Cette dépendance où nous sommes àlcgard de Dieu
(1) nescart«9 nous mène tout naturellement au point de vue où mus nous plaçons ici, qnoKpie en Tonlant qnelqnefois ihssimnler ce cercle Ticieus qu'ancnn sjstime rationnel n« pent 0Tit«r. Voir Discours de la méthode^ 99. Princ. I, 10. Médit. » III, 4. /{é/». à Amaud,S. Aux deuxièmes obj,t 3» etc., etc.
(S) M. Damiron a indiqua ee point de vue par ai distinction entre le critérium quan t à rëvidence, et le critérium quant k Tètre. \^Acad »des sciences mor., 1840 ) Descartes s« moBtre quelquefois préoccupe du point de vue tbëologique sur cette question de la vëritc, quand il dit par exemple [discours de la tnéthode^ pog. 39) que nous ne poufons être assuré que tout ce que nous concevons clairement et distinctement n'est vrai qu'en tant que Dieu existe. Mais aillenrw il dit que nous sommes obliK^s de prendre ce critérium de la cbrttf des idëes, par la raison qu'il n*j en pent avoir d'antre, et que d'ailleurs il es* eonvaincant de lui-même {Rép* aux ohj, d'Arnaudet de Mtrsenne). Et le fragment {jédit. lie M. Cousin. 8t 168) tirtf de la biblioth^ne de rinttitnt dit enfin : La notion de U virile est si transoendantalement daire, que nous ne pouTons Tignorer... Quelle raison ïurioB^nous de consentir \ ce qiii nous l'apprendrait, si nous ne savions qu'il f&t vrdjs *-'ett-&-dii-e si nous ne coimaii^ion» la vt^rittf.
nous, îioUe conscience et nos idées, est si granile, et II est si vrai que nous ne savons rien sans Dieu, (|ue nous sommes obligés de le regarder comme Tauleur de ces axiomes ou principes qui nous subjuguent et que nous appelons des vérités éternelles. En effet, Dieu est l'auleur de l'essence des choses comme de leur existence, et la vérité d'aucune chose ne peut précéder la connaissance que Dieu en a ; car en Dieu, ce n'est qu'un de vouloir et de connaître. De cela seul qu'il veut quelque chose, il le connaît^ et cela est vrai, et on ne peut dire que ces vérités seraient quand même Dieu ne serait pas, car Dieu est la première et la plus élervelle de toutes les vérités qui peuvent être, et la seule d'où procèdent toutes les autres (t). Mais notre esprit est fini et créé de telle nature, qu'il peut concevoir comme possibles les choses que Dieu a voulu être véritablement possibles, mais non pas de telle nature, qu'il puisse aussi concevoir comme possibles les choses que Dvu aurait pu rendre possibles, maisquHla toutefois voulu rendre impossibles. Nous devons donc renoncçr à comprendre des choses que nous sommes incapables de comprendre, au lieu de mettre des bornes à la puissance de Dieu en supposant qu il puisse être déterminé à quelque chose (2). 17. Maintenant rentrons en nous-mêmes. Nous avons reconnu que rien ne pouvait nous être apporté du dehors que par l'intermédiaire de notre pensée. Mais notre pensée même est modifiée de bien des manières, et nos idées, qui sont ces modifications, peuvent se classer en divers genres, selon qu'elles se rapportent à ce qui est en nous entendement, ou à ce qui est volonté, ou affection, ou imagination, ou sentiment; car, soit (ju'il y ait ou qu il n'y ait pas hors de nous des choses que nous sentons ou imaginons, soit que nos affections et volontés se rapportent ou non à des choses extérieures, ces idées sont toujours quelque chose en nous, et prennent des formes particulières. En un mot, une couleur que nous voyons ou une douleur que nous éprouvons peuvent toujours être considérées comme des accidents de notre pensée, en tant que nous pen- >ons voir une couleur ou éprouver une douleur. Nous avons donc la notion claire et distincte de notre âme ou de nousmêmes en tant que nous pensons^ et dès que cette essence de
(1) Lettres, If lt2, au père Mers enne.
{*î) Lettres, I, 115, an père Mesland, jésuite.
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la [)easée peut être ainsi conçue distinctement sans mclange d aucune autre, nous devons déjà conclure que Dieu a pu créer cette âme séparée de toute autre substance, pourvu qu'il Tait voulu.
18. Voyons maintenant quelle est la nature du corps et s'il existe, en suivant ce précepte, qu'il faut avant de rechercher si une chose esl^ se demander ce qu'elle est^ ou comment notre entendement la conçoit. Or, nous imaginons distinctement la quantité continu e ou extension de longueur, largeur et profondeur, et dans cette quantité, nous imaginons des parties auxquelles nous attribuons telle ou telle grandeur, ti^nire, situation ou mouvement. Bien plus, nous pensons à une foule de particularités touchant toutes ces choses, et nous nous représentons des fîgures telles que le triangle, auxquelles une fois conçues, nous découvrons des propriétés nécessairement contenues dans leur nature, et (]ue nous n'avions jamais connues auparavant, et dont il semble pourtant que nous ne fassions que nous ressouvenir. Comme rien n'est vrai du néant , nous devons conclure que ces ligures existent en effet comme des natures immuables ou éternelles que nous n'avons pas inventées, et qui ne dépendent en aucune manière de notre volonté. Soit (|ue ces ligures aient ou n'aient pas une existence réelle dans le monde et tout près de nous, il faut en tout cas qu'elles soient comme essences dans notre esprit et dans l'entendement divin dont elles dépendent (I).
Il peut donc déjà y avoir des choses étendues, figurées, mobiles, en un mol, matérielles en tant qu'elles sont l'objet de la géométrie.
\{). Mais n'avons-nous pas aussi noire faculté d'imaginer, par laquelle il nous semble que nous appliquons notre puissance de connaître à un corps qui nous est immédiatement présent? Et cette imagination est complètement différente de la conception qui a lieu par l'entendement pur; car autre chose est, par exemple, concevoir un chiliogone de manière à déduire de son essence toutes ses propriétés, ce qui est aussi facile que de concevoir un simple triangle; autre chose est l'imaginer avec ses mille côtés ce qui ne peut se faire (|ne
(I) Médit, met., V, 2, '3, 4, 5. — lli-p. aux obj. de (iussriidi, V, 2, 3, cl tie Uaf'bcs, «hj. V, H.
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(l'une manière confuse. Ainsi, Tessence de noire esprK peut être conçue sans ce mode particulier de penser, qui est Timairinal ion, tandis que Tima^nation ne parait pouvoir bien s'eipiiquer que par la pensée, et en même temps par la supposition d'une substance réellement étendue.
Nous avons aussi la faculté de sentir, faculté passive par laquelle il nous semble que nous recevons les idées de choses extérieures et indépendantes de notre pensée, sous la forme de couleurs, de sons, d*odeurs, etc. A la vérité, nous avons pu douter que la sensation prouvât Texistence de la matière, et sup[)0ser, au contraire, que nous possédons éminemment nousmêmes la cause de nos sentiments et de nos imaginations ; mais voici le moment d'analyser attentivement toutes les données qui se trouvent en nous, et de conclure d'après les règles de notre méthode.
Or, il est clair que de même que ces facultés de sentir et d'imaginer ne peuvent exister sans une substance intelligente dont elles soient des modes (quoique celle-ci puisse exister ou être conçue sans elles); de même d'autres facultés, que nous concevons clairement et distinctement, comme celles d'être figuré ou de se mouvoir, doivent être rapportées à une substance sans laquelle elles ne pourraient exister. Cette substance ne peut être Fentendement, car il n'y a rien de commun entre ces choses et lui ; elle est la substance étendue.
2(K D^ailleurs nous recevons passivement ( et nous en avons conscience) les idées des choses sensibles; il faut donc qu'une faculté active forme en nous ces idées, et cette faculté doit contenir formellement ou éminemment tout ce qui est objectivement dans les idées. Celte faculté ne peut être en nous en tant que nous pensons, puisque nous sommes presque toujours involontairement affectés, elle ne peut être en Dieu ni en aucune autre substance que la corporelle, car alors Dieu nous abuserait en nous faisant prendre une cause* pour une iiutre, ce qui est impossible, donc elle est dans la matière, et eela formellement (1).
21 . Nous considérons donc notre âme comme une substance dont Tattribiït est la pensée, base de toutes les idées en tant (]u'elle8 sont idées, et le corps comme une substance dont
,1.) MUit. met., VI, 1».
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l'aitribut est l'étendue, ayant la figure et le mouvement pour modes. Gela posé, ces deux substances sont évidemment distinctes, selon notre manière de concevoir, c'est-à-dire ne se supposent aucunement Tune Fautre dans leurs attributs ou modes; par conséquent elles sont réellement distinctes (!}.
Il est encore une difTérence capitale entre Pâme et le corps, el qui suffirait seule pour les faire distinguer; c'est que nous concevons Tune comme absolument une et indivisible, l'autre , au contraire, comme essentiellement divisible. L'esprit s^emploie tout entier à penser, à vouloir, à sentir, et ses facultés ne sont pas des parties, mais des modes ; au contraire, tout corps, de sa nature, et en particulier celui qui nous est uni, nous parait compose de parties (2).
22. Quant à l'union de tâme et du corps, nous ne pouvons en juger que par la force qu'a l'âme de mouvoir le corps, et le corps d'agir sur l'âme, en causant ses sentiments et ses passions. Cette union est telle, qu'en nous servant de nos sens seulement, nous concevons Tâme et le corps comme une seule et même cbose, ce qui est proprement concevoir leur union (3|. Pour les distinguer, il faut les considérer séparément par Tentendement, qui nous montre l'essence de 1 âme et ses modes tout à fait différents de Tessence et des modes du corps L'entendement seul nous fait connaître Tâme et ses modes ; l'entendement seul,- encore, ou mieux aidé de l'imagination, nous fait connaître le corps; car Tintellection pure, même des choses corporelles, se fait sans aucune image, et l'imagination a lieu comme par une application de l'esprit à ces choses mêmes (4) ; enfm, les sens nous familiarisent avec Tidée de l'unionf des deux substances. Il est donc difficile de concevoir cette union ; seulement on pourrait trouver quelque comparaison : en effet, depuis que nous avons connu la pure essence des choses corporelles, nous devons juger tout à fait absurde de concevoir la pesanteur comme une qualité inhérente aux corps, et par laquelle ils tendraient aU'Centre de la terre comme
(1) Médit, mit., et Médit, dispos, géométriç., prop., 4. Concevoir dvnx choMS (Us- ÙDCtes est le seul signe auquel nous pausions leconnaltre qiiVIles ooiit distinctes en effet* Vojrcs Ké». aux deuxièmes oij.f n* 1| suh fin.
(«) Médit., VI» 38.
(.1) Rép. aux sixièmes o*/., n* 12. et Lettres 1 1, 29 et 20 a Élisoieth.
(4) Rffp. à Gassendi, VI, 5.
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s'ils avaient désir el connaissance : que faisious-nous donc autrefois ensuivant cette vieille opinion ? Nous donnions au corps des choses qui sont à Tesprit Remarquons de plus qne le poids agit tout enlier en un point quelconque par lequel le corps est suspendu. Or, qu*est-ce que Faction de Tesprit sur le corps, sinon une force ou tendance au mouvement qui est tout entière dans chacune des parties du corps? On conçoit ainsi Tânie comme matérielle, et il le faut hien, pour la concevoir unie au corps ; mais il n'en est pas moins \ rai qu'on peut, après cela, la concevoir comme séparable. On peut même attribuer de la malière el de l'extension à l'Ame^ sauf à reconnaître après que celle malière^ attribuée à la pensée^ ncst pas la pensée même, et que l'extension de celle matière est d'autre nature que l'extension de celle pensée, parce que ia première est déterminée à certain lieu duquel elle ea dut toute autre extension de corps, ce que ne fait pas ta seconde. Ainsi on revient aisément à la connaissance delà dislinclion de râmc et du corps, nonobstant qu'on ait conçu leur union. Mais iesprit humain n'est pas capuble de concevoir disiinclement el eu même temps leur distinction et leur union, à cause qu'il faut pour cela les concevoir comme une seule chose j et ensemble lis concevoir comme deux, ce qui se cou Iran e (1).
2:{. De cela seul que Tâme est essentiellement distincte du corps, il s^ensuit qu'e//e ne périt pas ncUurellemenl avec lui, et qu'ainsi elle est immortelle. £t nous ne pouvons concevoir autre chose de la plupart de ceux qui meurent, sinon qu'ils passent dans une vie plus douce et plus tranquille que la nôtre, et que nous irons les trouver quelque jour, même avec sovrefonre du pissé, csiv nous trouvons en nous une m(fmoir6 intel- Ifcluelle qui est assuré m mt indépendante du corps, « Cependant , par la seule raison naturelle, nous pouvons faire beaucoup de conjectures à notre avantage et avoir de belles espérances, mais non aucune assurance ; et pour ce que la raison naturelle nous apprend aussi (|ue nous avons toujours plus de biens que de maux en cette vie, et que nous ne devons point laisser le certain pour Tincertain, elle me semble nous enseigner que
(1) Réff. mue vbj, sixièmes, uo 12, cl Lcllrei, l, 30. C'esl dune Vé qnc Dcâcarles iMœ celU' parlii' île la iiii*ta|(1iv ii|ue.
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noiis ne devons pas véritablement craindre la murt, mais <iue nous ne devons aussi jamais la rechercher (i). »
Qaant à la connaissance de Dieu dans cette vie future, ({ue la foi nous enseigne, elle devra différer de celle (|ue nous avuas aujourd'hui en ce qu elle sera ùtlallive ^ notre entendement n'y étant que pas>if et recevant les rayons de lu Diviiiilé, au lieu que nous ne connaissons Dieu, shu^i ihiracle^i\iiG par le raisonnement cl le progrès de nuire discours (|ul part des principes de la foi qui est ohsrure^ ou des idées et des notions naturelles qui sont en nous {'2)
'ii. Revenons maintenant à Tânie et à .«-on état en cette vie, à la nature et à Torii^ine de ses facultés et de ses idées ; il iiuit de la manière dont nous comprenons la substance , les altributs et les modes, qu'il doit y avoir pariié entre la relation ile rétendue à ses modes, et celle de la penst e aux siens ; on peut donc dire que les pensées sont des modes de l'âme, de même que toutes l&s figures que [)eut revêtir un morceau de tire flexible sont des modes de cette cire ; et s'il est vrai qu'il faut en nous autant de facultés que de diversités à connaître . c'est de même que la cire a autant de facultés (|\^*elle peut recevoir de figures (3). Quant à l'origine des idées, elle est triple, car elle est en Dieu d'abord, qui a mis en notre âme ses dispositions innées, ensuite en notre ame elle-même et dans la uiatière. Notre intelligence est passive en recevant les idées (lu dehors comme un morceau de cire est passif quand il reçoit diverses figures. Les idées qu'elle reçoit lui sorit transmises par les objets qui touchent les sens, ou bien se rencontrent fn elle comme des dispositions préalables ou comme des impressions déjà reçues, dont elle a mémoire, et pour celles (|u'el le j-e donne elle-même, elles tiennent à sîi partie artive, qui est la volonté, dont les mouvements peuvent appeler ou éloij^ner les idées. C'est ainsi que le* figures que reçoit la cire doivent être rapportées, partie aux autres corps quj la pressent, partie
(1) Lettre à Jfferscnne ,11, 50, et h M. de Ziiytlichem, III, 120. On trouve dans celleci le paange suivant: c Nonobstant que nous Teuiljmis croire et même que nous pension* croire très-fermement tout c<? qui nnns est enseigné par la religion, nou» n'avons pat nean- Dtoins coutume d'être >i toucbéi» des çboMss que^ la seple foi nous enseigne et où notre rainnn ne peut atteindre, que de celles qui nous sitnt avec cela persuadées par des raisons natiireUes fort évidentes 9 A la princesse Alisubeth, 1 , 9.
(2) Lettres, III, 124.
(•'f) Fragm. de lexemplaire de la bibliolbèciue dt l'inâlilul, cdtl. Cniijiu, \11I, |Gî).