échapper à la vue du fini ou du niode en Dieu, et pour sauver le principe chrétien dans toute sa pureté.