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Ainsi chaque monade est un centre dans la nature

centre de passion, centre d'action en même temps^ et aucune ' ne peut être dénuée tout à fait ni de perception, ni de mouvement; mais la connaissance et la conscience varient et passent par une infinité de degrés. La liberté, que nous pouvons regarder, d'après ce qui précède, comme la conscience d'une action spontanée qui suit le désir, la connaissance et la volonté dans la créature, est évidemment limitée selon que ce/ te conscience Test elle-même depuis Thomme, dans lequel elle est entière, jusqu'aux derniers des animaux, chez lesquels elle ne parle pas et existe tout autre que dans T homme. Ainsi, plus ou moins limitée dans sou essence, selon que la conscience qui la constitue l'est elle-même ; dans sa portée, selon que le désir, OU la connaissance, ou la volonté qui lui mesurent le champ où elle doit agir, le sont eux-mêmes, la liberté est enfin limitée dans ses effets. Les monades forment en effet divers grou. pes dans lesquels chacune a son rôle et sa fonction ; de sorte que, toute libre qu'elle est, elle est retenue dans un certain eercle d'action et de d'influence. C'est ainsi que l'homme, bien que sa volonté s'étende à tout ce qu'il connaît, et son appétit à tout ce qu'il perçoit, ne peut cependant pas, tout en le voulant, dépasser par exemple les limites de l'atmosphère terrestre, et s'élancer sur la lune.

48. Cette seule observation nous conduit à expliquer l'existence des lois constantes dans la nature, et des exceptions non moins constantes qui les suivent. Les lois existent au point de vue panthéistique, et en tant que les modifications des êtres résultent nécessairement de la série des relations établies entre eux. Mais les exceptions dépendent du point de vue idéaliste, elles ont leur source dans la liberté, et si elles ne détruisent pas les lois, c'est que le pouvoir, c'est que les effets de la liberté sont limités comme nous venons de le dire. Et cette limitation vient de ce que la créature étant finie, ses appétits et sa volonté ne s'exercent que dans une certaine sphère de perceptions ou de connaissances suffisamment claires.

49. L'hypothèse idéaliste que nous avons adoptée pour expliquer la liberté nous permet seule aussi de rendre compte des facultés de l'esprit de l' homme; et les plus grands mystères philosophiques rentrent ainsi dans un seul. En effet, dès que nous avons conscience de nous-mêmes indépendamment du Qiopde extérieur, çt que cependant nous en avons conscience

aussi, comme en faisant partie, on peut dire que nous savons abstraire et généraliser ; cette abslracUon que nous faisons en nous isolant du non-vm^ qui nous prèle toutes les parties de notre corps et la plupart de nos pensées, abstraction jiistifiée par le fait de notre indépendance réelle, n'est pas d'autre nature que celle que nous pouvons faire en séparant certaines choses par la pensée de celles que nous voyons cependant sous d'autres rapports leur être indissolublement unies. En un mot, 8*il est vrai que rien n'est partie dans Tunivers , il est vrai anssi que chaque chose est en elle actuellement comme Tunivers est en soi, et comme nous sommes en nous. INous appliquons donc au fini la notion de Tun, de Tindivis; nous rappliquons même aux composés distinctement perçus par les sens, ou définis par Tintelligence, et toutes les abstractions nous deviennent alors possibles. La généralisation n'est que la marche inverse par laquelle nous faisons rentrer les choses Tune après Fautre dans le tout dont notre abstraction les a séparées. Toutes choses sont représentées avec suite et lien dans la monade mot, et la science ne consiste qu'à les déduire les unes des autres, en allant de ce qui dépend à ce dont il dépend, ou réciproquement. De là les deux faces de la méthode. Enfin, nous nous expliquons très-bien comment, dans l'ignorance fondan'cntale de l'être, on a pu, sans rien résoudre au fond, considérer les universaux comme des réalités, comme des noms, on comme des conceptions de l'esprit.

20. Nous pouvons nous regarder maintenant comme ayant ramené, grâce à ce vaste éclectisme historique que nous avons essayé de fonder, toutes les contradictions d'un et de multiple, de tout et de partie, de simple et de composé, d'infini et de fini, d'éternel et de passager, de nécessaire et de contingent, en un mot toutes les antinomies de la raison et du monde, à deux vérités philosophiques : le panthéisme et l'idéalisme, et ces deux vérités à un seul mystère : l'existence de la monade en Dieu et de trois essences, disons mieux, de trois personnes en un seul et même être. Enfin, plus généralement encore, la coïncidence de l'être et du non être dans l'absolu, coïncidence qui devient diversité dans les manifestations divines, est le principe suprême de ce que la vie peut jamais savoir d'ellemême.

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