‹ Manuel de philosophie moderneChapitre 4 sur 86 · TUI PREFACE · texte numérisé non relu

TUI PREFACE

mes est de se croire ennemis et de se combattre quand ils ne sont que contradictoires, et quand la contradiction siège dans la raison même. Il serait consolant de regarder Terreur comme rare chez les plus grands esprits, et si Ton parvenait à justifier cet aperçu, la haute impartialité de notre siècle et son en- Uiousiasme pour Thistoire, et, si on peut le dire, son amour pour les contraires, recevraient la première et la plus naturelle des explications. Il est aisé de remarquer, en effet, que les plus savants et les plus élevés d'entre les penseurs de notre temps donnent Texemple de Télude et de Tadmiration de toutes les grandes doctrines philosophiques, si opposées quelquefois dans leurs principes et dans leurs conséquences : Tesprit humain règne sur cliacune d'elles et sur elles toutes dans sa grandeur et dans sa vérhé.

Voilà l'œuvre à laquelle j'essaye de donner un commencement systématique, afin de venir en aide à ce que je crois être le sentiment confus d'un très- grand nombre.

Que l'on ne croie pas cependant trouver ici un affreux synchrétisme. Où règne une liiélhode sévère qui n'embrasse le contradictoire qu'à la condition d'en démontrer les deux termes, une méthode qui conduit celui qui s'est pénétré de son esprit à mépriser franchement certains systèmes et certains noms très-célèbres, là on ne peut dire qu'il y ait synchrétisme, mais bien plutôt raison avant tout, histoire ensuite.

Pour ne rien laisser de vague dans cette histoire philosophique abrégée que je place à côté d'une exposition plus abrégée encore, je définirai ici quelques termes qui s'y trouvent empruntés à la nomenclature philosophique commune. La plupart de ces termes, qu'ils puissent ou non se justifier en bonne méthode, ont au moins, àj)riori, le mérite de représenter la philosophie dans Thistoire. J'appellerai donc phénomènes subjectifs tous ceux qui se trouvent directement observables dans le svjet qui pense ou dans la conscience, en un mot, les faits humains intérieurs, et phénomènes objectifs tous ceux dont la connaissance implique un o^jel qui nous est soumis ou repré-

PAEFACE. IX

sente ^ quelle que soit d'ailleurs leur nature. L'idéalisme (1), ou doctrine des idées, sera alors toute méthode dont lepoiut de départ se prend dans le sujet, et dont les principes sont cherchés dans les formes originales de, la pensée, modifications propres de ce sujet primitif. Le sensualisme , au contraire, sera toate méthode fondée sur la considération exclusive de la sensation, et des phénomènes ou rapports qu^elle nous représente ou qu'elle nous donne lieu de considérer dans son objet. À ridéalisme se rapporte le rationalisme, qui est l'application d'an procédé logique à la connaissance de toutes les choses, et en particulier à la réglementation de la nature ; et au sensua* lisme Vempirisme, qui place toute méthode dans Vobsemaiion et dans Y expérience sensibles. Les mots spiritualisme et matérialisme expriment des tendances marquées, quoique souvent peu méthodiques, à envisager 1^ principes et les causes des êtres comme actifs, vivants, intelligents, par essence, ou comme naturellement passifs et inertes, bien que propres à se modifier mutuellement selon les notions vulgaires de matière, d'impénétrabilité et de mouvement. Les noms sceptique et mystique s'appliquent enfin, si toutefois il est nécessaire de les définir, Ton, à ces philosophes qui, professant Fincompréhensibilité (acatalepsie) de toutes choses, font consister la philosophie à établir la nécessité du doute et ses conséquences morales ; l'autre, à ceux qui, s'isolant du monde et de la science actuelle, se mettent en relation immédiate avec Dieu, ou, en général, avec des créatures invisibles par rapport auxquelles la science devient un cantique et la vie une extase.

Je regrette que le défaut d'espace et la nature de ce petit livre ne m'aient pas permis de donner toujours à mes vues tqut

(1) On a Toulo, dans ces derniers temps, dislin^aer Vidéalîsnus de Vidéismet et faire servir te premier de ces deux mots k nommer la doctrine de VidèaL Mais si l'idëal est one id^ , et il ne semble pas qu'il en puisse £tre antrementf ponrqnoi ne pas conserrer an mot idialismc » signification gëuërale en philosophie ? Du nom substantif idée «a peut en effet tirer les adjectifs idéant, idée, puis ces denx autres nomsi idéat, idéal, et de ce dernier, qui est le plus g<(nëral, idéalisme, idéaliste, idéaliser, etc. Rien n'em^ pèche ensuite de preudic V idéal dans un sens p utiitdier plus restreint.

Page 1