Venons enfin aux tourbillons. On a dit que ce système
(1) Malebrancbe, Recherche de la vérUé^ 1. VI-, ch, 9. (2) Système Je Ri gis, phys. I. 2, 19.
(3^ Leibnitt, Noufiaaux essais, page 14.
DE PHILOSOPHIE HODERMfi. 505
avait été inventé par Descartes afin de déguiser le mouvement de la terre à une époque où il était copernicien à outrance. Cependant il nous semble impossible de comprendre, dans la physique mécanique, comuient un grand corps tel qu'une planète peut circuler dans un orbite immense autour du soleil, si elle n'est poussée ou plutôt portée par les mouvements concordants de la matière qui est autour d'elle, et, encore aujourd'hui, nous ne voyons pas comment on pourrait le comprendre autrement : car, en supposant une compression vers le soleil combinée avec une impulsion rectiligne initiale, ou tout autre mécanisme, il semble bien difficile de soustraire à la même action toute la matière qui entoure la planète, à moins que celle-ci ne se meuve dans le vide, ce que Newton luimême n'a pas admis rigoureusement. En un mot, le niouve- • ment d'un corps détaché, isolé, est incompréhensible. Il faut des flux généraux de matière à qui n'admet pas les actions à distance. C'est dans ce sens général que le système des tourbillons nous semble encore nécessaire aujourd'hui. Son [»lus grand défaut a été de laisser trop de jeu à la matière et de permettre des inégalités plus grandes que celles qui conviennent aux lois de Kepler, et même des variations importantes en des temps assez courts dans le système du monde ; mais il ne paraît pas absolument impossible de le soustraire à cet inconvénient.
La loi générale des mouvements des astres que produisit Newton, en réduisant les trois lois de Kepler à une seule, lit ressortir en un instant tous les défauts du système des tourbillons et presque oublier sa nécessité. Cependant on le conserva longtemps encore sur le continent. J. Bernouilli (1) releva une erreur dans le calcul par lequel Newton voulait prouver que la troisième loi de Kepler ne pouvait être observée dans le mouvement d'un tourbillon. Leibnitz (2) essaya aussi de faire concorder les tourbillons avec ces lois de Kepler trop négligées par Descartes. Enfin une foule de savants français l'entreprirent après lui, jusqu'à ce que le sensualisme anglais, s'introduisant en France, eut fait oublier la physique mécanique et considérer comme bien^ préférable un système qui
(1) l^mamlU, Nouvelles pensées sur lé système de Descartes,
(2) Leibaits» Tentatnen de moluum eœlest» causisf act. Upt*
506 HANUEIi
conduit à supposer unç propriété viUle inhérente à toute matière.
9. Cependant Newton lai-même, sans doute sous lïnfluence que le cartésianisme devait nécessairement exercer sur un esprit supérieur, ne proposait Yattraction que comme un mot destiné à exprimer, et non à expliquer, une loi générale à laquelle tous les mouvements des corps célestes sont soumis. Il répudiait ainsi l'héritage de celte idée que Copernic, Kepler, Galilée, Bacon, Gilbert, Gassendi, Fermât, Robervaî, avaient soutenue expressément, et il écrivait : La supposition d'une gravité innée» inhérente et essentielle à la matière ^ tellement quun corps puisse agir sur un autre à distance^ est pour moi une si granc{e absurdité, que je ne crois pas quun homme qui jouit d'une faculté ordinaire de méditer sur les objets physiques puisse jamais radmetireii). Mais la tendance générale des esprits fut plus forte que sa volonté, et cette attraction qu'il reniait, qu'il n'avait pas découverte, mais bien ramassée parmi les idées courantes et les plus vulgaires de la science, lui fut universellement attribuée, et Locke, qui avait écrit ne pas comprendre comment un corps pourrait agir là où il n'est pas, se rétracta et le comprit désormais parfaitement.
Et en vérité la gloire de Newton consiste à avoir appliqué le calcul au mouvement de la lune pour comparer la loi de ce mouvement à celle que suivent les mouvements des corps pesants, à avoir exécuté, avec les moyens que la mécanique et la géométrie lui offraient, ce dont Kepler, qui soupçonnait le même fait, n'avait pu concevoir l'idée précise, et fait ainsi rentrer les trois grandes lois de Kepler dans l'unique loi de Galilée. Mais s'il n'admettait pas l'attraction comme une cause, comment l'expliquait-il ? Ici Newton se rapproche tellement des suppositions de ses adversaires que Ton ne comprend pas qu'il les ait combattus sur d'autres points avec tant de force. Il place toutes les planètes dans un éther, milieu très-rare, qui va se condensant depuis le soleil jusqu'à Saturne, et dont les vibrations élastiques chassent les corps solides des parties denses aux parties rares (2) ; il suppose même que ces vibrations
(1) NetvtODi Troisième lettre au doete^ir Bentley, biblioihèt^ne Britannkpe, fëvrier
(S) Id., Traité d'optiçue, sub fin, Quest, 17..., S4,
dans le cerv^u de Thomme produisent la vision, les sons, et vont jusqu'à remplir le rôle des esprits animaux de Descart^s pour la communication de la volonté aux organes. Ailleurs, il veut qn^outre Vinertie et les lois passives du mouvement dans lesparticules solides, massives, dures, impénétrables, mobiles, .., qui ne s'usent ni ne se rongent jamais, il y ait certains principes actifs tels qu'est celui de la gravité et celui qui produit la fermentation et la cohésion des corps. Ce n'est pas là, dit-il, une qualité, mais une cause occulte (1). La physique mécanique et celle des qualités luttaient dans son esprit.
Mais s'il faut prendre au sérieux T hypothèse d'un fluide élastique pour expliquer la gravitation, remarquons avec l'un des derniers et des plus habiles représentants du cartésianisme en France (2), que l'intention de Newton ne peut avoir été de remplacer une gravité innée par une élasticité innée qui ne serait pas moins occulte, et que par conséquent il supposait une explication mécanique de l'élasticité telle, par exemple, que celle qu^a donnée Malebranche au moyen des petits tourbillons, et rentrait ainsi dans la physique cartésienne.
40. Enfin Huyghens et plus tard Euler développèrent, en l'amendant, le principe de l'explication de la pesanteur de DescarteS; c'est-à-dire qu'ils continuèrent à attribuer ce phénoroèneà la circulation d'un fluide. Ils cherchèrent seulement à disposer son mouvement de manière à ce que sa force centrifuge dût appuyer les corps vers le centre de la terre, et non vers ceux des divers parallèles, ainsi que cela résulterait de la supposition de Descartes. Ils étendirent l'action delà pesanteur aux autres astres, et expliquèrent comment elle n'est pas proportionnelle au volume, mais à la quantité de la matière pesante, par l'extrême fluidité du moteur qui pénètre dans tous les pores des particules pondérables dont les densités sont inégales (3). Rohault adopta à peu près la théorie d'Huyghens (4), Kégis montra peu de tact en physique en voulant que la pesanteur fût peut-être dirigée vers les centres des parai -
(1) Newton, Traité d*optîquet Qiiest. 31 ,
(2) Mairan, Dissertation sur la glace, prëf . , page 86.
(3) Hugjliens, Discours sur les causes de la pesanteur, ^ la suite cle son traité delà lumière, et Enler» Opusc. var, argum,, discours sur la composition intime des corps. (4) Rokaulti Traité de physique.
508 HAMUEL
lèles terrestres et non vers le centre commun de la terre (1). Enfin une question proposée par TAcadémie donna lieu sur ce sujet à différents mémoires et à quelques solutions fausses. Mais il ne paraît pas que cette recherche soit terminée ou épuisée, malgré les jugements un peu trop newtoniens de Montucla(2).
11. A la question de la pesanteur se rattache celle du vide barométrique que Descartes expliqua le premier par la pesanteur de Tair ; non que Texpérience du baromètre ait eu lieu auparavant, mais il la prévit en rattribuaut à sa véritable cause. Ainsi, en 1638, il repoussa l'hypothèse de Thorreur du vide que Galilée avait reproduite dans ses dialogues, et expliqua par la pression de Tair comment Teau ne monte au delà de trente-deux pieds dans les pompes (3). Dans la même lettre il expliqua par la même raison Tadhérence des disques polis, et dans une autre la suspension du mercure dans un tube fermé par en haut (4). Ce n'est cependant qu'en 16i4, que Toricelli, opérant le vide barométrique, put*comparer les vingt-huit pouces de hauteur du mercure aux trente- deux pieds deau, et l'expérience de Périer du puiis de Dôme est encore postérieure. II ne faut donc pas s'étonner de voir Descartes, en 1649, demander des nouvelles de cette expérience (3), et réclamer la priorité pour cette idée, qui est une des[plus hardies que les savants modernes aient eu et Tune de celles qui ont porté le plus de lumières dans la science. S'il résulte d'un> nouveau document publié par M. Libri (6) que Pascal n'était pas contraire à l'opinion de la pesanteur de l'air, ainsi que Descartes l'écrivit à M. de Carcavi, il en résulte aussi qu'ils ne s'étaient entendus ni l'un ni l'autre, et que Pascal croyait Descartes d'un autre sentiment, tandis que Descartes en croyait tout autant de Pascal. Roberval seul était opposé à l'un et à l'autre. Mais comme l'entrevue que raconte cette lettre est de 16i7, c'est-àdire postérieure de neuf ans à un usage important du prin-
(t) Rëgis, Système de pkil., II, II. 18.
(2) Histoire des math .
(3) De&cartes, Lettres, II, 91.
(4) Id., id., m, 3.
(5) Id., id., III, 15,
(6) Lettre de mademoiselle Parier à sa sœur, Jountal des Sa9aHl$t epiembr»| 1839»
cipe en question fait par Descartes, il est en tout cas impossible de lui contester la priorité.
12. Descartes soutint aussi contre Galilée d'autres principes attachés à sa physique mécanique, par exemple l'explication de la raréfaction par un chanfçement de disposition et de ligure des parties visibles des corps, tandis que Galilée, qui ne tenait à aucune théorie générale, était encore pénétré sur quelques points de la science des anciens qu'il combattait si vivement sur d'autres. Mais, de son côté, Descartes, entraîné par ses idées théoriques, refusa toujours de prêter une attention suffisante à la loi de la chute des graves découverte par Galilée. Il croyait que la pesanteur est produite par les mouvements de la matière subtile, mouvements très-variables, et par conséquent il ne pouvait espérer de les soumettre à des lois fixes (1). Alors, convaincu delà fausseté de la loi de Galilée, il la combattait par la considération de la résistance de Tair dont Galilée faisait abstraction, ou en niant que le mouvement des graves passe par tous les degrés depuis le plus lent (2) ; quelquefois il paraissait s'en rapprocher davantage (5). En un mot, il hésitait et ne voulait pas approfondir le problème ni se résoudre à expérimenter. Etait-il question de la variation de la pesanteur suivant la distance du corps pesant au centre . de la terre, il exposait les diverses opinions de son temps, celle des attractionistes, ^ pesanteur et la légèreté spécifique, la pesanteur unique et proportionnelle à la masse, et, arrivé à la solution, il la produisait compliquée et bien éloignée de la vérité (4). Mais si nous trouvons nuisible ici l'influence de l'esprit [systématique, combien de fois ne l'avons-nous pas trouvée favorable, par exemple au sujet de la pesanteur de l'air : car l'air étant un corps déjà très-grossier dans le système du monde de Descartes, il devait naturellement être regardé comme pesant aussi bien que la terre ou l'eau.
1 3. Pour en venir à la mécanique spéciale qui regarde les
(1) Descartes, Lettres, TI, 25.
(2) Id., id.. II. 23 et 91.
(3) ld.,id., I, 111.
(4) Id., id., I, 76- Huygbcns adopta avec tousses contemporains la loi de Galile'e, et l'expliqua par la circulation de son fluide dont le nombre des impulsions est proportionnel au temps. ( Discours sur la cause de la pesanteur, ) Il rendit compte anssides varialions du pendale, de l 'aplatissement de la terrei etc.» etc.
546 MINDEL
machines, Desoartes posa le principe des vitesses virtuelles
sous une de ses formes particulières, et en déduisit très-simplement les lois des machines simples (1). Nous avons vu comment les lois générales du mouvement furent successivement découvertes par les hommes de génie qui suivirent la voie ouverte par le créateur de la physique mécanique, ce sont les seules qui puissent nous occuper ici ; passons maintenant à la physique spéciale.
14. La physique dçs corps terrestres de Descartes ne peut êlre I considérée que comme un essai d'explication des phénomènes par des principes constants, mais à Taide d'hypothèses arbitraires et variées, qu'il forgeait tout exprès dans chaque cas particulier. De médiocres disciples y apprirent aisément à rendre compte de tous les phénomènes sans les lier entre eux autrement que par l'unité de leurs causes les plus générales. Nous ne leur reprocherons pas de s'être complus dans un babil inutile des pelils corps dont la texture est le plus sautent un mystère pour nous (2), car où trouver ailleurs des causes et des lois, mais plutôt d'avoir négligé beaucoup Texpérience que Descartes recommandait et qu'il aurait voulu pouvoir consulter plus souvent (3), et de s'être abandonnés au plaisir de créer un mécanisme particulier pour chaque phénomène, comme si l'auteur des choses les avait chargés d'y pourvoir selon les besoins. Atissi, les hypothèses particulières de Descartes se trouvèrent-elles toujours infécondes. Son système général d'explications demeura seul, et produisit, selon les temps, de nouvelles hypothèses partielles qui, liées graduellement entre elles et aux plus générales, embrassèrent tous les phénomènes dans un réseau mathématique.
Nous n'insisterons donc pas sur le défaut des explications données par Descartes ou par ses élèves de la génération du feu, de la chaleur, du magnétisme, etc., car tous les reproches qu'on peut leur adresser sont compris dans notre jugement général ; et au fond nous considérons les explications nouvelles qui ont été produites depuis un siècle, comme essentiellement comprises dans le cercle véritable de la physique
(1) Descartes, Traité posth, de mie an, ^
(2) Leibnito, Lettres à Vabbé Niçoise t frag, phiU de H. Consini t. II»
(3) De&caTte9,^Lettres servant de préface aux Passions.
de Descartes, quelquefois modifiée par l'esprit deTécole newtonienne ; de même que les principes généraux de la physique mécanique, bien qu'aucun d'eux n'ait été conservé comme Descartes l'avait posé, nous paraissent cependant des consé' quences de la direction qu'il imprima aux esprits.
15. Une courte histoire des principales branches de la physique dans leur rapport avec la philosophie de Descartes ira donc à notre but. La théorie de la lumière doit précéder toutes les autres comme celle qui, de nos jours, semble la moins éloignée du terme de son accomplissement définitif. Descartes en posa le premier principe en considérant la lumière comme le résultat d'une action matérielle, transmise depuis les corps lumineux jusqu'à nos yeux, par l'intermédiaire d'une matière subtile qui occupe les espaces célestes et pénètre dans les interstices d'un grand nombre de corps. L'observation des éclipses lunaires prouvait que la lumière ne met aucun temps appréciable à parcourir les soixanlerayons terrestres qui nous séparent de la lune. Descartes se crut donc obligé (l), pour suivre l'expérience, de supposer que le mouvement lumineux se transmet en un instant, par pression, dans tous les globules ronds parfaitement solidaires et en contact les uns avec les autres de la matière subtile. Il n'est pas douteux que Texpérience des éclipses des satellites de Jupiter, si Descartes l'eût connue, n'eût en cela modifié sa théorie, qui probablement alors serait devenue analogue à celle d'Huyghens. Il aurait supposé un mouvement successif de propagation, et peut-être même doué son élher d'élasticité, en réformant ainsi ses lois du choc, sinon pour la théorie, du moins pour la pratique, où rien n'oblige à supposer que les parties de l'étendue sont dépourvues de qualités, parce que des actions étrangères à celles que l'on considère (quoique toujours réductibles à des mouvements) peuvent les en douer. Son explication des couleurs eût été changée par là même, car il était bien plus naturel de les rapporter aux diversités du mouvement vibratoire qu'à un nouveau mouvement dont aucune raison ne prouve suffisamment la nécessité.
Nous croyons donc que l'on doit regarder la théorie créée par Huyghens et perfectionnée par Euler comme conforme dans le fond aux idées de Descartes, à qui, du reste, ou a cou<
(1) D«€«rtesj Utins, II; 17,
tume de ratlribuer. L'élasticité de l'éthier fut même expliquée par Huyghens à peu près comme 1 élasticité en générai l'avait été par Descartes; car il supposa une matière très-subtile qui pénètre dans les pores d'un autre plus grossière et contraint son tissu à donner un large passage (1). Quant aux explications des lois de réflexion et de réfraction, elles furent établies comme le changement introduit dans l'hypothèse l'exigeait, c'est-à-dire que la première fut déduite du ressort et que le rapport constant de la seconde fut assimilé à celui des vitesses de la lumière dans deux milieux inégalement résistants. Cette seconde loi devint ainsi beaucoup plus claire, et le rapport aperçu par Descartes entre les résistances et les angles fut exactement conservé, sauf que ces résistances purent être bien mieux déterminées dans leur nature. Huyghens enfin déduisit de cette proportion une propriété de minimum que Fermât avait cru à priori devoir s'appliquer aux réfractions, et qu'à son grand étonnement il avait trouvée conforme à la loi de Descartes après avoir longtemps contesté la vérité de cette loi à Descartes et à ses élèves (2) .
16. De nos jours et depuis les découvertes d'Young et de Fresnel, depuis la décadence de la théorie newtonienne, dont nous parlerons plus tard, la théorie mécanique de la lumière a acquis un grand développement par suite de l'application des mathématiques aux lois du mouvement de l'éther, et nous devons la considérer comme un admirable modèle en physique mécanique. Quant aux autres branches de la physique spéciale, si nous voulons les considérer de haut, car une étude plus détaillée ne conviendrait pas à notre plan, elles nous paraissent tendre à unir leur destinée, soit à la théorie de l'optique, dont nous venons de parler, soit à celle de réiectricité à , laquelle elles sont intimement unies par les phénomènes. Or, Véiectricilé dynamique Si^ dans la théorie de Télectricité, acquis une importance à peu près exclusive, et elle est fondée tout entière s.ur des mouvements de matière. Enfin, la chimie se rattache d'un côté et de plus en plus irrévocablement aux lois de la lumière et de l'électricité; de l'autre, elle amène néces-
(1) Hujgbens, Traité de la Utmière.
(2) Lettres de Fermât à Descartes et à Clerselier, t. III, 56, 57 des lettres de I>esearte5.
DE pKlosophie hodeake. 515
sairement la considération des formes et des grandeurs relatives de certains ordres de particules, pour expliquer dans retendue la loi numérique des proportions multiples ; et encouibrée tous les jours de nouveaux faits mystérieux pour la science commune : isomériey actions de présence^ etc. Elle se développe, au milieu d*un vrai chaos dans lequel une grande hypothèse mécanique serait seule capable d'apporter la lumière.
17. Notre intention n'est, du reste, que d'indiquer ici, sans exclure la vérité des systèmes de physique vitalisle dont nous parlerons plus tard, tout ce que la science moderne renferme de laphysique mécanique créée par Descartes, et tout ce qu'elle en peut attendre encore. Pour avoir fini sur ce sujet, il nous reste une question à débattre entre le cartésianisme et les savants modernes ; mais quoique la question soit importante, sa difficulté ne nous parait pas bien grande au point de vue physique. En effet, les savants sont très-attachés au vide et aux atomes que le cartésianisme proscrit ; mais un vide relatif et des atomes relatifs suffisent pour la construction des théories scientifiques, et la question absolue doit être laissée aux métaphysiciens seuls juges compétents : dans la physique cartésienne elle-même il faut nécessairement supposer un vide, c'est-à-dire un milieu conçu comme parfaitement indifférent aux mouvements de matière qui produisent les phénomènes que Ton envisage (1) ; c'est ainsi que les espaces célestes peuvent passer pour vides eu égard aux mouvements planétaires malgré la présence de Téther. Quant aux atomes, la chimie moderne ne peut en aucune manière prouver leur existence ; elle n'établit sous ce nom que des nombres qui expriment les rapports de quantité dans les particules infiniment petites des corps qui entrent en combinaison, de sorte que le mystère n'est pas autre que celui de la divisibilité à l'infini, et ne prouve pas plus que celui-ci qu'il existe des atomes. Mais, dans un certain sens, la physique cartésienne admet les atomes, car rien n'empêche de supposer des molécules de cer-
(1) Dortom dn Mairan, Dissert, sur la glace, prëf. On trotiTO dans ce livre une trè*ingënieuse th^rie des faite de la cristallisation de l'ean. Les liquides y sont considërës comme composas de particules qui nagent dans un ëtber eitrêmement agite. Si cet ëtfier cttexpnlsë d'une manière quelconque, la cristallisation a lien, le liquide devient solide, il n'existe plus que sous l'action des pressions extérieures, et sans mouvement intëriear de ses particules. Tout cela est mêle d'observations très-exactes et très-curieuses.
taines formes que certains phénomènes actuels ne divisent pas, mais que d'autres phénomènes pourraient diviser, et c'est aussi ce que l'on a fait (4) ; rien n'empêche de les concevoir dans le vide et à telle distance qu'on voudra les unes des autres ; ce vide ne sera qu'un milieu très-peu résistant par rapport à leurs mouvements et aux forces dont elles sont douées.
Les physiciens éviteraient ainsi de poser une contradiction au début de leurs traités, en donnant à la matière deux propriétés générales, la divisibilité, r impénétrabilité, qui ne peuvent évidemment aHer de front, si l'une est vraie, 1 autre fausse pour la matière telle qu'elle se présente à nous, et, au contraire, l'une fausse et l'autre vraie pour la matière réelle, c'eslà-dire pour les atomes.
(t) Dnmas, Traité de chimie appliquée aux arts.
DE PHlLOSOPHIfi MODERNE. 5i ë