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Mais comment procédera-t-il

Il pourra, sans aucun doute, analyser, soit dans le sujet, soit dans l'objet, les diverses forines sous lesquelles ils lui apparaissent, pu pour mieux dire sans lesqueHes ils ne lui apparaîtraient pas. Mais il devra soigneusement éviter de nommer autre chose que le fait. S'instruire n'est pas inventer, n'est pas créer, et il est clair qu'on ne peut d'abord apprendre qu'en observant ce qui est d'abord.

7. Signaler ces différents caractères, c'est assez dire que le sujet et l'objet n'apparaissent pas toujours identiques à euxmêmes. Nous leur donnons différents noms selon les formes variables de leurs manifestations. Ce sujet immobile, qui est en

(1) lie mot esprit employé et très^Iaiirement dëfini par Descartes rappelait malhearetisement des sjstèales peu scientifiques comme ceux des néoplatoniciens sur leii âmes. L'emploi que les anciens et les P^res de l'Eglise en avaient fait, tendait, comme son origine ëtjmologique au surplus, à détourner son véritable sens dans le cart&ianisme . Il fut et devait être mal compris par le plus grand nombre.

Xe mot matière est certainement de tous les mots celui doot on a le pins abusé dans tous les temps. Il est seul responsable de la confusion et des' non-preuves pour ne pas dire des non-sens des systèmes appelés matérialistes. Son vice fondamental est de présen* ter au vulgaire un sens 'prétendu clair et au fond parfaitettent vagoe. Gé mot indéfini», sable trompé tous les joura beaucoup de bonnes gens.

nous témoin de sa propre mobilité, en devenant objet pour laimême s^appellera tour à tour pensée, sentiment, imagination, volonté, et ne cessera pas d'être lui cependant; de son côté, le seul et même objet auquel tu te rapportes actuellement ne changera pas, tu le sais, parce que tu l'appelleras senti, imaginé, voulu, ou parce qu'il sera senti rond, et puis dur, et puis chaud, etc. ; il y a donc quelque chose de constant parmi toutes ces variations du sujet et de Fobjet, et par conséquent une idée qui précède et embrasse toutes les autres.

Ainsi une notion apparaît une seule notion commune à la fois au sujet et à Tobjet, c'est celle de Têtre. 11 est clair, en effet, que toute notion implique celle de Têtre, autrement dit qu'il faut être aussi bien pour être sujet que pour être objet, pour penser que pour être pensé ; et la raison toute simple de ce fait, la seule même qu'on en paisse donner, c'est que le premier savoir aperçoit l'être, le sujet et l'objet unis et inséparables (1).

8. Le savant s'arrêtera là et reconnaîtra l'impossibilité d'aller plus loin dans cette voie. Il pourra, s'il lui plaît, pousser jusqu'à ses dernières limites une analyse raffinée des notions . ou des manifestations intérieures de sa vie et de son savoir ; il pourra étudier la notion en tant qu'elle implique un être ou qu'elle pose un objet ; mais il se trouvera devant un mur infranchissable tant qu'il pourra penser que l'être est un peut être, que l'être est moi, et qu'en moi la vie se joue sous trois masques, celui de l'être, celui du sujet, celui de l'objet, et que Têtre est tour à tour pour lui-même objet et sujet dans cette éternelle comédie.

Il pleurera donc dans sa solitude, il pleurera les ailes coupées en présence d'une création dans laquelle il voudrait s'é-

(X) L'idée d'être est an fond la première et la base de toutes les antres ; c'est l'être qni, dans toutes les manifestations intérieures de notre vie, se présente comme objet ou sujet et implique ces deux formes. Parmi ces manifestations, la première et l'indispensable en legiqne et en fait est donc la pensée de l'être; et le cogite ergo sum se traduit fidèlement ainsi puisque co^i'fo' renferme sum. Pour penser il faut être disait Descartes. ]jb» est toute l'intuition et tout l'argument. Ensuite cogito exige un sujet et im objet, cela est Trai. le sujet c'est l'e^o çuatenus cogitant { quant 2i l'objet, il n'est pas nécessaireoient tel ou tel objet, tel on tel corps snrtoutj comme les épais gassendistes le crurent ; il peut même être et il e»t contiimellement une autre pensée, le sujet vu objectireoientt j

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lancer ; il niaudira le savoir, et se tordra les mains en désirant n'avoir jamais pensé. ^

9. Hommp, réjoais-toi cependant ! ta pensée sera fécondée. Garde le savoir, mais appelle la croyance.

Te rappelles-tu qu'en parcourant tout à Theure le royaume intérieur, tu trouvais que la conoaissance revêt diverses formes? Ces formes, tu aurais pu, suivant de nobles exemples, leur imposer le nom d'idées en Rattachant à ce qui les caractérise comme appartenant à un sujet. Le nom de choseê leur convenait au contraire en tant qu'elles supposent une existence objective ; eh bien, il s'agit d^accorder à ces choses un être indépendant, il s'agit de croire que ce que tu connais sous la forme objective est sujet aussi, sujet sans toi, sujet autre que. toi ; de croire, dis-je.

Mais je reprends de plus haut.

40. Les .idées, ces phénomènes internes auxquels tu reconnais ta vie, posent devant toi différents objets ; quelques-uns ne sont encore que toi-même envisagé objectivement sous tel ou tel aspect, du moins tu en juges ainsi. Mais il en est d'autres qui portent des caractères à eux, et qui te semblent invinciblement avoir des titres à une existence propre. Analysons sommairement ces caractères : à quelque observation de phénomènes subjectifs que tu veuilles te livrer, tu trouveras le caractère de succession constamment impliqué dans le rapport de ces phénomènes entre eux, et celui de durée dans chacun d'eux. J'entends par là que certaine notion que tu nommes ainsi les accompagnera en toi, et en sera inséparable. Et, de même, si tu attaches ton attention à un phénomène objectif, mais purement objectif et non sujet envisagé objectivement, tu trouveras que le caractère ûeVétendue lui convient, tandis que celui de position lui appartient dans son rapport avec les autres phénomènes du mêm*e genre.

41. Sous ce dernier caractère, l'être, une fois conçu, te parait entièrement indépendant de ta vie subjective ; il semble moins relever d'elle que s'imposer à elle. Il pose la chose hors de toi, et ce mot hors ne prend une signification bien claire qu'en ce moment. Il exige impérieusement ta croyance en lui, et force ton consentement malgré que tu voulusses le nier pour ne croire qu'en toi ; que dis-je? tu deviens toi-même, tu deviens lui sous un certain rapport ; il te prête son être, et,

grâce à cette participation forcée, il te commande, il te tient à la clialne, et te force à subir certaines modiûcations subjectives à la suite de ses propres modifîcations.

Si, à Têtre hors de toi et sans toi, tu accordes retendue qui en est le caractère dans ta pensée, il ne t'en coiHera rien de lui accorder aussi la durée. De même que retendue, la durée n'existe pas seulement dans tes idées, à ce qu'il te semble, mais tu es fort porté à croire que la chose est et dure, serait et durerait, quand bien même tu ne serais pas. Le monde s'échappe ainsi de ton sein et de toutes tes idées , tu fais des attributs pour Têtre, non-seulement l'espace et le temps, la figure, le nombre et le mouvement, mais quelquefois' aussi la con. naissance et la volonté, toujours la vérité, la bonté, la beauté. Tu places enfin dans l'être une infinité de modes pour répondre à l'infinie variété des idées : froid, chaud, dur, coloré, sonore, aimable, désirable, connaissable, en deux mots : sensible, intelligible.

42. Si tu rentres ensuite en toi-même, tu éprouveras une grande satisfaction. En effet, beaucoup d'idées qui, auparavant, ne se présentaient à toi que sous une réalité purement subjective, recevront de ta nouvelle croyance un grand déveloj^pement ; cette notion d'un et de plusieurs qui, jusqu'ici, ne trouvait à s'appliquer qu'à l'analyse abstraite des formes du sujet et de l'objet dans ta pensée, prendra tout d'abord une extension immense. Tu ne diras plus seulement Tétre, mais aussi les êtres, et tu appliqueras la variété des idées à la multiplicité des choses. La nature entière te sera révélée si tu nommes ainsi, comme je le crois, l'innombrable série de ces choses qui réalisent la multiplicité dans l'être, tandis que chacune d'elles t'apparait avec un caractère bien marqué d'unité. Le monde^ Vunivers ne seront plus de vains mots pour toi, et ta parole ne nommera plus seulement des phénomènes, mais des êtres. Enfin les notions du même et de Vautre deviendront aussi plus claires quand elles porteront sur des faits, et non plus sur de simples distinctions de la pensée. Les mots tout et partie s'éclairciront, et tout ce qui est diversité et rapport dans Vêtre s'expliquera, du moins jusqu'à nouvelle ordre (I),

(1) La difficulté ert en effet plutAt Ûoipiàe que résofatc, «t l'on verra fw» ces id^ d'un et de plusieurs, de même et d'mUre, ^c.» ne sont pas plus facile» \ ooaciiier dans

quand les objets s^élèveront à la dignité du sujet, et te forceront à les reconnaître pour tels.

45. Entre donc dans une voie nouvelle, si tu ne veux te consumer à rouler éiernellement sur toi-même. Dans celte voie qui sera ton guide? la croyance. Tu la suivras ou tu périras à rinstant , car la croyance, c*est encore toi , çt tu ne pourrais lui refuser ton assentiment qu'en paroles (^). Or, la suivre, c'est reconnaître que toute chose à laquelle tu rapportes un certain attribut existe par cela même, et que cet attribut lui convient , ou que tout être dont tu as l'idée existe subjectivement, précisément tel que tu l'aperçois objectivement et de la manière et dans la mesure où il t'est représenté. La suivre, c'est reconnaître encore que les principes généraux ou axiomes qui règlent les rapports des êtres et qui, à la fois, te paraissent parfaitement clairs et entraînent invinciblement ta foi, sont aussi réels du genre de réalité que tu leur connais et que tu leur attribues, c'est-à-dire que lés rapports des êtres sont tels que tu les penses (2).

Telle est la double face de la croyance. D une part, réalité des idées ou essences qui sont le point de départ du savoir, c'est-à-dire réalité de leur être subjectif et de leur être objectif j d'autre part, réalité des rapports qu'envisage la raison (3).

l*objet que dans le sujet ; mais en attenclant elles acquièrent plus d'extension et une douHIe importance.

(1) Nous sommes tous nés dans la croyance, et en elle nous devons vivre et mourir. Jaeobi»

(2) Ce serait là la doctrine de Descartes telle que Ke'gis la produisit, si Régis eût donne 2i ce critérium tout logiqtie de la certitude une preuve antre que lui-même : la crojance» la foi , ou un principe équivalent. Kais il s'en tint a l'énoncer comme un fait évident sans songer qu'il n'évitait ^pas ainsi ^'idéalisme absolu, qui par lui-même est impropre It passer an réalisme.

(3) La logique fécondée par la crojance devient donc ontologie, mais il est fortimportant d'apprendre 'Si conclure de l'une à l'autre; une revue, une collation complète des idées est d'abord nécessaire i II faut que leur unité soit bien établie et leur pluralité bien biérarcbisée. Il faut surtout les accorder entre elles, si par cas elles divergent ou même se contrarient, dût ta croyance être une seconde fois invoquée. Ceci soit dit ici seulement pour éviter les objections qui pourraient être faites k ce passage de l'idéal an réel. Qn*on songe que tons nos raisonnements jusqu'ici sont pleidement rigoureux, et entre antres ce dernier qui établit ce que la croyance exige et obtient constamment de l'homme. Nous obéissons tous \t cette tendance ; tous nous effectuons ce passage, ce qiii ne vent pas dire* ^pie nous tronvion» tous 2i l'autre bord la vérité même. Reste donc ii cbercher ce qu'il faut faire pour être, non plus seulement simple vivant, mais pbilosopbe.

14. Telle est aussi la théorie des idées, et c^est ainâ que pourrait se définir Tidéalisme, seule philosophie vraie, fécoadée à sa base par la croyance.

En effet, et tu Tas vu, tout savoir exige d'abord une croyance à ta propre vie, à tes phénomènes intérieurs; tu es, c'est-à-dire tu penses, tu veux, tu raisonnes, tu sens; et cette intuition est une pure foi qui n'a rien de commun avec les (ormes de la science ordinaire.

Or, s'il t'est donné de te connaître, c*est que tu es objet ponr toi-même. Mais tu n'es pas le seul objet qui pose devant toi. Au contraire, tes idées en posent plusieurs, et chacun d'eux a son caractère et ses attributions propres. D'ailleurs Tidée de l'être est une, elle convient à l'objet comme à toi, et, nonseulement l'objet en général ne te parait pas encore toi, mais il te paraît être certainement autre que toi. Pourquoi donc ne te contenterais-tu pas de Tintuition de l'objet quand il faut bien que tu te contentes de celle du sujet. Pourquoi croire à l'un et ne pas croire à l'autre? pourquoi' l'un serait-il plus que l'autre sous le tribut de la science (4)?

15. Mais si tu es le centre du savoir, si en toi seul la vérité est écrite, il n'en ei*t que plus important d'apprendre à la bien lire et de chercher dans une étude attentive où va ta pensée, ce qu'elle veut, ce qu'elle peut établir, ce qu'elle exige, ce qu'elle permet, ce qu'elle défend. Dès ce moment^ le champ est ouvert au savant, il n'a qu'à marcher libre de toute contrainte à la découverte du monde.

Que la science triomphe donc au début de la logique ; n'at-elle pas plein pouvoir pour ériger les idées en natures, en essences ; et ces idées, qui sont purement représentatives et portent leur vérité en elles-mêmes, où trouveraient-elles désormais une contradiction ?

A moms que les idées ne se refusassent mutuellement leur contrôle aux yeux de la science, que la pensée n'entrât en lice

(1) Descartes, pour donner nn fondement ^ notre crojanee en b rëaliti des objets, proo* Tiit d'abord l'existence de Dieu, et de l'idëe de sa véracité concluait à l'existence des objets de nos pensées. Mais pour arriver 2i prouver l'existence de Dieu, il fallait croire déjà k la vérité de l'objet de la pensée qui nous le révèle, puisque par le fait nous ne connaissons qne cette pensée. Descartes faisait donc réellement un appel !i la crojanee. — La croyance ne marcbande pas cependant ; elle veut accordée en même temps la réalité des objets de tontes les idées.

contre elle-même et ne se combattit, qui sait si, du sein de la contradiction, un nouvel appel à la croyance ne pourrait pas devenir nécessaire ?

§ II

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