‹ Manuel de philosophie moderneChapitre 85 sur 86 · Il ne nous reste plus maintenant qu'à examiner quel · texte numérisé non relu

Il ne nous reste plus maintenant qu'à examiner quel

ques-qnes des questions fondamental&s de la métaphysiqae et de la physique, qui, bien qu'elles dépendent directement des principes, ou plutôt à cause de cela même, ont produit de tout temps et produisent encore des discussions acharnées. C'est toujours au point de vue de la solution cartésienne transformée dans le système des monades que nous procéderons, et en mêlant, comme nous Tavons fait jusi]u'ici, les considérations historiques à Texposé des dogmes.

Les démonstrations de Texistence de Dieu se présentent d^abord, et nous paraissent parfaitement nécessaires et convaincant&s, en admettant cependant la croyance innée, involontaire, invincible, comme appui des principes sur lesquels ces démonstrations reposent, li nous est impossible, en effet, de nier les lois dont nous avons la révélation intérieure, et ces lois, celle de la causalité par exemple, sont telles qu'elles nous entraînent hors de nous, dès que nous avons reconnu que nous ne pourrions être, sans le savoir, auteurs de nousmêmes et de ces lois. Nous avons vu que le parfait, l'absolu se pose dans le moi et qu'il s'en échappe ensuite pour embrasser dans une seule étreinte et le moi et le non moi ; nous avons vu aussi le mot, centre universel, dès la première pensée connaître l'objet en même temps que le sujet, et croire par conséquent à son objet comme à lui-même ; mais bientôt il voit les rôles changer; cet objet c'est un sujet pour lequel il est objectif, et ne pouvant le nier parce que la notion de l'être est une en lui, il croit déjà, sans le savoir, et au monde extérieur et à Dieu.

22. Les objections de Kant (1) aux preuves cartésiennes de l'existence de Dieu viennent se placer naturellement ici ; et, en les appréciant, nous achèverons d'éclaircir la question : or ces preuves impliquent deux principes : la réalité des idées, la causalité. Attachons-nous d*abord au premier.

Ce principe est celui que Descartes énonce ainsi : Ce qui est compris dans le concept d*une chose est vrai de cette chose et peut en être affirmé, Kant objecte que poser un sujet comme éminemment réel, c'est déjà faire entrer l'existence pour la conclure ensuite; qu'à la vérité le sujet entraîne le prédicat, à moins de contradiction ; mais qu'il n'y a aucune contradiction à supprimer l'un et Tautre à la fois : d'où il suit que le principe

(1) Kant., Critique de la raison puret I. II, ch. $•

ci-dessus ne peut être employé à prouver Texistence de l'être éminemment réel. Déjà bien avant Kant on avait préludé à cette objection trop spécieuse pour ne pas avoir frappé dans tons les temps les esprits didactiques, mais qui, dans le fait, ne combat qu'un fantôme, et laisse debout la vraie théorie des idées telle qu'elle est contenue dans Descaries ; le père Daniel (4) dit même positivement que placer Têtre au nombre des pcpTections divines, c'est déjà supposer que son idée est une idée vraie. li ne voit pas et Kant n'a pas vu non plus que Tidée étant présente à Tesprit, le philosophe ne peut s'empêcher de la poser tout entière et telle qu'elle lui estYévélée ; il n'y a là certes de sa part aucun caprice. Maintenant cette idée est telle qu'elle en veloppe l'existence de son objet; le philosophe n'y peut mais, et il faudrait accuser Tordre des choses d'après lequel toute conséquence est inévitablement renfermée dans ses prémisses. Kant objecte encore qu'une possibilité logique, tirée de l'absence de la contradiction dans le concept, n'entraîne pas la possibilité réelle, laquelle suppose une expérience possible dans l'ordre de choses à nous inconnu ; mais cette objection revient tout simplement reprocher à la raison pure de n'être pas rexpérience. Il faudrait pour que de pareils arguments pussent renverser la théorie des idées, qu'on ne se contentai pas de lui demander un genre de preuves qui n'est pas à sa portée ; mais que l'on montrât que nos idées, sous la forme qui les accompagne, ne sont que des illusions ; que le monde extérieur est autre qu'elles ne le posent, et que les raisons à priori ont leur base en nous-mêmes, ou bien encore ont une base extérieure toute différente de celle que nous leur supposons. Or, c'est là ce qui est à tout jamais impossible, et cependant, tant qu'on ne l'aura pas fait, la croyance viendra au secours de la raisoa pure, et adoptera le monde qu'elle a créé : tant qu'on ne l'aura pas fait, la critique n'aura de valeur rationnelle qu*en faisant un appel à l'idéalisme absolu.

Nous disons que les idées de la raison pure doivent avoir un fondement soit en nous, soit hors de nous, et ceci nous ramène au second des principes qui appuient les démonstrations de l'existence de Dieu, c'est-à-dire à la causalité. Ici encore il faudrait ou invoquer l'idéalisme de Fichte, ou expliquer comment

(1) Voyage du monde de M, Descarlet, part. II.

nous sommes dupes d'une idée si fortement enracinée en nous. Quedis-je, expliquer ? ce serait beaucoup que de faire entrevoir une raison de se refuser à une croyance indépendante des opinions, des préjugés, des sens et de Tesprit lui-même qui semble bien plutôt la suivre que la créer. Jusque-là la doctrine de Tégoîsme, ou, en désespoir de cause, un scepticisme clair et net comme celui de Hume, nous paraissent bien plus scientifiques que la philosophie critique. Aussi ne nous étonnons-nous pas que les élèves de Kant se soient élancés si loin du maître en paraissant d'abord le suivre.

25. Nous nous sommes longuement étendus sur la destinée du dualisme cartésien de Tesprit et de retendue, transformé par Spinosa et par Leibnitz, et sur la forme qu'il nous parait devoir prendre aujourd'hui. 11 serait donc inutile d'y revenir ici, si ce n*était pour rappeler que ce dualisme iutplique dans l'être simple, soit Dieu, soit la monade créée, deux attributs réels, mais non une séparation réelle ou possible de deux éléments. Au surplus. Descartes et Leibnitz n'ont jamais cru que cette séparation dut se faire, et ils ont même affirmé le contraire. Pour les êtres finis, il n'y a donc là qu'un double point de vue nécessaire après la manifestation, et lié à celui de sujet et d'objet, d'actif et de passif. Mais alors on doit se demander ce qu'est l'étendue et ce qu'est la pensée dans les composés. L'une et l'autre y est variable dans la série infinie des phénomènes que produit la manifestation de l'être. L'une y dépend des relations des monades qui forment ces composés, en tant que ces monades sont étendues, Tautre de ces mêmes relations, en tant que les monades perçoivent ou pensent, et de la position plus ou moins élevée qu'occupe chaque monade dans le centre où on la considère.

24. Il nous sera maintenant facile d'examiner l'importante question de l'immortalité de Fâme admise par Descartes ou, en d'autres termes, de la permanence après la mort du principe pensant opposée à la décomposition du principe étendu, qui lui était uni. D'abord cette opposition semble fauSs^e, d'après le système des monades, puisqu'elle fait envisager, d'un côté, une seule monade, et de Tautre lout un ensemble ; la question est aussi par trop facile à résoudre alors, car le composé peut périr en tant que composé, mais non le simple en tant que simple ; mais rétablissons le problème en termes sérieux, car

il serait puéril de s'en tenir à l'assurance d'une ipiinortalité Tague, qui appartient également à tout ce qui est.

Or, la mort n'est, dans le fait, qu'une brusque disparition des manifestations de la pensée dans Tbomme, en tant qu'elle servait de fondement à des relations intellectuelles, dès lors interrompues, et qu'une cessation simultanée des fonctions de son corps, en tant qu'elles s'exécutaient aussi suivant certaines relations sensibles, constantes et régulières (1). XI semble donc y avoir parité et, des deux côtés, une destruction de l'ensemble, tel qu'il nous était révélé. Seulement aux phénomènes sensibles antécédents de nouveaux phénomènes sensibles qai leur sont liés, succèdent pendant un temps assez long, et peuvent être prolongés ou dirigés artificiellement, comme tous les phénomènes de ce genre (2) ; au contraire, les phénomènes intellectuels nous échappent immédiatement. Mais comme par leur nature même ceux-ci ne peuvent laisser de traces que dans les intelligences survivantes, tout comme les phénomènes sensibles en laissent dans les corps survivants soumis à nos sens, nous croyons fermement rester dans le vrai, eu affirmant que, d'une part, la fin de la pensée d'un homme dans ses rapports avec la vie terrestre, de Tautre la fin tout aussi subite de son corps vivant, respirant, sécrétant, assimilant, sont deux accidents absolument pareils, deux côtés analogues dans le phénomène de la mort, et en parfait rapport avec ceux qui leur répondent dans le phénomène de la vie.

Cela posé, que pouvons-nous penser, si ce n'est qu'à cette révolution subite les monades, dont ressemble constitue Thomme, et entre autres sa monade centrale ou son moi cessent d exister dans les mêmes relations, soit mutuelles, soit avec celles de la nature extérieure, et en commencent de nouvelles, de telle sorte que la mort est pour chacune d'elles une véritable naissance. Seulement nous ne connaissons^nous qui restons, ni cette nouvelle vie, ni les rapports qui l'unissent à T ancienne.

(1) Cette dëfiaition de la mort semble au premier abord impliquer n n grand nombte de notions ; cependant il s'en faot qu'elle soit trop compliquée, car il faudra it retendre encore poQr la faire parfaitement rigoureuse. L'idëe de la mori n'est pas simple ; enseigna par l'eipérience, elle n'arrive qu'après beaucoup d'antres idëes. Cette simple rtmarqne doi' suffire pour mettre en évidence la profonde absurdité de^ pbjsiologistes qni ont misera, blement suppose l'idée de la mort dans leur définition de la Tie. Bicbat, ^Recherches sur

iu yi« et la mort.)

(2) Momification, embaumementt incinératioB, etc., etc.

Revenons maintenant à Fidée de l'immortalité de Tâme, telle que Deseartes Ta établie dans la philosophie moderne ; elle repose sur deux points principaux : 1® L'âme étant distincte du corps ne doit pas naturellement périr quand le corps se décompose. Or, cette preuve subsiste toujours pour nous, et se trouve modifiée dans la lettre plus que dans 1 esprit; en effet, la monade centrale ne peut perdre ni sa nature, ni ses facultés intensives, ni même, jusqu'à uii certain point, ses connaissances acquises, par le fait de sa séparation d'avec les autres monades, pas plus qu'après le sommeil, par exemple, quand toute la nature a varié autour d'elle, et qu'elle ne retrouve pas un iota de pensée ou d'étendue à la même place; pas plus, disons-nous, qu*elle ne cesse alors d'être la même monade, et de vivre comme telle, selon sa nature et ses souvenirs. La mort du corps est, à la vérité, plus qu'un changement de figures, mais elle n'en entraîne pas plus pour cela la destruction du principe pensant. 2® L'esprit étant indivisible, et s'employant tout entier à vouloir, à penser, à sentir, il n'est pas sujet à périr par division ou décomposition de parties comme le corps, et dès lors on ne voit pas comment il périrait. Cette preuve, que Descartes ne donne qu'en passant, et qui a servi plus que toute autre à défrayer les métaphysiciens modernes, est encore d^une grande valeur, selon nous, pourvu qu'elle soit convenablement présentée. L'être est essentiellement un ; or, tandis que le corps est une réunion accidentelle, quoique à chaque instant déterminée, d'une multitude infinie d'êtres, et tandis que les idées actuelles dépendent de l'état et des relations de tous ces êtres, cependant l'esprit humain ne laisse pas d'avoir la conscience de centraliser toutes les idées possibles en une certaine monade ndivisible, et d'agir librement sur elles. Ainsi, l'esprit diffère du corps comme le centre de la circonférence, et, après que le cercle est effacé, subsiste encore. Sans doute la pensée humaine éprouve manifestement sa multiplicité, mais elle a simultanément la conscience de son unité (1). Elle diffère du corps comme

(1) Kant. rëfatant la preitTe de la permanence de l'âme de Moses Meodelsobn, c'est-4io dire au fond celle de Deseartes, en appelle à la possibilité d'une division des facultés intensives de l'esprit pour en conclure la possibilité d'une diminution et par suite d'une extinc* tioa de ces facultés. II appuie cetto idée de certaines hypothèses physiques qui la font comprendre en expliquant la transmission de k pensée par voie de génération. ( Crit. de ^ iaisonourct 1, II, ch, 1 ) Mais cette objecUoa est sans valeur pourvu que l'on regarda

Tétre diffère des êtres. Ce qai est réalisé extensivement dans le corps, Tâme le contient virtuellement dans son étendue infiniment petite. Or, les êtres peuvent se disjoindre et changer leurs relations, mais Têtre ne peut s'anéantir ni cesser de représenter le monde à un certain point]de vue. Et, si cet être est actif et libre dans son essence, il ne peut déchoir; mais la seule puissance d'exécuter est pour lui renfermée dans de nouvelles limites, ainsi que celle de percevoir passivement, jusqu'à ce que le développement des lois générales, qui lient progressivement les êtres entre eux par Tamour, la connaissance et Faction lui ait fait retrouver dans des circonstances analogues à celles où il a déjà vécu la suite interrompue de son ancienne vie.

Nous rappellerons ici, sans autre explication, l'hypothèse palingénésique de Bonnet, dont nous avons parlé. Qu'on introduise dans cette hypothèse l'idée de l'infini, et l'on sera sur la bonne voie des méditations pour ce qui regarde Timmortalité de rame et la vie future. L'idée du progrès, qui est celle de Vordre dans le temps, devient, de nos jours, aussi essentielle à la science que celle de Vordre dam l'espace ; et la vie ne peut être sans elle étudiée dans son histoire.

25. Si nous regardons les animaux comme constitués par certains ensembles de monades, qui forment d&s organes, lesquels sont à leur tour centralisés par d'autres organes, sans que jamais, dans la vie réelle ou dans les circonstances de son développement, aucune monade puisse être mise à nu, pour ainsi dire, nous comprendrons vraiment l'essence de la vie dans sa multiplicité, et nous la définirons par la relation réglée d'une infinité d'êtres. Chaque organe est uii animal dont les parties sont elles-mêmes des animaux dont les organes propres finissent par nous échapper, et cette sorte de décomposition vitale va jusqu'à l'infini. On peut inversement composer ranimai jusqu'à TinOni, mais d'une manière générale seulement, car les relations organiques de l'homme à la nature nous échappent en grande] partie. Nous connaissons.

l'être en Im-mAme comme impërissable, ce que la raison ne peut éviter de faire. Qnelle que soit la définition de l'être simple : force, conscience, étendue , il est impossible de concevoir qne ce qui est puisfe cesser d'être en tout ou en partie ; et la diirision intensier, on multiplicité dans le simple, ne suppose ni solution de continuité ni affaiblissement.

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cTiin autre côté, l'essence de la vie dans son unité ; elle se détinit par la force primitive et par l'appétit ou volonté dans la monade, c'est-à-dire dans Tinfiniment petit. Maintenant nous ne croyons pas que, dans les relations naturelles des êtres, aucun centre puisse être sans circonférence; car, en approfondissant de plus en plus, en creusant Têtre, ou trouve Dieu au fond de l'élément simple comme au-dessus du tout universel Ainsi une âme, celle d'un homme par exemple (bien que métaphysiquement elle ne soit comprise que comme une substance simple envisagée sous l'attribut de la pensée), peut cependant être remplacée, dans toute spéculation sur la nature, par un organe central, aussi petit que l'on voudra, complet néanmoins, et représentant le tout humain. Les germes étant contenus à Tintini, les uns dans les autres, chacun d'eux pourra être alors considéré comme portant avec lui cet organe central, incorruptible en fait, et Ton n'en comprendra que plus facilement l'entier, mais successif développement de chaque être sur un certain patron matériel, fondement de la sensibilité, auqael les conditions voulues manquent encore pour qu'il puisse agir dans noire monde, mais auquel elles seront graduellement données. Il ne faut jamais oublier que tout est relatif, au point de vue qui convient à l'homme ; que l'absolu n'est qu'un néant pour lui, et qu'une seule pensée l'unit à Dieu, celle de Tordre et du progrès, dont il lui rapporte nécessairement la cause, les lois et la tin. Mais cet ordre et ce progrès le lient pour toute l'éternité aux autres êtres finis, qui peuvent seuls servir directement à sa vie, et avec lesquels il est pleinement solidaire. Or, ces êtres \e groupent sur une infinité de degrés, depuis la plus simple perception jusqu'à la conseience la plus claire, depuis Tinstinct le plus circonscrit jusqu'à la raison la plus générale, depuis le plus bas appétit jusqu'à l'amour le plus radieux, jusqu'à la volonté la plus irrésistible. Le monde entier n'est que leur ensemble ; l'histoire passée et l'histoire future du monde ne sont que leur vie élernelle. Nous ne devons pas nous croire parvenus aux limites, car H n'y a pas de limites, et il est tout simple que nous ne puissions ni percevoir, ni même rêver avec quelque clarté, ce qui n'est pas encore. Levons haut la tête, nous le pouvons, mais n'oublions pas cependant que les animaux sont notre substance, et que nous sommes la leur. Dieu est en eux, non comme en nous sans doute, mais enfin il y est. Nous nous élèverons, ils s'élève-

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ront de même, et Tidée de la métem{>syco3e est grande qaand elle est transformée par l'idée du progrès.

L'absolu, la vérité suprême, indivisible, être et néant de l'univers, étant ainsi ravi aux aspirations humaines qui ne Font que trop souvent poursuivi, il nous reste, au-dessus de tous les êtres, et comme but idéal, métaphysique, cause et fin de leur progrès, le Dieu verbe, et la Providence qui pense en lui, et Tamour qui en émane. Tandis que dans l'absolu toutes les notions d'ordre, de bonté, de beauté, se confondent daus l'incompréhensible et innomable vérité de l'être ; au sein du verbe, au contraire, elles se déroulent magniOquement pour exprimer les formes idéales que revêtent toutes les relations dans la vie •universelle. Nées des manifestations multiples de Tesprit et des sens, elles s'appliquent d'abord à tous les rapports, à toutes les harmonies de la vie ; elles sont alors variables comme ces rapports eux-mêmes ; elles ont leurs contraires , comme tous les actes, comme toutes les pensées ont les leurs ; puis en tant que le monde où elles s'incarnent réalise successivement son harmonie générale, en s'étendant d'unp certaine origine à un certain accomplissement, elles atteignent en lui un nouveau degré de réalité et de splendeur ; elles marchent à la domination et à l'unité.

26. De l'organisation du monde sensible, et de la doctrine que nous avons exposée, on peut conclure que toutes les actions et réactions vivantes des monades, ou des petits organes qu'elles composent, sont renfermées dans certaines limites plus ou moins étroites ou larges. Toutes les apparence de la matière s'expliquent ainsi depuis celles qui se rattachent aux plus libres modifications que dirige l'esprit de l'homme jusqu'aux changements les plus lents et les plus réglés que la physique explore dans les corps supposés inertes. Nous croyons donc que tous les mouvements naturels ont sensiblement lieu par le mécanisme de Descartes, et cela parce que les phénomènes produits par les appétits des plus basses monades obéissent sensiblement à la nécessité, c'est-à-dire ne peuvent varier que dans des bornes très-resserrées. Ainsi Ton peut aller jusqu'à regarder la plupart des actions des animaux qui nous entourent, et les actes instinctifs de Thomme, comme faciles à prévoir et à rattaclier aux actions mécaniques extérieures ou istéieures ; mais la volonté n'en est pas moins réelle, et même

plusieurs déterminations des animaux prouvent incontestablement un certain degré de réflexion et la spontanéité des appélits. Ainsi le système des monades concilie merveilleusement les exigences des mécanistes avec celles des partisans des invincibles qualités occultes et de la vie de la nature, pourvu qu'on ne regarde pas le mouvement et retendue comme chimériques ou purement apparents dans les ensembles de monades. Ces deux grands principes admis, et le monde vivant partagé entre Tappétit et le mécanisme, la liberté et la nécessité, il est clair que les sciences naturelles doivent se partager de même, mais de telle sorte que chacune reconnaisse un principe dominant. Ainsi, dans la pbysîque astronomique, on peut admettre et explorer deux genres de causes, et rapporter, par exemple, Tattraction universelle à un certain fondement appéiilif dans la vie de tous les êtres qui pèsent ; mais il faut placer avant la recherche d'une cause et d'un mode d'action par le mouvement, parce qu'il est certain que l'étendue et le mouvement sont la forme de tout phénomène, et qu'aucun corps ne peut agir naturellement là où il n'est pas. Dans la physiologie, au contraire, le principe de la vie doit évidemment dominer. Il n'est certes pas défendu de chercher, comme le fait M. Magendie, une origine et des causes mécaniques aux mouvements du corps humain, et de se préoccuper en tout des lois générales qui président aux modifications de l'étendue, mais on ne peut trouver d^explication vraiment satisfaisante des Jonctions organiques qu'en accordant une véritable action vitale aux organes, comme le faisait Bichat quand il voulait, par exemple, rendre compte de la circulation du sang dans les vaisseaux capillaires.

27. En résumé, dans la physique générale, il est de la plu grande importance de conserver Thypothèse de Descartes de la circulation sans fin de la matière des mondes et de la production de tous les phénomènes sensibles par le mouvement; de ce point de vue, que nous avons dit être celui de la forme et des apparences, dépend riiypothèse de l'inertie delà matière. Aussi Descartes l'a-t-il fortement exprimée, et pour toujours introduite dans la science. Mais nous avons vu que l'inerlie apparente des corps dits inorganiques ne devait être attribuée qu'au bas degré de liberté des êtres qui les constituent, et aux étroites limites où leur actioh.se trouve renfermée ; de même dans les

iiiouvemeuts les plus généraux de la matière de' ces iiiénies corps inorganiques, il est toujours permis de supposer des variations dont la cause et les[règles nous échappent, et qui n'empéclicnt pas les lois générales d'être observables.

£n général voulons-nous établir une loi dans la nature, il y aura nécessairement lieu à négliger quelques actions partielles qui la détruiraient. Les astres ne décrivent des courbes du second degré et des aires proportionnelles aux temps qu*en vertu des causes principales qui président à leurs mouvements. Une infînité d'autres causes, au contraire, se réunissent pour modifîer ces lois, tellement qu'elles n*existeraient pas pour un spectateur qui pourrait rapporter le mouvement d'une planète quelconque à unceutresitué bien au-dessus de notre sphère. Les astres décrivent en réalité des spirales, et ils se livrent en outre à une infinité de changements de direction et de vitesse qu'on ne peut comparer qu'aux caprices apparents et aux déterminations les plus variées des esprits. Cependant nous devons oublier, ignorer, pour ainsi dire, toutes ces perturbations qui ne sont que des exceptions à nos yeux, parce que nous ne voyons pas d'assez haut pour apercevoir les lois qui comprennent à la fois ces perturbations et les mouvements principaux. Nous en connaissons quelques-unes très - générales , trèsabstraités, auxquelles nous savons que le système entier de Tunivers doit obéir ; puis nous connaissons les lois les plus spéciales qui conviennent à notre position et à notre vue; l'intervalle est comblé par ua infini que nous ne pouvons embrasser (t).

Ainsi, toute recherche physique suppose que son auteur fait abstraction, non-seulement d'un grand nombre de causes peu importantes pour nous, par exemple, de celles qui tiennentaux modifications que la vitalité des êtres inférieurs peut apporter aux conditions générales des choses, mais aussi d'un grand nombre de phénomènes importants que nous ne voulons ou ne pouvons pas lier à ceux dont nous nous occupons. Celui qui étudierait par exemple les mouvements qui ont lieu dans une liqueur qui se cristallise, et parviendrait à les soumettre à

(1) Ces lois si gëndrales, par«seinple, celle de la constance des aires, on de hgraei' talion universelle-^ ne peuvent même évidemment être obtrnucs que par la 5péaiIalioD,car leur caractère est d'être :i j.amai9 Invérifiables. •

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des lois flxes, ferait nécessairement abstraction des mouvements d'un ordre différent que produisent des causes autres que celles qu'il a assignées à la cristallisation pour servir de basç à sa recherche. Or, ces hypothèses, que l'on sait être fausses, et que Ton fait cependant, sont du même genre que celle de l'inertie des corps. Nous ne jugeons les corps inerles que parce que nous ne voulons les envisager que sous telle ou telle face de leurs relations, ou par rapport à d'autres corps d'une puissance si grande, que les premiers semblent en dépendre absolument elsans réciprocité.

Celte hypothèse est donc bonne et nécessaire pourvu qu'on n'oublie pas qu'elle est fictive et n'embrasse cpi'un côté des choses. Descartes la posait pleine et entière ; il plaçait l'esprit de l'homme au centre du tout, il ne donnait qu'à lui seul la force, le sentiment et la vie; tout le reste était livré au mécanisme. Pour nous, qui avons accordé l'étendue a la monade, nous pouvons conserver l'hypothèse de Descartes, et concevoir comme lui le mouvement dans l'étendue, c'est-à-dire, dans le plein des monades, sans pour cela nier qu'il y ait dans la matière autre chose que de l'étendue, puisqu'il y a Tétre luimôme, l'être qui agit dans certaines limites et qui perçoit de même. Nous donnons ainsi à l'étendue morte de Descartes la vie que Spinosa demandait pour elle, et nous expliquons, moins confusément que Leibnilz dans ses œuvres exotériques, ce qui manquait à la matière cartésienne.

28. La chimie occupe entre la physique mécanique et la physique vitaliste une sorte de terrain neutre où ses progrès, comme science théorique et spéculative, sont très-difficiles. Il nous semble cependant que l'étude des formes, c'est-à-dire du mouvement et de ses lois, doit prédominer en général dans les sciences qui ont pour objet de régler les évolutions phénoménales des corp^, plutôt que de rechercher les causes métaphysiques de ces évolutions. Et en effet, la chimie n'est parvenue à se constituer qu'en apprenant à peser sa matière et à soumettre à la vue et au tact, pour ainsi dire, tous les éléments des corps. La théorie des proportions multiples lui a fait faire un pas de plus dans cette voie. Il lui resterait à ramener aux lois qui régissent les modifications d'un nombre restreint et déterminé d'êtres ou de corps les propriétés jusqu'ici irréductibles d'une soixantaine d'entités élémentaires, et à rendre

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compte, par Tétat dyn^^ique ou statique des élcmeats indivisibles de ces corps, des mystérieux phénomènes, de Tisomérie et deTisom rphie. En un mot,rétude des mouvements intimes de la matière, si une heureuse hypothèse pouvait y donner entrée, rendrait Tunité à cette science aujourd'hui perdue dans une multitude iiifînie d'expériences. Quant à la section organu\\\e de la chimie, si Ton parvenait à étudier la composition des parties des êtres vivants, végétaux ou animaux, sans détruire tous leurs organes visibles, elle formerait une branclie à peu près inconnue encore de la physiologie; mais jusqu'ici la vie s'est refusée au creuset et à la balance.

Nous avons vu en détail, dans les livres précédents, comment la physique mécanique et la physique vitaliste ont contribué aux progrès des connaissances, et comment la physique expérimentale et induclive, telle qu'elle est aujourd'hui constituée, peut, en qualité de science active, exploratrice et essentiellement variable, préparer continuellement par ses travaux un appui à la science générale ; nous n'avons donc rien à ajouter ici sur cç sujet. Remarquons cependant qu'en exceptant la chimie, dont les progrès sont si récents, aucune découverte essentielle comparable à celles de Kepler, de Galilée, de Descartes, de Leibnitz et de Newton, n'est venue s'ajouter à l'ensemble du savoir. Ne faudrait- il pas attribuer, au moins en partie, la faiblesse des travaux scientifiques actuels à Téducation étroite et aux préjugés philosophiques de la plupart de nos savants positifs? La physiologie même, et cependant les médecins sont des plus empressés quand il s'agit de décrier et d'insulter le passé, qu'a t-elle ajouté à la circulation du sang? Les esprits animaux ont-ils été vaincus par les fluides vitaux, leshsmeurspar l'irritation ? La fièvre a-t-elle été expliquée, le centre des opérations organiquesa-t-ilététrouvé, et les maladies ont-elles été mieux guéries ? On cherche tout cela cependant aujourd'hui, comme il y a deux siècles, et on ne suit que les voies ouvertes il y a deux siècles, et ce qu'alors on |i'a pas trouvé on ne le trouve pas davantage. Concluons, en souhai: tant que les savants rendent plus de justice à leurs devanciers, et étudient eu général avec moins de prévention les idées de ceux qui ont découvert les grands principes et tracé les contours d'une science dont il n'y a plus qu'à savoir remplir les vides. 20. La conciliation des principesde la liberté et de la nécessité

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nous permet d'ébaucher une tliéorie générale de morale et de politique propre à réunir les points de vue les plus opposés. Nous savons en effet, et nous admettons avec Descartes, que l'homme est libre sans être jamais indifférent; nous ne sommes pas plus esclaves de Tordre de vérité, de bonté, de beauté écrit en nous que si nous étions comme Dieu créateurs de cet ordre sans dépendre en rien de ce qui en est écrit liors de nous. Mais d'une part, nous sommes finis dans in connaissance, d'autre part, combattus par des pensées contraires. De là, l'erreur et le péché. L'erreur dépend de l'imperfection de la connaissance et n'a rien de positif, le péché naît de l'application de la volonté, soit à une pensée, soit à un acte dont nous avons conscience comme contraire à l'ordre. Ainsi l'idée de la liberté et celle de la nécessité jouent toutes deux un rôle important dans l'appréciation murale des actes, et, du reste, le consentement universel des hommes les a toujours unies. Le principe de la perfection morale posé par Wolf, et qui peut s'énoncer ainsi : Agis toujours de telle sorte que Ion action puisse être regardée comme comprise dans la série des choses naturelles ordonnées par Dieu, et travaille à faire entrer toi-même et autrui dans ces loiSj nous semble représenter la notion de nécessité morale que tout système d'éthique doit contenir, au contraire le principe de la sympathie^ ou penchant naturel à l'amour et au bien, place dans Thomme et dans sa libre nature, quand aucune passion ne la gouverne, cette même perfection comme étant en lui et par lui sans aucune considération extérieure ; et, en effet, nous ne croyons pas qu'on puisse nier Tamour désintéressé, ni la vertu spontanée, pour ainsi dire. Enfîn il est un troisième principe moral qui existe plus particulièrement encore dans l'homme social. Ce principe, qui régit évidemment une sphère morale inférieure aux deux précédentes, mais dont Tutilitéest immense, c'est 17i oji wcur, c'est-à-dire, la répulsion pour un état que nous savons devoir nous faire regarder comme déchus, soit par les hommes qui nous entourent et soumettent nos actions au contrôle de leurs lois et de leurs jugements, soit par rapport à Dieu considéré, comme auteur libre et respecté de ces lois (4). •

(f) La loi de crainte,, déjh si fort affaiblie par le cbri«iiani;iinc, ne tendrait-elle pat à di.«. paraître d'entre les lionimesi sinon contint institution sociale, au moins comme ^lëmentde Ij rcli|^ion et de la vraie morale. Nous tromperions-nous en |M;nsantqne ceu« des principes reli-

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Or, S il est vrai qu^un grand nombre de prescriptions morales ont été généralement invariables dans le cours do développement de rhamanité : Ne lue pas ion frère, ne irakis pas celui qui a reçu ta foi, etc. Il n'en est pas moins vrai que la plupart des règles de conduite pour la vie privée ou publique, ont été graduellement modifiées, etne dépendent d^aucune intuitiou absolue. Nous voulons conclure de Jaque les parties spéciales et secondaires de toute doctrine morale reposent avant tout sur la croyance et sur une croyance variable parmi les hommes. Le premier objet de Thisloire est de rechercher la loi de ces variations Au surplus, comment la morale serait-elle éternellement fondée et immobile, quand elle se rapporte à TessenoÊ même de la vie humaine, et quand les hommes sont socialement progressifs, et par suite individuellement ! La morale doit donc varier, et les institutions humaines avec elle. Au point où nous en sommes aujourd'hui, si nous ne pouvons, d'après ce qui précède, admettre la possibilité d'un système d'éthique absolu et complet, c'est-à-dire propre à régler à jamais toutes les relations des hommes entre eux et avec les autres êtres, nous pouvons cependant déterminer des principes généraux, et arriver par suite à quelques notions de politique.

Nous avons fait remarquer l'apparition de Fidée de solidarité, sous sa forme philosophique, dans les doctrines de Bacon et de Descartes ; et si cette idée semble appelée de nos jours à une grande fortune , c'est peut-être parce qu'elle donne une forme très-belle et très-précise au principe delà nécessité dans les relations sociales des hommes ; ensuite l'amour de soi et Tamour d'aulrui, la perfection individuelle et la perfection commune, trouvent dans cette idée un même fondement. D'ailleurs, éminemment humaine, elle détruit à leur base, et la dé votion ascétique, et l'égoïsme , tandis qu'éminemment divine aussi pour qui sait la comprendre et l'enseigner, elle rattache le mouvement de chacun des êtres aux lois éternelles que Dieu a prescrites au mouvement de leur ensemble.

Le système des monades apporte au principe de la solidarité un grand moyen.de direction et de développement, en per-

gieux qui s'appuient sur cette doctrine méchante du pécbë originel, cl de l'ëternilé des peines, sont aujourd'hui regardes généralement comme de nature à faire attribuer à Dieti nnmorale moins ëievëe qu'au pins grand nombre àqfi hommes?

DE PlllLOSOFUlE MODEUNE. ÂÂi

mettant de comparer les relations morales, et surtout politiques, aux relations organiques des êtres. Ainsi la société peut être assimilée au corps humain, qui se compose de plusieurs organes centralisés en un seul. La correspondance du devoir et du droit est également sensible dans les deux cas, tout individu ayant nécessairement un droit aussitôt quUl a un devoir à accomplir. Le devoir se fait connaître au point de vue de l'ensemble, le droit au point de vue de Tindividu. Mais de même que rindividun'a qu'une puissance limitée dans Torgane, il n'en a ({u'une limitée aussi dans la société. Chaque organe forme naturellement un certain centre dans le corps, et tous ensemble sont centralisés dans le cerveau, de telle sorte que chaque chose soit disposée en vertu des fonctions à remplir ; de même, dans une société vraiment organisée, chaque fonction ne devraitelle pas être définie et centralisée soit en elle-même, soit dans ses rapports avec les autres? Mais dans la société il y a nécessairement lieu de tenir compte à Tindividu d'une liberté bien plus développée, et par conséquent plus incoercible ; et, autant que possible, il faudrait que chacun ne.fût tenu d'obéir qu'à la loi qu'il a contribué à faire et qu'il aime librement. Dans la société chaque organe spécial peut créer avec conscience la monade centrale à laquelle il doit obéir; et,en effet, pourquoi chaque individu ne nommerait- il pas un chef dans l'ordre de ses attributions? pourquoi ces chefs eux-mêmes n'éliraient-ils pas les leurs? Ainsi, à côté du principe gouvernemental et absolu qui naît infailliblement en politique de la considération de Dieu, de l'ordre général des êtres, de la nécessité et des devoirs individuels, un |)rincipe d'élection vient se poser, né à son tour de la considération de l'homme, de sa fonction spéciale, de sa liberté et de ses droits personnels. Si le premier de ces principes ne peut avoir d^application satisfaisante qu'en partie, et là où la religion et la morale sont parfaitement déli nies et la science bien déterminée, l'autre de son côté ne peut s'appliquer qu'à l'aide d'une constitution très-savante, d'une exacte détermination des droits, et surtout d'une préparation suffisante de chacun au rôle qu'il doit remplir. Hors de là, et tant que l'éducation sociale et politique du peuple n'aura pas été plus avancée qu'elle n'est, ni les droits et les fonctions dans la société mieux déterminés, nous serons obligés de composer des systèmes empiriques qui seront d'autant plus mauvais qu'un plus grand nombre d'i-

gnoranls aura contribué à leur constitution et à leurs modifications successives.

30. Ici s'arrête la recherche que nous nous proposions, celle d'un principe de restauration de la philosophie française, et d^absorption en elle de tous les éléments que le temps y a découverts et fait fructifier. Nous ne pouvons mieux résumer la méthode que nous aurions voulu suivre qu en exposant an plan succinct de la philosophie selon les principes qui nous sont apparus dans le cours de cette recherche.

D'abord, la croyance pose Fidéalisme, la logique, le monde entier dans la pensée de Thomme. Premier état de la philosophie. C'est déjà l'être à explorer jusqu'à ses dernières profondeurs, c'est une revue complète des idées, c'est la création dans la conscience.

Ensuite, la croyance projette le monde hors de la pensée. Ici vient l'ontologie, la connaissance de l'être en soi, l'étude de la cause, de la. nature et de la fin^ la recherche des lois des ensembles organiques, et la détermination rationnelle des formes de leurs relations, enGn la solution de toutes les antinomies et la conciliation des contraires.

De la logique et de l'ontologie, c'est-à- dire de la connaissance universelle des êtres et de leurs rapports, la morale et la politique doivent se déduire, les principes de toutes les sciences se constituer ; et il ne reste plus qu'à vérifier graduellement, pendant toute la durée de l'évolution humaine, la doctrine par les faits et les faits par la doctrine.

Il est temps pour la France de revenir définitivement à la philosophie. A elle la réalisation de ce beau plan. Lancée de bonne heure dans l'ère des applications, elle a quelquefois perdu de vue la doctrine ; plus qu'aucune autre nation elle a, dans son enthousiasme et dans sa mobilité, contemplé, adoré rimmuable vérité sous les faces les plus opposées, et, selon ses propres modifications, elle s'est échauffée à ses feux divers, éclairée de ses diverses lumières. Mais il lui convient de se rappeler aujourd'hui que la philosophie moderne, la mère de toutes les philosophies, celle qui les contient et peut les rassembler toutes, est la philosophie française, et que les grands hommes de la savante Allemagne sont des disciples de Des • cartes. Qu'elle revendique donc l'héritage du maître, et qu'elle le cultive selon le principe delà France nouvelle, la réalisation, et de la vieille France, la croyance et l'harmonie.

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