‹ MANUEL DE PHILOSOPHIE MORALEChapitre 15 sur 52 · Mais qu'appekz-vous volontaire · texte numérisé non relu

Mais qu'appekz-vous volontaire

On appelle généralement volontaire tout ce qui émane de la volonté de l'homme agissant avec la connaissance de ce qu'il fait, et de la fin pour laquelle il agit ; en un mot agissant comme être intelligent.

D'après ce principe, tout ce qae noas ignoroDs d^une actioD, quand notre ignorance est excusable, doit être regardé comme involontaire.

L'espèce de bien que l'on ne connaît pas dans un acte, n étant point Tobjet de la volonté, n'est ni volontaire ni, par conséquent, un sujet de mérite.

De même le mal que renferme une action n'est imputable que dans le cas, où ii a pu être connu de celui qui est Fauteur de cette action.

4â. De combien de manières les actions de rbomme sont-elles liln-es ou volontaires?

De deux manières immédiatement y ou médiatement ou, comme on dit plus vulgairement, directement ou indirectement.

Le volontaire est direct ou immédiat qyxtmA l'acte est volontaire en lui-même; quand la volonté se porte directement, sans intermédiaire, à cet acte. Le volontaire est indirect ou médiat, lorsque l'acte n'est volontaire que dans sa cause : ce qui a lieu toutes les fois que l'on prévoit que tel ou tel effet doit résulter de l'acte qu'on se propose de

faire, d'une démarche ou d'une omission qu'on se permet volontairement.

43. Pour qu'un effet soit volontaire dans sa cause ou indirectement, et puisse nous être imputé comme tel, combien faut-il de conditions ?

Il fout trois conditions qui sont également nécessaires (1). La première condition, c'est qu'on ait prévu, d'une manière au moins confuse, que tel effet devait $'ensuivre de l'acte qui est volontaire en luimême. La seconde condition qu on exige pour qu'un effet soit indirectement volontaire, c'est qu'on ait pu s'abstenir de l'acte qui en est la cause ou l'occasion. Personne n'est tenu à Hmpossible.

La troisième condition, c'est qu'on soit tenu de s'abstenir de l'acte, ou d'éviter l'occasion de laquelle on prévoit un effet, un résultat contraire à la morale. Ainsi on ne doit point regarder comme volontaires dans leur cause ni les pensées, ni les tentations contre la vertu de chasteté, auxquelles on est sujet dans les sociétés du monde, qu'on

(1) Mgr Gousset.

ne peut raisonnablement fuir, pourvu toutefois qu'on les désavoue aussitôt qu'on s'en aperçoit.

No VI.

Des eauses qui nuisent an ▼olontaire.

44. Quelles sont les causes qui peuvent nuire au volontaire ou à la liberté?

Ces causes sont au nombre de quatre.

a) Vignorance, h) la concupiscence, c) la crainte, c(^ et la violence,

a) De Vignorance,

4o. L'ignorance, en morale, est un défaut de science ou d'instruction en matière d'obligations. On distingue particulièrement l'ignorance invincible et l'ignorance vincible.

L'ignorance invincible est celle qu'on n'a pu surmonter, moralement parlant, par les moyens ordinaires, eu égard à la position du sujet, laquelle n'est certainement pas la même pour tous. On reconnaît que l'ignorance ou l'erreur est invincible de la part de celui qui agit, lorsqu'il ne s'élève dans

son esprit aucun doute, aucun soupçon, aucune idée, pas même une idée confuse, touchant la malice de Faction qu'il croit permise (1).

L'ignorance invincible de droit ou défait, rend nos actions involontaires, comme faites sans connaissance et, par conséquent, sans liberté

L'ignorance vindble est celle qu'on peut moralement surmonter , en prenant les moyens que prennent communément les personnes sages et prudentes de la même condition, vu Timportance ou la gravité des obligations qu'on est obligé de connaître.

L'ignorance vincible a lieu dans celui qui, ayant quelque doute, quelque soupçon sur la malice de son action, et sur l'obligation d'examiner si elle est réellement bonne ou mauvaise, néglige cependant cet examen.

Cette ingnorance vient de la négligence.

Si la né(<ligence est grave, l'ignorance qui en est la suite est une ignorance crasse^ ou grossière. Si outre cette négligence, il y a dessein formel ou propos délibéré d'éloi-

(1) Mgr Gousset.

gner les moyens de s'instruire, Tignorance devient affectée.

L'ignorance vincible n'excuse pî)s entièrement d'immoralité; car elle n'empêche pas que l'action dont elle est la cause, ne soit volontaire. Elle diminue cependant ce volontaire, et, par conséquent, la malice du péché.

Mais il n'en est pas de même de l'ignorance affectée : elle augmente le volontaire et la malice du péché.

bj De la concupiscence.

46. La concupiscence en général est un désir ardent, un mouvement intérieur, un penchant qui nous porte plus ou moins fortement vers un objet sensible et agréable à la nature.

La concupiscence excuse de tout péché les actes qui en sont la suite, lorsqu'elle est d'une telle violence qu'elle nous ôte la présence d'esprit, ïusage de la raison, à moins cependant que la passion qui produit ces actes, ne^soit volontaire dans la cause.

Mais si la concupiscence ne t'ait que

troubler Tesprit sans suspendre Tusage de la raison, elle n'excuse point entièrement du péché, elle en affaiblit seulement la malice.

c) De la crainte et d) de la violence.

47. La crainte qui provient d'une cause purement intérieure ou naturelle, n'empêche pas qu un acte ne soit volontaire, à moins qu'elle n'ôte Tusage de la raison.

La violence n'atteint pas non plus les actes intérieurs de la volonté. Elle ne peut être forcée de vouloir une chose malgré elle.

La violence ù laquelle on résiste autant qu'il est possible, détruit le volontaire.

Mais celui qui ne résiste pas de toutes ses forces, celui qui se laissant ébranler, par les menaces, par la crainte même de la mort, fait une action mauvaise, immorale, est coupable.

Cependant, toutes choses égales d'ailleurs, sa faute est moins grave que s'il agissait sans contrainte.

No VIII.

De la conscience (1).

48. La conaissance de ce que Thomme doit faire ou omettre toujours et partout, appartient à la raison; mais ce que chacun doit faire dans tel ou tel cas présent et réel, c'est la conscience ou la raison dite conscience qui le détermine.

La conscience n'est donc que la raison elle-même dictant ses ordres dans un cas particulier et présent.

Elle est la règle intérieure et immédiate de tous nos actes libres.

II n'est donc jamais permis d'agir contre le dictamen de sa conscience. Et l'on est d'autant plus coupable en agissant que Ton croit commettre une faute plus grave.

Dans ce cas il y a toujours mépris de la loi ou de la raison.

On peut aussi être coupable en suivant ce que Ton croit le dictamen de sa conscience, lorsque le jugement d'après lequel

(1) La conscience est prise ici dans le sens théologique du mot.

on agit, résulte d'une ignorance volontaire ou vincible des vrais principes, ou lorsqu'on en fait une application imprudente.

D'où il suit que Tbomme est obligé d'éclairer sa conscience, et de la délivrer autant qu'il est possible, de toute erreur objective.

Les théologiens distinguent plusieurs espèces de conscience : la conscience droite, — erronnée — scrupuleuse — relâchée — certaine — douteuse — probable — improbable.

Nous ne développerons pas ici ces différentes espèces de conscience, nous nous bornerons à rappeler un principe proclanaé de tout temps par la raison : tu doutes, abstiens-toi. Il n'est jamais permis d'agir dans le doute, sans avoir formé sa conscience sur la licéité de ses actes.

Pour se former la conscience dans les cas douteux et perplexes, il faut se rappeler le principe général de la morale rationnelle, et suivre l'opinion la plus favorable à la dignité humaine, quand la raison commande impérativement.

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